Suspension des taxes sur les produits de première nécessité : Entre urgence sociale et impératifs structurels

La suspension des taxes sur les produits de première nécessité est une mesure de haute portée sociale, mais son efficacité réelle ne sera pas automatique. Elle dépendra de la synergie entre la volonté politique et le comportement stratégique des agents économiques.

1. Le mécanisme de transmission :

En économie, la suppression d’une taxe agit comme une *subvention indirecte* visant à réduire le *coin fiscal.* Toutefois, pour que le consommateur final en ressente l’effet, les importateurs et distributeurs doivent répercuter intégralement cette baisse.

Si les opérateurs économiques captent cette exonération pour gonfler leurs *marges* , l’impact sur le pouvoir *d’achat sera nul* . C’est ici que le rôle de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et des représsion des fraudes *(DGCCRF)* devient crucial : un contrôle rigoureux et des représailles fiscales contre les spéculateurs sont indispensables pour garantir que l’effort de l’État arrive bien dans le panier de la ménagère.

2. Le paradoxe de l’élasticité et l’objectif social

Les produits de première nécessité ( *riz, huile, lait* ) présentent une élasticité-prix faible. Puisque la demande est inélastique, on ne consomme pas deux fois plus de riz parce que son prix baisse. *L’enjeu* ne se situe pas sur les volumes.

L’objectif réel* du gouvernement est de permettre une *réallocation budgétaire* . En économisant sur la nourriture, les ménages peuvent réorienter leurs ressources vers la *santé* ou *l’éducation* , améliorant ainsi leur niveau de vie global.

3. Le sacrifice budgétaire de l’État

Un acte de courage politiqueLe  » *manque à gagner*  » fiscal est une réalité comptable lourde. Pour le Gabon, le défi est double :

– Compenser les recettes par une stimulation de la consommation globale.

– Apaiser les tensions sociales, dans un climat marqué par des grèves multisectorielles.

Cette mesure est d’autant plus courageuse qu’elle intervient dans un contexte de surendettement. En effet, selon les estimations de la *Banque Mondiale* , notre ratio *dette/PIB* se situerait entre *82 % et 84 %* , dépassant largement le seuil communautaire de *70 %* . Malgré cette contrainte, Brice Clotaire Oligui Nguema* a choisi de faire de la lutte contre la vie chère son cheval de bataille, plaçant le bien-être des concitoyens gabonais au-dessus des *indicateurs macroéconomiques froids.* C’est un *Président et surtout un Bâtisseur rempli d’humanité. Merci Excellence.

Conclusion : Du « pansement » à la réforme structurelle*

Si la suspension des taxes est un  » *pansement*  » nécessaire pour soulager les ménages à court terme, elle ne traite pas la cause profonde de la vie chère : notre dépendance excessive aux importations.

La véritable solution réside dans une *restructuration profonde de notre base productive* . Il faut néanmoins saluer la vision et le sacrifice du Chef de l’État qui, par cette décision, prouve sa détermination à restaurer la dignité des Gabonais.

Ghislain MAPANGOU MAPANGOU Économiste* *Président Fondateur du Comité pour la Restauration des Mentalités* *Acteur Politique*

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