Dans toute démocratie digne de ce nom, la parole publique de l’exécutif n’est pas un privilège accordé à quelques micros dociles. C’est un devoir. Un devoir de transparence. Un devoir d’explication. Un devoir de reddition de comptes envers le souverain le peuple.Et pourtant.
C’est clair : Même le pouvoir lui-même n’y croit plus. À un point tel qu’il fuit les questions comme si elles étaient contagieuses. Les conférences de presse ressemblent de plus en plus à des monologues soigneusement chorégraphiés. On convoque les caméras, on lit un texte, on remercie l’assistance… et surtout, on évite l’imprévu.
Ce qui devrait être un espace d’échange devient une scène à sens unique. Le porte-parole déclame, les journalistes écoutent ou font semblant d’écouter et les questions, quand elles existent encore, sont traitées comme des intrusions indélicates. L’exercice démocratique se transforme en récital.
Pourtant, les journalistes ne sont pas des ennemis embusqués derrière leurs stylos. Ils incarnent ce que l’on appelle le « quatrième pouvoir » : ce contrepoids indispensable sans lequel l’autorité exécutive flotte en roue libre. Leur rôle n’est pas de tendre des pièges, mais de poser les questions que se posent les citoyens.
Transformer une conférence de presse en déclaration sans contradiction, c’est affaiblir la responsabilité politique. C’est préférer le confort du discours maîtrisé à la rigueur du débat. C’est parler fort pour éviter d’écouter.
Une démocratie solide ne redoute pas les questions. Elle ne les esquive pas. Elle ne les filtre pas. Elle les affronte. Car la transparence n’est pas une menace c’est le socle de la confiance.
Quand un pouvoir commence à fuir les questions, ce n’est pas seulement la presse qu’il évite.C’est le peuple qu’il contourne.

