La critique constructive en politique : un devoir démocratique

La démocratie donne à l’opposition le droit – et même le devoir – de critiquer. Mais la critique sérieuse repose sur des faits, des indicateurs et une évaluation honnête des délais et des contraintes, non sur des slogans ou des procès d’intention.

Accuser le régime du Président Clotaire Oligui Nguema d’« improvisation » ou de « pilotage automatique » après seulement quelques mois de gestion relève davantage du positionnement politique que d’une analyse rigoureuse de management public. Gouverner un pays ne se résume pas à produire des déclarations médiatiques ou des feuilles de route théoriques ; il s’agit de restructurer des administrations, auditer des finances publiques, rétablir la confiance des partenaires et poser des bases durables. Cela exige du temps, de la méthode et de la stabilité.

Il est d’ailleurs singulier que certaines critiques proviennent d’anciens responsables du système précédent, notamment Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui ont eu des années pour transformer structurellement le pays. Si les mêmes problèmes persistent aujourd’hui, la question légitime est : pourquoi n’ont-ils pas été résolus hier ?

On ne redresse pas en sept mois ce qui s’est fragilisé pendant plus d’une décennie sous le régime de Ali Bongo. La transformation d’un État ne relève ni de la magie ni de l’incantation. Elle suppose des réformes graduelles, parfois silencieuses, dont les effets ne sont pas instantanément visibles mais structurellement déterminants.

Le peuple gabonais mérite mieux qu’une bataille d’ego ou une guerre de communication. Il mérite une opposition responsable, capable de proposer des alternatives crédibles, chiffrées et planifiées, plutôt qu’une rhétorique alarmiste destinée à fragiliser une transition encore en construction.

Si l’opposition estime que le projet de société n’atteint pas ses objectifs, qu’elle en fasse la démonstration par des données vérifiables, des comparaisons objectives et des propositions concrètes. La politique ne peut être réduite à une compétition de tribunes ; elle doit rester un exercice de responsabilité.

Le temps de l’évaluation viendra. Pour l’instant, l’exigence nationale devrait être celle de la stabilité, du travail et de la patience stratégique. Le Gabon ne gagnera rien à replonger dans les querelles politiciennes ; il gagnera tout à consolider ses institutions et à juger les résultats sur la durée.

Par PETIT-LAMBERT OVONO

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