Le droit d’inventaire est une exigence de vérité: À ne pas confondre avec la Commission Vérité, justice, réparation, réconciliation.
Le Gabon ne pourra pas construire une démocratie solide en faisant l’économie de la vérité. Les événements tragiques qui ont suivi l’élection présidentielle de 2016 restent une blessure ouverte dans la mémoire nationale. Pour beaucoup de Gabonais, cette période symbolise l’un des moments les plus sombres de notre histoire politique récente.
Après l’annonce de la victoire d’Ali Bongo Ondimba, contestée par son principal adversaire Jean Ping, le pays a plongé dans une crise profonde. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2016, le quartier général de campagne de Jean Ping à Libreville a été pris d’assaut. Des tirs ont visé le bâtiment, des hommes armés ont investi les lieux, et les témoignages ont évoqué des morts, des blessés, des arrestations arbitraires et des actes de torture.
Ce drame n’est pas seulement un épisode du passé. Il fait encore aujourd’hui l’objet de plaintes et d’enquêtes pour des faits d’une gravité extrême : arrestations arbitraires, actes de barbarie, tentatives d’assassinat et crimes contre l’humanité.
Face à de tels événements, le Gabon ne peut pas se réfugier dans l’oubli. Il doit exercer ce que l’on appelle en politique le droit d’inventaire. Non pas pour nourrir la haine ou organiser une chasse aux sorcières, mais pour établir les responsabilités, comprendre les décisions prises et tirer les leçons nécessaires pour l’avenir.
Dans cette démarche de vérité, toutes les responsabilités doivent être examinées, y compris celles des figures majeures du régime de l’époque. Parmi elles, Alain-Claude Bilie-By-Nze.
Pendant des années, Bilie-By-Nze a été l’un des défenseurs les plus déterminés du pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. Ministre, porte-parole du gouvernement, puis Premier ministre, il a occupé des fonctions de premier plan au sein de l’appareil d’État. Il était donc au cœur du système politique qui dirigeait le pays au moment des événements de 2016.
Aujourd’hui, certains tentent de se repositionner dans le paysage politique gabonais en se présentant comme des champions de la démocratie ou des critiques du système qu’ils ont longtemps servi. Mais le peuple gabonais n’est pas amnésique.
Le droit d’inventaire impose une exigence simple : les responsabilités politiques doivent être assumées. Ceux qui ont exercé le pouvoir à cette époque doivent s’expliquer devant l’opinion publique et, si nécessaire, devant la justice.
Ce n’est pas une question de revanche. C’est une question de vérité et de dignité nationale.
Le Gabon a besoin de tourner la page de l’impunité. Il a besoin que la lumière soit faite sur les violences de 2016. Il a besoin que ceux qui ont exercé des responsabilités expliquent leur rôle, leurs décisions, et ce qu’ils savaient. Car une démocratie véritable ne se construit pas sur l’oubli, mais sur la mémoire, la responsabilité et la vérité. C’est cela le droit d’inventaire.
Par
PETIT-LAMBERT OVONO

