« Oligui Nguema face au doute : Plaidoyer pour une lecture lucide de son action » par Joachim Mbatchi Pambou

Depuis quelque temps, le débat public gabonais est traversé par une interrogation croissante sur la lisibilité et l’efficacité de l’action du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Dans de nombreux espaces de discussion, un sentiment de désillusion semble progressivement émerger. Les attentes suscitées par le changement politique intervenu en août 2023 demeurent considérables, alors même que les difficultés quotidiennes, notamment le chômage persistant, la pauvreté croissante, les inégalités sociales et instabilité dans l’accès à certains services essentiels comme l’eau et l’électricité , continuent de peser lourdement sur la vie des populations.

Il serait illusoire de nier cette réalité. Pour une grande partie des citoyens, les conditions de vie ne se sont pas encore améliorées de manière perceptible, et plusieurs promesses formulées au lendemain du changement politique tardent à se matérialiser. Dans un contexte économique et social déjà fragile, cette attente prolongée nourrit inévitablement un climat d’impatience et parfois de scepticisme.

Mais reconnaître ces difficultés ne revient pas à conclure à l’absence d’action ou à l’échec du pouvoir en place. L’analyse exige de replacer l’action gouvernementale dans la complexité du moment historique que traverse le Gabon.

Le changement politique intervenu en 2023 a ouvert une phase de recomposition institutionnelle profonde. L’adoption d’une nouvelle Constitution, précédée de multiples consultations et débats publics, constitue l’une des étapes majeures de cette transformation. Cette réforme vise à redéfinir l’architecture institutionnelle de l’État et à poser les bases d’un nouvel équilibre politique.

Toutefois, les réformes institutionnelles ne produisent pas immédiatement des effets visibles dans la vie quotidienne des populations. Entre le temps de la réforme et celui de ses résultats socio-économiques s’installe souvent un intervalle durant lequel les attentes populaires peuvent se transformer en frustration.

À cela s’ajoute une perception critique de certaines pratiques de gouvernance. Les nominations intervenues à la tête de plusieurs administrations ont parfois donné l’impression d’un cercle de pouvoir restreint, alimentant dans l’opinion l’idée d’une forme de continuité avec des pratiques politiques que beaucoup espéraient voir disparaître. Dans un pays marqué par une forte aspiration au renouvellement des élites et à davantage de justice sociale, ces signaux peuvent rapidement fragiliser la confiance.

C’est précisément là que se situe aujourd’hui l’un des principaux défis politiques du président Oligui Nguema : la préservation du capital politique exceptionnel dont il bénéficiait au moment de son accession au pouvoir.

En août 2023, ce capital reposait sur une combinaison rare d’éléments : une aspiration populaire au changement, une lassitude vis-à-vis du système politique précédent et une confiance initiale dans la capacité du nouveau pouvoir à ouvrir une nouvelle page de l’histoire nationale. Peu de dirigeants dans l’histoire politique récente du Gabon ont bénéficié d’un tel niveau d’adhésion populaire à leurs débuts.

Mais en politique, le capital de confiance est une ressource fragile. Lorsqu’il n’est pas régulièrement nourri par des résultats tangibles ou par des signaux politiques forts, il peut progressivement s’éroder. Ce phénomène n’est pas propre au Gabon : il constitue une constante dans l’histoire des transitions politiques.

Réduire l’action actuelle du pouvoir à un simple échec serait donc une lecture excessive. Les premières années d’un pouvoir issu d’une rupture politique sont presque toujours marquées par des ajustements, des tâtonnements et parfois des erreurs stratégiques.

L’enjeu pour le président Oligui Nguema n’est donc pas de nier les critiques mais de les considérer comme un indicateur politique précieux. Elles traduisent moins une hostilité irréversible qu’une attente persistante de transformation réelle.

Dans ce contexte, deux exigences apparaissent essentielles. La première consiste à accélérer les réponses concrètes aux préoccupations sociales les plus urgentes, notamment en matière d’emploi, de lutte contre la pauvreté et d’accès aux services essentiels. La seconde réside dans la nécessité d’envoyer des signaux politiques capables de restaurer la confiance, en renforçant la transparence, l’équité dans la gestion publique et l’ouverture dans la conduite des affaires de l’État.

Car au-delà des débats et des critiques, une réalité demeure : le changement politique engagé en 2023 a ouvert une possibilité historique de transformation pour le Gabon.

Mais cette possibilité ne deviendra une réalité durable que si le pouvoir en place parvient à transformer l’espoir initial en progrès tangibles pour les populations.

Dans l’histoire des nations, certains moments ouvrent des fenêtres rares de transformation. Le Gabon a connu l’un de ces moments en 2023.
Le président Oligui Nguema dispose encore d’un atout que beaucoup de dirigeants envieraient : le souvenir encore vivant de l’espoir qu’a suscité son arrivée au pouvoir.

Mais cet espoir ne peut rester une promesse suspendue dans le temps. Il doit progressivement se traduire par des améliorations perceptibles dans la vie des citoyens.
Car en politique, la mémoire collective est exigeante : elle pardonne les lenteurs, mais elle sanctionne les promesses qui semblent s’éloigner.

L’enjeu pour le pouvoir actuel n’est donc pas seulement de gouverner, mais de rattraper le rythme des attentes populaires afin que l’espérance née du changement ne se transforme pas en désillusion nationale.

Joachim Mbatchi Pambou Président du Forum pour la Défense de la République (FDR) , Candidat à l’élection présidentielle d’Août 2023.

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