Paradoxe de la présence déconnectés ou paradoxe des élites absentes bien que présentes

Ces cinq dernières années, j’ai observé que de nombreuses élites _*économiques, administratives ou politiques*_ se rendent régulièrement dans leur localité d’origine. Cependant, malgré cette assiduité, la majorité reste déconnectée des populations locales.

Certains, à la lecture de ce constat, se braqueront en affirmant qu’ils sont accessibles : ils reçoivent les habitants, écoutent leurs doléances et interviennent par des appuis financiers, matériels ou des offres d’emploi. C’est louable, certes, mais cela ne prouve pas que l’élite est réellement connectée à sa base. Le malheur est que l’élite, forte de sa position, se contente souvent de rester cloîtrée chez elle. Elle attend que les populations viennent à elle pour exposer leurs problèmes.

Elle ne prend plus le temps d’aller de maison en maison pour saluer les aînés, visiter les lieux ou faire le tour du village afin de toucher du doigt la réalité quotidienne. C’est pourtant ainsi que l’on peut prodiguer des conseils pertinents, orienter les projets ou bâtir des plaidoyers fondés sur ce que l’on a vu et entendu. C’est dans ce vide relationnel que s’installe la déconnexion.

Une élite peut séjourner au village tous les week-ends ; si elle n’arpente pas les rues, si elle ne va pas vers les inconnus sans tambour ni trompette, elle restera dans l’illusion. Elle croira que le petit cercle qui l’approche représente tout le village, ce qui est rarement le cas. En s’immergeant, elle découvrirait que les villageois ont, eux aussi, énormément à offrir : leur sagesse, leur vision de la vie et leur résilience.

De plus, cette immersion est réparatrice. Rien ne vaut le plaisir simple de sentir l’eau d’une rivière locale sur ses pieds, de déguster un maïs grillé avec des prunes sur la véranda d’une grand-mère plutôt que dans un salon feutré, ou de partager un vin de palme sur la place publique. Ce sont ces moments qui permettent de connaître véritablement l’autre, de partager une vision sans passer pour un donneur d’ordres, et d’initier des actions communautaires naturelles.

Trop souvent, les élites deviennent la « propriété » de leur premier cercle. Des proches, parents ou alliés, les encerclent et finissent par les embrigader, empêchant quiconque d’autre de les approcher.

À mon avis, la véritable élite n’est pas celle qui reste sur son piédestal. C’est celle qui sait en descendre pour aller vers les plus humbles, avant de remonter. C’est celle qui réussit à démontrer que, si l’on peut atteindre tous les sommets de la réussite, on ne pourra jamais être plus grand que l’HOMME.

MBATAKA WITAKA, Interlocuteur des Nyôrê

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