Depuis son accession à la présidence de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema a engagé le Gabon sur une dynamique nouvelle, porteuse d’espoir mais aussi d’exigence. Le Plan National de Croissance et de Développement (PNCD), qui en constitue l’ossature, ambitionne de poser les bases d’une transformation durable de notre modèle économique et social.
Mais au-delà des orientations stratégiques qu’il propose, une question essentielle demeure : comment faire en sorte que cette ambition nationale se traduise concrètement dans la vie quotidienne des Gabonais ?
Car toute politique de développement, aussi structurée soit-elle, ne trouve sa pleine légitimité que lorsqu’elle améliore de manière tangible les conditions de vie des citoyens. C’est à l’aune de cette exigence que doit être appréciée la portée réelle du PNCD.
Le PNCD traduit une volonté de rupture avec certaines pratiques du passé , notamment à travers l’affirmation d’un État plus régulateur, plus stratège et plus soucieux de l’efficacité de l’action publique. Cette orientation rejoint, dans une certaine mesure, les trajectoires observées dans plusieurs pays africains ayant engagé des réformes structurelles réussies, à l’instar du Rwanda, où la crédibilité de l’État et la rigueur dans l’exécution des politiques publiques ont constitué le socle de la transformation économique.
En mettant l’accent sur la modernisation administrative, la lutte contre la corruption et la planification stratégique, le PNCD pose les bases d’un État capable non seulement de concevoir, mais surtout de piloter le développement.
La volonté de diversification constitue l’un des axes les plus pertinents du plan. Dans un pays où la dépendance aux ressources pétrolières a longtemps structuré l’économie, l’orientation vers l’agriculture, l’industrie et les services traduit une compréhension lucide des enjeux contemporains. Toutefois, l’expérience comparée montre que la diversification ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, à travers des choix d’investissement cohérents, un environnement des affaires attractif et une articulation intelligente entre secteur public et secteur privé.
La dimension sociale du plan mérite également une attention particulière. Elle traduit une volonté affichée de répondre aux attentes des populations en matière d’accès aux services essentiels et de réduction des inégalités. Mais ici encore, la question centrale demeure celle des instruments.
C’est dans cet esprit que s’inscrit la réflexion sur la mise en place d’un Revenu Universel Garanti (RUG), conçu comme un levier de stabilisation sociale et de dynamisation économique.
Dans une logique de mise en œuvre progressive et maîtrisée, le RUG pourrait, dans un premier temps, être attribué prioritairement aux chômeurs régulièrement inscrits auprès du Pôle National de Promotion de l’Emploi. Une telle condition permettrait de disposer d’une estimation fiable et actualisée du nombre de bénéficiaires, tout en garantissant un meilleur ciblage des ressources publiques. Elle offrirait également un levier stratégique pour renforcer les politiques d’emploi, en incitant les demandeurs d’emploi à s’inscrire dans un parcours structuré, intégrant accompagnement, formation et insertion professionnelle.
À titre indicatif, si l’on considère une base de 80 000 à 120 000 chômeurs inscrits, le coût du dispositif, pour une allocation mensuelle de 100 000 FCFA, se situerait entre 96 et 144 milliards FCFA par an, soit un effort budgétaire mensuel compris entre 8 et 12 milliards FCFA.
En contrepartie, le bénéfice du RUG pourrait être conditionné à des engagements précis : inscription active dans une démarche de recherche d’emploi, participation à des formations ou à des programmes d’insertion, et actualisation régulière de sa situation. Il ne s’agirait donc pas d’une assistance passive, mais d’un véritable contrat entre l’État et le citoyen, fondé sur une logique de droits et de devoirs.
Au-delà des instruments, la réussite du PNCD dépendra également de la qualité de sa gouvernance. L’expérience montre que les plans les mieux conçus échouent souvent faute d’une exécution rigoureuse et d’un suivi efficace. Universitaires, entrepreneurs, organisations de la société civile et partenaires sociaux constituent, à cet égard, un levier essentiel pour enrichir l’action publique, renforcer sa légitimité et en améliorer l’efficacité.
En définitive, le PNCD constitue une opportunité réelle de refondation économique et sociale. Ses orientations sont pertinentes, ses ambitions assumées, mais sa réussite dépendra de notre capacité collective à dépasser le stade de l’intention pour entrer dans celui de la transformation concrète.
Cette transformation ne pourra être pleinement accomplie sans une attention particulière portée à celles et ceux qui, aujourd’hui encore, restent en marge de la dynamique économique, au premier rang desquels les chômeurs. Car il ne saurait y avoir de croissance durable sans inclusion réelle.
C’est en cela que le Revenu Universel Garanti prend tout son sens. Non pas comme une simple mesure sociale, mais comme un instrument structurant, capable de retisser le lien entre l’État et le citoyen, tout en soutenant l’activité économique à la base.
Aider sans responsabiliser fragilise, responsabiliser sans aider exclut. Entre ces deux écueils, il existe une voie d’équilibre, celle d’un État juste, exigeant et stratège.
Le PNCD ne sera jugé ni sur ses promesses ni sur ses intentions, mais sur sa capacité à transformer durablement la vie des Gabonais. C’est à cette aune que devra se mesurer, dans les années à venir, la portée réelle de cette noble ambition nationale, et la sincérité de notre engagement collectif à bâtir un développement qui n’oublie personne.
Joachim Mbatchi Pambou, Président du Forum pour la Défense de la République (FDR), Candidat à l’élection présidentielle d’août 2023

