Février 2023 – février 2026 : trois ans déjà… et toujours aucune publication de la convention minière de Bélinga, pourtant l’un des plus grands gisements de fer en Afrique et dans le monde. Ce constat interpelle, tant l’importance stratégique de ce projet pour l’avenir économique du Gabon est considérable.
Situé dans la province de l’Ogooué-Ivindo, le gisement de Bélinga représente une opportunité exceptionnelle pour le pays. Avec des réserves estimées à plus d’un milliard de tonnes, il pourrait devenir un levier majeur de transformation économique, de création d’emplois et de développement industriel. En février 2023, l’État gabonais a signé une convention minière avec Fortescue Metals Group, via la société Ivindo Iron, marquant une nouvelle étape dans l’exploitation de cette ressource stratégique.
Cependant, depuis cette signature, un élément fondamental demeure inaccessible : le contenu intégral de la convention. Certes, certaines informations ont été rendues publiques, notamment l’annonce d’investissements importants et la participation de 10 % de l’État gabonais. Mais ces données restent largement insuffisantes pour permettre une compréhension réelle de l’accord. Les clauses essentielles — qu’il s’agisse du régime fiscal, du partage des revenus, des obligations environnementales ou des engagements sociaux — ne sont pas connues du public.
Cette situation révèle une forme de transparence à deux vitesses. D’un côté, Fortescue Metals Group, en tant qu’entreprise cotée en bourse, publie des informations à destination de ses investisseurs. De l’autre, le peuple gabonais, pourtant directement concerné par l’exploitation de ses ressources naturelles, reste dans l’ignorance des termes précis de l’accord. Une telle asymétrie soulève des interrogations légitimes sur la gouvernance et la gestion des ressources stratégiques du pays.
Au-delà des enjeux économiques, la question de la transparence devient ici un enjeu démocratique majeur. Comment s’assurer que cet accord est équilibré et favorable à l’intérêt national si son contenu n’est pas accessible ? Comment garantir que les richesses issues de Bélinga bénéficieront réellement aux populations ? Sans accès à l’information, il devient difficile d’exercer un contrôle citoyen et de prévenir d’éventuels déséquilibres.
L’histoire des ressources naturelles en Afrique rappelle pourtant l’importance de la vigilance. De nombreux projets extractifs ont été marqués par des contrats opaques, une redistribution limitée des richesses et des impacts environnementaux significatifs. Le Gabon, riche de son potentiel, ne peut se permettre de reproduire ces schémas. Le projet de Bélinga doit au contraire incarner une nouvelle approche, fondée sur la responsabilité, l’équité et la durabilité.
Dans ce contexte, l’absence de publication de la convention minière, trois ans après sa signature, apparaît comme une anomalie. Elle alimente les inquiétudes et renforce la nécessité d’un débat public autour de la gestion des ressources naturelles. La transparence ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme une condition essentielle de la confiance entre l’État et les citoyens.
En définitive, le peuple gabonais a le droit de savoir. Il a le droit de comprendre les engagements pris en son nom et de s’assurer que l’exploitation de ses ressources se fait dans l’intérêt général. Trois ans de silence, c’est trop. Il est temps de faire toute la lumière sur la convention de Bélinga et d’ouvrir une nouvelle ère de gouvernance transparente et responsable.
Jean-Arséne HOULA-HOULA

