« Connaître le peuple Mitsogho du Gabon » par Yvon Patrick Ndinga

Le grand groupe ethnique « KANGHE NA GWAGNA » ‘Anèa ma kangaka nzoghou n’a mygonda’ comprend l’ensemble des ethnies des groupes mèmbè, myènè et bien d’autres apparentés.

Arrivée dans l’actuel Gabon vers le début du IIème siècle de notre ère, les mitsogho, leur histoire, se présentent comme ainsi.

𝐋𝐄𝐒 MI𝐓𝐒𝐎𝐆𝐇𝐎

Les Mitsogho sont une ethnie Gabon, pays d’Afrique Centrale établie au centre-sud du pays. Ils font une composante du groupe ethnique Membè, l’un des plus anciens peuples Bantu du GABON. Bien que considéré minoritaire à l’échelon politique, l’ethnie Mitsogho est la plus nombreuse au sein du groupe Membè.

Les Mitsogho parlent la langue Ghétsogo, un idiome proche du pindzi, du Kandé, du Dikota, du Ghimbaka, du Gheviya, du Puvi et dans une moindre mesure des NGWÉ-MYÉNÉ. Les Mitogho sont les Membè les plus méridionaux.

𝐇𝐈𝐒𝐓𝐎𝐈𝐑𝐄 𝐃U PEUPLE MIT𝐒𝐎𝐆𝐇𝐎

Comme indiqué dans la généralité, tout commence par le départ du groupe Kanguè n’a Ngouagnà des grands lacs dans la localité de Tsanganika, le Tanganyika, « je n’y retournerais plus ». Un peuple venu de l’Est au temps des premières migrations Bantou dans le bassin du Congo, ce peuple n’est d’autre que le peuple du groupe mèmbè, notamment KANGUE NA GWAGNA, ancêtre commun des Membè et des NGWÉ-MYÉNÉ.

Plus de 10 siècles après leur implantation dans l’actuelle province de l’Ogooué-Ivindo, le grand groupe KANGUÈ NA GWAGNA se voit diviser au fil du temps en deux blocs distincts. Ainsi, le bloc des Akandè sortirent d’une part les Okani ancêtres directs des Membè et d’autre part les Proto- NGWÉ-MYÉNÉ, ANCÊTRES directs des Myènè.

Les ancêtres directs des Membè en général ont vécu pendant des siècles dans la localité de l’Ogooué Ivindo, Divindè mbéyi a nzouwè. Dans la Lopé-Okandè. C’est de cette zone que sortiront les Simba Na Okandè, puis les Apindzi. Des Apindzi sortiront les Mokota. Puis sont sortis les Kona Na Ghefoma. Dans un autre plan, le bloc Mitsogho, Ghapidjî, Bavili sortiront et les Kotakota sortiront les NGWÉ-MYÉNÉ.

Entre, le XI e et le XIIIe siècle, certains membres ethniques identifiés, prirent la direction du sud, par l’Offoué, notamment les Pové, simba et okandé. D’autres prirent la direction du sud-ouest, en longeant Oghoughouwè à Mouéyi, l’Ogooué et atteindre la localité de fernavaz pour rallier l’actuel Estuaire dans la zone de wonga-wonghé où vont restés les Akowa, et à l’actuel Libreville vont s’établir les descendants du chaf Opongho, chef du clan Pongwè. Les mitsogho se séjournèrent à Libreville aussi longtemps avant de retraverser « Ghéaboghéo » pour remonter par l’Ogooué (Oghoughouwè à Mouéyi ». Arrivés dans la localité de Lambaréné, au centre-sud pays, les Mitsogho, les Ghapidjî et les Eviya qui sont longtemps restés dans les grands lacs au sud-ouest de Lambaréné où les Ghalwa, Adyiumba et Enéga vont rester, noté que la mère Ghalwa reste Mitsogho.

Les Mitsogho, Ghapindzi et Eviya, qui sont longtemps restés dans les grands lacs au sud-ouest de Lambaréné avant de s’établir sur la rive droite de la ngounié (Otèmbo a Manga), notamment dans la zone de la chute Impératrice Tsamba où le groupe va séjourné aussi longtemps que possible. Cette localité est là localité de Waka misséngou ou encore appelée Matèndè ma dimboudza entre le XIIe et le XIIIe siècle.

Les Mitsogho se séparèrent de leurs frères Ghapindzi dans la région nord-ouest de l’actuelle province de la Ngounié et s’établirent, dans un premier temps entre les rivières Oumba et Okodio mboumba (Ikoye), aflullant de la Ngouniè et après dans les environs de la rivière ogoulou, lo caliste de Mimongo. Dans cette région quasiment vierge au moment de leur implantation, vivant en simbiosite avec les pygmées (Babongho) depuis des générations, ils seront rejoints par Akélé, premiers Bantou de la région qui, à cette époque, avait un mode de vie semi-nomade.

Les Mitsogho ont su tisser une bonne relation avec les Babongo, mais moins avec les Akélé qui étaient plus belliqueux car n’ayant pas une structure sociale organisée. Les échanges et le partage du même espace géographique entre les Mitsogho et Babongo ont permis aux Babongho de s’intégrer et de s’adapter plus facilement à leur milieu social avec l’emprunt de la langue des Mitsogho au point où ils perdirent la leur au fil des siècles. Cette situation montre que les Babongho sont toujours présents où le Mitsogho réside des générations. Encore mieux de rappeler que les Mitsogho ou au plus les KANGUE NA GWAGNA n’ont pas trouvé les pygmées sur l’espace Gabon mais plutôt ils ont toujours vécu avec eux.

Les Mitsogho occupèrent, dans un premier temps un territoire emprunt d’une organisation structurelle et fonctionnelle étonnante dont nous aurons une identification des grands villages par vive, notamment la rive de la rivière Oumba et la rivière Ikoye. Ces deux localités de grande nature regorgeaient les supers grands villages et regroupements des villages de Ghéghoumou, Nghouassa a Mobongho, Nghouassa a Matahé, Nghouassa a Ekoto, Nghédiba sa Mobongho, Nyonghè, Massoui, Nghéhégué, etc. Ces grands villages comprenaient une population moyenne de 1000 a 3000 individus où étaient observés 10 a 20 cordes gares (Ebandza) et dont les évènements de natures festives ou funéraires qui tenaient au milieu desdits villages, les nouvelles parvenaient aux deux bouts qu’après 2 voir 3 jours. Après cette énième implantation, les Mitsogho vers le Xe et le XIe siècle, suite à une migration territoriale, un vaste territoire était conquis où ils fondèrent des localités établies par des grands villages dans cette forêt dense, jalonnées de montagne au centre du GABON.

Ce territoire occupé par ces derniers sera subdivisé en 9 secteurs appelés « Ebando » en langue Ghétsoghô, à savoir: Ghessuma, Dibwa, Mopindi, Waka, Matindè, Etavo, Motongo, Mokoko A Mbaka, Mapanga et Matsèghè qui est un petit secteur non loin de Mapanga mais qui regroupe les villages de Bongolo, Mouyamba, etc.

Pour une précision d’histoire, au cours du milieu du XIe siècle, une famille du clan Motoka de lignage Ghavemba quitta l’un des secteurs du territoire Mitsogho se retrouva en terre Punu dans la Nyanga, localité de Moabi et zone Mbatsi, chez les Vungou, non sans mal. Ils fondèrent les villages Dikoka, Mossighe et Etamba non loin des villages Punu. Ces trois villages Mitsogho et trois villages Punu en l’occurrence Dissiala, Tsakounengue et Pahibou formeront par la suite Mokoko-Mbaka, un regroupement de villages au nord de la province de la Nyanga, frontière avec la Ngounié. Le village Mitsogho, Mokabo dans la localité de Mimongo frontière avec Koulamoutou était déjà organisé et structuré, ce que l’explorateur franco-américain Paul Belluni du Chahu avait précisé lors de son expédition en paix Mitsogho.

Pendant la Colonisation, les Mitsogho eurent un grand résistant du nom de Mbombè A Nyangué, qui s’était farouchement opposé à l’implantation de l’administration française en terre Mitsogho. Il meurt le 27 Août 1913 dans la prison du P.C.A de Mouila, après avoir été capturé en 1912. Ce résistant Mitsogho a combattu pour la sauvegarde du territoire (Ghébando) et l’intégrité du peuple Mitsogho, partie intégrante de la colonie du Gabon. Avec des hommes très entraînés aux techniques de guerre et de la bravoure du combat dans la forêt tropicale, Mbombè A Nyangué a fait près de 10 ans de guerrière face à la pénétration des colons au sud du Gabon. Il aussi important de préciser que le peuple Mitsogho, lors de son évolution sur le territoire actuel du Gabon, il a vu l’existence des pionniers de la guerre et protecteurs du peuple, indentifiés dans des périodes distinctes et matérialisés par des effets particuliers dont pèle mêle, il y a : – Massandé ma Manguéga ; – Mabocki ; – Bècko ghô Ghédèmba ; – Mokongo ghô Massango ; – etc.

𝐂𝐔𝐋𝐓𝐔𝐑𝐄 𝐃𝐄𝐒 MIT𝐒𝐎𝐆𝐇𝐎

Les Mitsogho dont la culture est la quintessence même de culture actuelle du peuple gabonais sont aussi Traditionaliste que les autres ethnies du groupe Membè. Les Mitsogho avec les Ghapindzi sont les révélateurs, fondateurs et précurseurs du Bwété dans son sens de religion et sa pratique du culte. Il est a précisé que le Bwété dans son sens de rite initiatique et de pratique culturelle et spirituelle n’a rien avoir avec des rites initiatiques Babongo, il est bien issu du patrimoine culturel Mèmbè, notamment celui des Mitsogho Na Ghapindzi. Les pygmées Babongho, comme les autres pygmées Baka, etc, n’ont pas de rite initiatique. Ils pratiquent du folklore, une animation festive et de réjouissances.

Les Mitsogho pratiquent le Bwété Disumba (Disumba mokoko Nghandza), une forme orthodoxe du Bwiti (Bwété) strictement reservé aux hommes. Ils sont les fondateurs et les premiers qui ont pratiqué également le Bwété Missoko, le Missoko (Miobet) du précurseur Nkogho A Mbamba. L’évolution et l’intégration du Bwété Missoko au sein des autres communautés ethniques du Gabon voit exceptionnellement être pratiqué par des femmes. En sus, dans la culture Mitsogho le Nyembè est la chasse gardée des femmes, ce rite initiatique est uniquement réservé aux femmes.

Les Mitsogho, comme les autres peuples du Bassin de l’Ogooué, consomment les produits de la forêt. Comme mets, ils mangent traditionnellement le pô (Nyembwè), le Ghetsébé sa pivi (Aubergine), le Tchaghâ (feuilles de manioc), le Djidjâ (grenouilles au paquêt)….etc. Ils cultivent et produisent les ignames (Mbâ), etc.

Les Mitsogho sont de lignage matrilinéaire, l’oncle reste garant de la famille et le père le protecteur des enfants.

𝐑E𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈𝐓𝐈𝐎𝐍 𝐆E𝐎𝐆𝐑𝐀𝐏𝐇𝐈𝐐𝐔𝐄

Les Mitsogho sont principalement implantés dans la province de la Ngounié (G4), également au nord de la province de la Nyanga, et avec une forte présence dans le Moyen-Ogooué et l’Estuaire.

Ngounié (G4)

Zone Fougamou : – Kessi 1; – Kessi 2; – Oyénano (Essinga); – Petit Odavo; – Grand Odavo; – Nzémba; – Mamiéngué

Zone Ikobey : -Sindara; – Sindara centre; – Sindara-Song; – Kouagna; – Ndougou; – Douani; – Egono; – Matadi 7; – Nimbié; – Ghédiba; -Divindé; – Ikobey centre (District); – Nioye 1; – Nioye 2; – Divindè; – Egouba; – Evouta; – Ebel; – Mimongo village; – zone d’orpaillage d’Ikoye.

Ogoulou (Mimongo) : – Mimongo (Commune); – Mandji; – Poungué; – Mokabo (Mimongo); – Etéké (District); – Ovala; – Mogoumou; – Mokona; – Mèbè; – Mobégo; – Massima; – Ghébando; – Sèka-sèka; – Ghéhèno (Yéno); – Nombo; – Etava; – Kanda pieds; – Egoumbi-Bac; – Epamboa; – Ghévèdè; – Bilengui; – Matsèghè; – Mouyamba; – Bongolo; – Ekembélé (Pity); – Mossiguè; – Evova; – Massika.

Douya-Onoye (Mouila)

– Mouila (Commune) (Divindè, Motoboko, Carrefour des jeunes, Pk zéro, etc.)

Zone Dikoka : – Gheghoma 1; – Gheghoma 2; – Dikoka; – Mokabo (Mouila); – Bandit 1; – Bandit 2.

Nyanga (G5)

Douigny (Moabi)

Canton Doubandji : – Moukoko; -Mbaka.

Moyen-Ogooué

Lambaréné (Commune)

Zone route Fougamou : – Massika 1 et 2 (Lambaréné); – Mimongo; – Village Tchad; – etc.

Zone route Bifoun; – Ngoubou; – Ngomou; – Mitonè; – Nzong-Bang; – Les Bénguiés; – Gravier – etc.

Par ailleurs, des familles Mitsogho sont fixées depuis plus de 3 générations dans les villages de Four-Place 1 et de Pointe-Claire, deux villages de la province de l’Estuaire (G1).

𝐂𝐋𝐀𝐍𝐒 𝐈𝐓𝐒𝐎𝐆𝐇𝐎

– Motoka; – Poghéo; – Nzœbê; – Ghéongo; – Ossembé; – Ghazanga; – Nzobè; – Ghavèmba; – Ghàmbè.

𝐐𝐔𝐄𝐋𝐐𝐔𝐄𝐒 𝐏𝐀𝐓𝐑𝐎𝐍𝐘𝐌𝐄𝐒 𝐓𝐒𝐎𝐆𝐇𝐎

Hommes

Mokambo, Mogangué, Massandé, Mingonguè, Mouangué, Moundèndè, Monanga, Mavitsi, Bopénga, Bossonga, Mossodouè, Nzambé, Mouanga, Moue, Mouéyi, Mokina, Miobè, etc

Femmes

Mobouassé, Motombi, Tsono, Pèmba, Mitové, Nkènguè, Komba, Tsivéndo, Motouba, Mikino, Motsinga, Mondoubé, Tsaboma, Bouanga, Kotè, Mossavou, Kéngué, etc.

Ceci est un complément d’une publication sur le peuple Mitsogho de Monsieur Etienne Dandy MOUEGA.

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