Agriculture, élevage et pêche : Le Gabon face à l’urgence de transformer son potentiel en richesse

Au moment où la question de la souveraineté alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique, le Gabon tente de repositionner son agriculture, son élevage et sa pêche au cœur de son modèle économique. Mais les chiffres récents montrent que le chemin reste encore long.

Un secteur encore marginal dans l’économie

Malgré un fort potentiel naturel, l’agriculture ne représente qu’environ 4 à 5 % du PIB gabonais . Une contribution faible, comparée à l’importance du secteur dans d’autres pays africains.

Pourtant, près de 60 % de la population active rurale dépend indirectement de ce secteur, preuve de son poids social.

Une dépendance alimentaire persistante

Le constat est sans appel : le Gabon importe encore entre 60 % et 70 % de ses besoins alimentaires, pour une facture estimée à plus de 300 milliards de FCFA par an.

Dans certaines filières, la dépendance est encore plus marquée.

-Plus de 55 000 tonnes de poulet sont importées chaque année;

-Le riz, aliment de base, reste massivement importéUne situation qui fragilise la sécurité alimentaire du pays, notamment en cas de crise internationale.

Des performances agricoles en dents de scie

Les données récentes illustrent une instabilité du secteur. Après une reprise en 2025 avec une hausse de 11,4 % de la production de rente au deuxième trimestre, le secteur a enregistré une chute de 15,7 % au troisième trimestre 2025.

Ces fluctuations traduisent des difficultés structurelles persistantes : faible mécanisation, manque d’infrastructures et vulnérabilité aux aléas.

Infrastructures rurales : un retard coûteux.

Le déficit en routes, en systèmes d’irrigation et en infrastructures de stockage demeure un frein majeur. Dans certaines zones, les pertes post-récolte peuvent atteindre 20 à 30 % de la production, faute de conservation adéquate.

Des projets comme l’aménagement de la vallée de la Nyanga ou la réhabilitation de certains axes routiers montrent toutefois des résultats encourageants en matière de productivité et d’accès aux marchés.

Former pour moderniser

Le manque de formation technique reste un défi clé. La majorité des exploitations étant de petite taille et peu mécanisées, la productivité reste faible.

Pour y remédier, les autorités misent sur des programmes de formation visant à accompagner jusqu’à 15 000 producteurs et à créer 10 000 emplois agricoles d’ici 2030.

Aquaculture et pêche : un potentiel sous-exploité

Alors que le pays dispose d’importantes ressources en eau et d’un littoral de près de 800 km, la production halieutique reste insuffisante.

L’aquaculture, encore marginale, est appelée à jouer un rôle central pour combler le déficit et réduire les importations de poisson.

Vers une agriculture plus structurée

Pour sécuriser les revenus des producteurs, les autorités encouragent le développement de l’agriculture contractuelle et des partenariats public-privé.

Parallèlement, le gouvernement mise sur la data agricole, considérée comme un outil clé pour mieux orienter les investissements et améliorer la planification.

Un défi de souveraineté nationale

Au-delà des enjeux économiques, la transformation du secteur agricole est devenue une question de souveraineté. L’objectif affiché est clair : réduire la dépendance extérieure et renforcer la production locale.

Une transition encore fragile

Malgré les initiatives en cours, le Gabon reste confronté à des défis majeurs : financement insuffisant, manque d’infrastructures, faiblesse de la transformation locale.

Mais une chose est certaine : sans une modernisation rapide de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, le pays aura du mal à assurer durablement sa sécurité alimentaire et sa diversification économique.

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