Face à la hausse persistante du coût de la vie au Gabon, le Gouvernement a annoncé la suspension de certaines taxes sur les produits de première nécessité. Présentée comme un geste fort pour alléger le panier de la ménagère, cette mesure suscite toutefois scepticisme et critiques parmi les économistes et les consommateurs.
Un contexte économique difficile
Le Gabon, malgré son statut de pays riche en ressources naturelles, continue de faire face à une réalité sociale complexe : 34,6 % de la population vit sous le seuil de pauvreté monétaire en 2024, selon le Plan national de développement 2026‑2030. Cela représente plus d’un Gabonais sur trois qui peine à satisfaire les besoins de base, y compris l’alimentation, le logement et les services essentiels.
À l’échelle macroéconomique, l’inflation officielle est relativement basse, autour de 0,6 % en 2024, un chiffre qui masque toutefois des pressions sur les prix de produits importés et des biens de consommation courante souvent ressenties plus fortement dans les marchés locaux.
Suspension des taxes : choix politique ou pansement ?
L’annonce de la suspension des taxes sur les produits de première nécessité s’inscrit dans une longue tradition de mesures fiscales censées réduire le coût des denrées alimentaires. Ces dispositifs ont déjà été testés sous différents gouvernements, notamment dans les lois de finances précédentes où plusieurs taux de taxes avaient été fixés à zéro sur certains biens.
Pourtant, dans les faits, ces exonérations n’ont pas entraîné de baisse durable des prix affichés en rayon, selon des commerçants et ménagères interrogés à Libreville. Les coûts du riz, de l’huile ou du lait restent élevés, laissant penser que la suppression des taxes n’a pas été suffisante pour réduire le panier de la ménagère de façon tangible.
Une perte de recettes considérable pour l’État
Les exonérations fiscales cumulées des dernières années ont eu un impact budgétaire significatif. Selon une étude économique récente, le Gabon a enregistré un manque à gagner de plus de 1 000 milliards de francs CFA en recettes fiscales sur trois ans à cause des régimes d’exonérations.
Ce manque à gagner met en lumière un dilemme : d’un côté, l’État cherche à soutenir le pouvoir d’achat des ménages ; de l’autre, il doit préserver ses ressources pour financer les services publics, les infrastructures et les investissements nécessaires à une croissance durable.
Pourquoi les prix ne baissent pas vraiment
Les économistes expliquent que la taxe n’est qu’une des nombreuses composantes du prix final payé par le consommateur. D’autres éléments pèsent lourdement sur le coût de la vie :
-Coûts logistiques et de dédouanement, particulièrement élevés pour un pays dépendant des importations pour de nombreux produits de base ;
-Parafiscalité et frais administratifs imposés par divers contrôles techniques et agences publiques ;
-Marges de distribution et pratiques commerciales des intermédiaires qui ne répercutent pas automatiquement les allègements fiscaux sur le prix de vente.
Dans un tel contexte, la suppression ponctuelle de taxes sans réforme de fond ne suffit pas à corriger les déséquilibres structurels qui pèsent sur les prix à la consommation.
Une réforme structurelle nécessaire
Les experts suggèrent que pour que le panier de la ménagère soit réellement allégé, il faut aller bien au‑delà de simples exemptions fiscales :
-Réduire les coûts logistiques et améliorer l’efficacité portuaire ;
-Encadrer les pratiques commerciales pour garantir que les baisses de coûts se traduisent en baisses de prix ;
-Rationaliser la parafiscalité pour éviter les charges redondantes qui s’accumulent à chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement.
Sans de telles transformations, la suspension des taxes restera une mesure temporaire et insuffisante, susceptible de soulager quelques ménages à court terme, mais sans impact durable sur le pouvoir d’achat des Gabonais.

