L’annonce de la signature d’accords commerciaux à Abu Dhabi, incluant la commercialisation de l’or gabonais, suscite de vives interrogations au sein de l’opinion et des milieux économiques. Dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes, cette orientation pose une question centrale : le Gabon fait-il un choix stratégique ou cède-t-il à une logique de court terme ?
Une ressource encore marginale
Contrairement à ses voisins ouest-africains, le Gabon ne figure pas parmi les grands producteurs d’or du continent. La production nationale est estimée entre 1 et 2 tonnes par an, un niveau largement inférieur à celui du Ghana (plus de 120 tonnes) ou du Mali (environ 70 tonnes).
À ce rythme, le potentiel aurifère du pays reste encore faiblement exploité et peu structuré, principalement dominé par l’orpaillage artisanal.
Une réponse partielle à la crise de la dette
Le recours à la commercialisation de l’or intervient dans un contexte économique tendu.
La dette publique du Gabon dépasse 70 % du produit intérieur brut, pour une économie estimée à environ 20 milliards de dollars.
Dans ces conditions, la vente d’or peut offrir une source de revenus immédiate.
Mais son impact reste limité.
À titre indicatif :
1 tonne d’or ≈ 60 millions de dollars;
2 tonnes ≈ 120 millions de dollars.
Un apport marginal au regard des besoins de financement de l’État.
Une absence de réserve stratégique
L’un des points les plus critiqués reste l’absence d’une réserve aurifère nationale significative.
À l’échelle mondiale, de nombreux États renforcent leurs stocks d’or pour sécuriser leur économie :
-les États-Unis détiennent plus de 8 000 tonnes ;
-la France environ 2 400 tonnes ;
-même certains pays africains amorcent une accumulation progressive.
Le Gabon, lui, ne dispose pas d’un stock structuré, ce qui limite sa capacité de résilience face aux chocs économiques.
Un arbitrage entre urgence et vision
Deux options se dessinent :
-vendre immédiatement pour générer des liquidités ;
-ou conserver et accumuler pour bâtir une sécurité financière.
Dans un contexte mondial marqué par l’incertitude, l’or est redevenu une valeur refuge.
En 2023, les banques centrales ont acquis plus de 1 000 tonnes d’or, signe d’un retour stratégique vers cet actif.
Le risque d’un schéma déjà connu
Pour plusieurs analystes, cette orientation rappelle un modèle déjà éprouvé au Gabon : celui de l’exploitation rapide des ressources naturelles sans transformation structurelle de l’économie.
-Pétrole hier;
-Or aujourd’hui ?
Le risque est de reproduire un cycle :
-extraction ;
-exportation ;
-dépendance ;
-sans création de richesse durable.
Une stratégie encore floue
Au-delà de la décision ponctuelle, c’est l’absence d’une vision globale qui est pointée du doigt.
Le pays ne dispose pas encore :
-d’un fonds souverain adossé à ses ressources minières ;
-d’une politique claire de constitution de réserves ;ni d’une stratégie de valorisation à long terme.
Un choix déterminant
La question de l’or dépasse le cadre économique.
Elle engage la capacité du Gabon à transformer ses ressources en leviers de souveraineté.
Conclusion
Dans un pays confronté à un endettement élevé et à une dépendance persistante aux matières premières, la gestion de l’or apparaît comme un test stratégique.
Vendre pour répondre à l’urgence ou conserver pour préparer l’avenir : le choix est clair, mais ses conséquences pourraient être durables.
Car au-delà de la transaction, c’est la vision économique du Gabon qui est aujourd’hui en question.

