Dans son ouvrage « Entre cinéma et industrie : l’Afrique à la remorque » publié en août 2018 chez les éditions Edilivre, l’écrivain et journaliste gabonais Serge Kevin Biyoghe propose une réflexion incisive sur les rapports complexes entre création cinématographique et structuration industrielle en Afrique. À travers une analyse rigoureuse, l’auteur interroge les limites d’un secteur encore en quête de maturité économique.
Dès les premières pages, l’ouvrage pose un constat sans détour : malgré une richesse narrative incontestable et une créativité reconnue à l’international, le cinéma africain peine à s’imposer comme une véritable industrie. Entre insuffisance de financements, faiblesse des circuits de distribution et dépendance aux partenaires extérieurs, le secteur demeure fragilisé.
L’auteur met en lumière un paradoxe central : alors que les productions africaines gagnent en visibilité dans les festivals internationaux, leur impact économique local reste marginal. Une situation qui, selon lui, traduit un déséquilibre structurel entre reconnaissance artistique et rentabilité industrielle.
Au fil des chapitres, Serge Kevin Biyoghe explore les causes profondes de cette réalité. Il évoque notamment l’absence de politiques publiques cohérentes, le manque d’infrastructures adaptées, mais aussi la difficulté à structurer des chaînes de valeur solides, capables de soutenir la production, la distribution et l’exploitation des œuvres.
L’analyse s’élargit également à la concurrence internationale, marquée par la domination des grandes industries cinématographiques étrangères. Face à ces mastodontes, les productions africaines peinent à exister sur leurs propres marchés, souvent saturés par des contenus importés.
Mais l’ouvrage ne se limite pas à un diagnostic. Il esquisse des pistes de réflexion pour une transformation durable du secteur. L’auteur plaide pour une meilleure intégration régionale, un renforcement des mécanismes de financement locaux et une professionnalisation accrue des acteurs du cinéma.
En filigrane, se dessine une ambition : faire du cinéma africain un levier de développement économique et culturel, capable de générer de la valeur, de l’emploi et de l’influence.
Avec « Entre cinéma et industrie : l’Afrique à la remorque », Serge Kevin Biyoghe livre ainsi un essai engagé, à la croisée de la culture et de l’économie. Un ouvrage qui interpelle décideurs, professionnels et publics sur l’urgence de repenser les fondements d’un secteur stratégique pour l’avenir du continent.
À l’heure où les industries culturelles occupent une place croissante dans l’économie mondiale, ce livre s’impose comme une contribution majeure au débat sur la souveraineté culturelle et la structuration des marchés créatifs africains.

