Le 3 avril 2026, six nouvelles forêts communautaires ont été officiellement attribuées à des associations villageoises de Ndzomoe, dans le département de Komo Océan. Plus de 28 000 hectares sont concernés. Au-delà du geste symbolique, cette mesure soulève des enjeux économiques, sociaux et environnementaux majeurs pour le Gabon.
Une politique nationale au service du développement local
Le mécanisme de la forêt communautaire, introduit par le Code Forestier de 2001, permet à l’État de transférer des portions du domaine forestier aux communautés villageoises. L’objectif est double : donner aux populations locales les leviers pour financer leurs projets et renforcer la gestion durable des ressources naturelles.
Selon le ministère des Eaux et Forêts, les six nouvelles forêts couvrent plus de 28 000 hectares, confiés aux associations Fils et Filles de Meteck Mevie, Avole Begone Be Ya Nkoma, Unité de Mvam, Ndzomoe, Ekatso et Famille.
Le Ministre Maurice Ntossui Allogo a insisté sur la nécessité d’une gestion inclusive et durable, en valorisant non seulement le bois d’œuvre, mais surtout les produits forestiers non ligneux (PFNL) et les activités agricoles.
Enjeux économiques : un potentiel à concrétiser
Selon des experts du secteur, une forêt communautaire correctement gérée peut générer plusieurs centaines de millions de francs CFA par an pour les communautés, grâce à :
-la cueillette durable de produits forestiers (fruits, noix, plantes médicinales) ;
-le développement d’activités agricoles intégrées ;
-des opportunités liées au tourisme écologique et à la reforestation rémunérée.
Pour le Gabon, ces forêts constituent un levier stratégique pour le développement rural, en offrant des emplois locaux et en limitant l’exode vers les villes. Sur le plan macroéconomique, la multiplication de forêts communautaires pourrait contribuer à la diversification des revenus et à la sécurisation économique des villages.
Enjeux sociaux et institutionnels : autonomie et gouvernance
Le succès de ces initiatives dépendra de la capacité des associations à gérer ces ressources de manière transparente et inclusive. La mise en place de comités de gestion et le suivi régulier des projets sont cruciaux pour :
-garantir une répartition équitable des bénéfices ;
-prévenir les conflits liés à l’accès et à l’exploitation des ressources ;
-renforcer la participation citoyenne dans les décisions locales.
La collaboration avec des partenaires internationaux, comme CAFI et The Nature Conservancy, apporte assistance technique et financière, mais la responsabilité opérationnelle demeure entre les mains des communautés.
Enjeux environnementaux : concilier exploitation et conservation
La pression sur les forêts gabonaises reste forte. Sans contrôle strict, l’exploitation pourrait menacer la biodiversité et accélérer la déforestation.
L’intégration des PFNL et des activités agricoles durables permet de :
-limiter l’exploitation intensive du bois ;
-diversifier les sources de revenus pour réduire la dépendance au bois d’œuvre ;
-créer des zones de conservation et de régénération naturelle.
En ce sens, ces forêts participatives représentent un modèle de gestion intégrée et durable, alliant économie locale et préservation environnementale.
Limites et défis à relever
Malgré le potentiel, plusieurs obstacles subsistent :
- Manque de capacités techniques et de formation des responsables locaux ;
- Risque de surexploitation si les PFNL et l’agriculture ne sont pas encadrés ;
- Nécessité d’un suivi rigoureux et de bilans réguliers pour garantir la transparence et l’efficacité ;
- Coordination avec les acteurs gouvernementaux et internationaux, afin de sécuriser les financements et les conseils techniques.
Un modèle à fort potentiel
Ces six nouvelles forêts communautaires sont plus qu’une attribution de terres. Elles incarnent un outil stratégique pour le développement économique et social des communautés rurales.
Si elles sont gérées de manière rigoureuse, elles peuvent :
-Réduire la précarité et le chômage ;
-Stimuler l’économie locale ;
-Préserver les ressources naturelles ;
-Renforcer l’autonomie et la participation citoyenne.
Pour le Gabon, la transformation de ces 28 000 hectares en leviers de développement concret sera un test majeur de la capacité du pays à concilier croissance, inclusion et durabilité environnementale.

