En s’appuyant sur les nombreuses expériences politiques dans le monde, il était prévisible que la fin du CTRI ne donnerait nullement droit à un état de grâce à ses metteurs en scène. Pour l’opinion publique, les deux ans de transition ne sont pas à classer en perte et profit car, les militaires ont bel et bien dirigé le Gabon. C’est en cela que la célébration de l’an 1 du pouvoir en place suscite plus de questions de pertinence que d’intérêt.
Autrement dit, l’heure des états des lieux, point de départ de toute gouvernance sérieuse, est révolue. Place désormais à l’action qui avait déjà commencé durant cette période exceptionnelle.
Malheureusement, la plupart des actualités qui a nourri l’année politique écoulée du mandat naissant n’était pas des plus heureuses quand bien même de nombreuses innovations ont été « apportées », dit-on, pour le bonheur des Gabonais.
Pas une, pas deux, la note populaire qui était attendue fût servie sans la moindre complaisance. De ce jugement que chacun peut objectivement apprécier, on n’est certes pas encore à des années lumière de l’euphorie du 30 août 2023 ou de la victoire électorale du 12 avril 2025 mais il faut reconnaître que la température de la foi au renouveau promis a fortement baissé.
Ce constat clairement posé, on est en droit de se demande quelle est la pertinence ou l’objectif final visé lorsqu’on tente de créer une jurisprudence de destitution à la mairie centrale qui pourrait un jour s’inviter au Palais présidentiel. En d’autres mots plus précis, n’est-il pas à craindre que les manœuvres obscures qui sont expérimentées pour chasser le maire de Libreville pourraient servir à écarter du palais Présidentiel le général président ? La question mérite d’être posée.
Prenons garde à ce qu’on crée dans le pays. Le fait qu’il y ait eu un coup d’État qui a réussi fait penser ou croire aux ambitieux en embuscade que c’est également possible. Qu’eux aussi, ils peuvent réussir. C’est pourquoi ce qui se passe à la mairie de Libreville est d’une extrême gravité pour un pouvoir en construction mais surtout pour un pouvoir qui ne devrait jamais oublier comment il est arrivé au sommet de l’État.
Aussi, ce qui se joue présentement relève plus du procès des véritables capacités des nouvelles autorités à gérer le pays que l’appréciation objective des aptitudes managériales du maire central de la commune de Libreville qui n’a même pas encore commencé à travailler. Et tout ceci se passe comme si tout le monde au sommet de l’État portait des œillères. C’est à croire que la raison a foutu le camp du laboratoire des bâtisseurs où Aurélien Nguema Mintsa semble avoir été l’unique et principal stratège.
Au-delà de cette grille de lecture qui dessine l’instabilité à venir du pouvoir en place, on peut également y voir l’affrontement de deux réseaux d’influence dans les arcanes du pouvoir. Celui d’Aurélien Nguema Mintsa qui avait fortement soutenu l’ascension et l’élection du maire Pierre Matthieu Obame Etoughe et celui des mains et des manœuvres obscures déjà éprouvées dans le temps qui semblent soutenir le profil d’Arsène Nkoghe. Nul besoin de faire plus de commentaires, l’opinion publique sait de qui ce dernier répond. Nous y reviendrons.
Avoir laissé Aurélien Nguema Mintsa mettre en place un réseau dans le pouvoir sans rechercher l’équilibre des énergies en présence était une erreur politique. Mais maintenant chercher à démanteler ce dispositif de la manière la plus cavalière qui soit, à l’heure de la restauration des institutions, sans être capable de « rappeler » à ses affidés qui est le vrai et l’unique chef de ce pouvoir est une faute politique qui traduit bien sa faiblesse ou sa légèreté.
D’ailleurs, que cela soit dit et entendu, si cette séquence d’épuration des Nguema Mintsa boy’s au sein du pouvoir devait avoir lieu, ce n’est certainement pas par la mairie centrale de Libreville qu’il fallait commencer mais bien par ses tentacules implantées au Palais présidentiel.
Le poisson commençant toujours à pourrir par la tête, c’est le Secrétaire général de la Présidence de la République et les patrons de nombreuses institutions estampillés Team Aurélien qui devaient actuellement être sous pression et être entrain de redoubler de tous les efforts possibles pour démontrer leur castration indiscutable au cordon d’Aurélien à défaut de commencer à faire leurs cartons.
Cette situation du démantèlement du réseau d’Aurélien Nguema Mintsa pose encore un autre problème, celui de la loyauté, de la fidélité et de la fiabilité. Il invite même à se demander : qu’est-ce qui lui est finalement reproché au-delà des frasques imaginaires ou réelles qui lui sont souvent attribuées ? Cette question vaut tout son pesant d’or par
les temps qui courent.
Pour les observateurs avisés et expérimentés de la vie publique et politique de notre pays, ce qui se fait actuellement comme intrigues à la mairie centrale de Libreville n’est que l’expérience témoin ou en miniature qui pourrait en découdre avec le sommet de l’État lorsqu’arrivera l’étude de son chapitre. Que les mains noires s’arrêtent, ici et maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.
« À peine commencé, déjà fini ? » pourrait être l’interrogation la plus partagée, ici et ailleurs, si cette folie politicienne ne s’arrête pas. Pourquoi ne même pas affirmer que, comme cela se dit pour Aurélien Nguema Mintsa, le chien va à la chasse, non pas pour son maître, mais pour lui-même. Quid des intentions non avouées des perfides trompeurs en action ?
Par Télesphore Obame Ngomo
Ancien Président de l’OPAM

