Surfacturation et gabegie : Le développement du Gabon à l’épreuve de la bonne gouvernance

L’histoire des nations enseigne que les peuples ne réclament pas seulement des changements de dirigeants ; ils aspirent surtout à des changements de méthodes, de pratiques et de comportements dans la gestion des affaires publiques. Au Gabon, cette aspiration s’est exprimée avec force au fil des années à travers les attentes croissantes des citoyens en matière de transparence, de justice et de bonne gouvernance.

Depuis des décennies, notre pays bénéficie d’importantes ressources naturelles. Le pétrole, le manganèse, le bois et d’autres richesses ont permis au Gabon d’occuper une place particulière sur le continent africain. Pourtant, malgré ces atouts indéniables, de nombreux défis demeurent : infrastructures insuffisantes, difficultés d’accès à certains services publics, chômage des jeunes et fortes attentes sociales.

Face à cette réalité, une question revient avec insistance dans le débat public : comment expliquer le décalage entre les richesses dont dispose le pays et les difficultés auxquelles restent confrontées une partie de ses citoyens ?

Parmi les réponses avancées figure la problématique de la surfacturation et de la gabegie dans la gestion des deniers publics. Ces pratiques, lorsqu’elles sont avérées, constituent de véritables obstacles au développement national. Elles privent l’État de ressources précieuses qui auraient pu être investies dans l’éducation, la santé, les infrastructures, le logement ou encore le soutien à l’entrepreneuriat.

Chaque marché public artificiellement gonflé représente une perte pour la collectivité. Chaque dépense injustifiée constitue un manque à gagner pour le développement.

 Chaque acte de mauvaise gestion fragilise la confiance des citoyens envers les institutions de la République.

Le coût réel de ces dérives ne se mesure pas seulement en milliards de francs CFA. Il se mesure dans les écoles qui ne sont pas construites, dans les centres de santé qui manquent d’équipements, dans les routes qui tardent à être achevées et dans les opportunités qui échappent à des milliers de jeunes Gabonais.

Le contexte actuel confère à cette question une importance particulière. Les événements politiques récents ont suscité chez de nombreux citoyens l’espoir d’une rupture avec certaines pratiques du passé et l’avènement d’une gouvernance davantage fondée sur la responsabilité, l’exemplarité et la transparence.

Cette aspiration est légitime. Elle traduit la volonté d’un peuple de voir les ressources nationales utilisées prioritairement au service de l’intérêt général. Elle exprime également l’attachement des Gabonais à une République où les responsabilités publiques s’exercent avec probité et où la gestion des biens de l’État obéit à des règles strictes.

Dans cette perspective, les audits, les enquêtes administratives et les mécanismes de contrôle engagés pour faire la lumière sur certaines pratiques doivent être encouragés. Ils constituent des outils indispensables pour restaurer la confiance et renforcer la crédibilité de l’action publique.

Cependant, la recherche de la vérité doit toujours s’accompagner du respect des principes fondamentaux de l’État de droit. Les responsabilités doivent être établies sur la base de faits vérifiés et de procédures régulières. Mais lorsque les fautes sont démontrées, les sanctions doivent être appliquées avec fermeté, sans considération de rang, de fonction ou d’influence.

L’impunité est l’une des principales ennemies de la bonne gouvernance. Lorsqu’elle s’installe durablement, elle favorise la répétition des abus, décourage les comportements vertueux et affaiblit l’autorité morale de l’État. À l’inverse, une justice impartiale et une administration rigoureuse contribuent à instaurer une culture de responsabilité bénéfique à l’ensemble de la nation.

La lutte contre la surfacturation et la gabegie ne doit toutefois pas se limiter à la sanction. Elle doit également reposer sur la prévention. La transparence dans les marchés publics, la modernisation de l’administration, la digitalisation des procédures, le renforcement des organes de contrôle et la publication régulière des dépenses publiques sont autant de réformes susceptibles de réduire durablement les risques de dérive.

Au-delà des mécanismes institutionnels, c’est une véritable éthique de la gestion publique qui doit être promue. Chaque responsable appelé à administrer une parcelle des ressources nationales doit garder à l’esprit qu’il agit au nom du peuple gabonais et pour son bénéfice exclusif.

L’heure est venue de consolider une culture de responsabilité qui fasse de la bonne gouvernance non plus une ambition ponctuelle, mais un principe permanent de l’action publique. Le Gabon dispose de tous les atouts nécessaires pour réussir son développement. Encore faut-il que les ressources du pays servent pleinement le pays.

La lutte contre la surfacturation et la gabegie n’est donc pas seulement une question comptable ou administrative. Elle est un combat pour la justice, pour l’efficacité de l’État et pour la préservation du contrat de confiance entre les institutions et les citoyens.

Parce que chaque franc détourné de sa vocation première est une opportunité retirée au peuple.

Parce que chaque abus impuni affaiblit la République.

Parce que chaque effort de transparence renforce la nation.

Le combat pour une gestion exemplaire des ressources publiques doit demeurer l’affaire de tous. C’est à ce prix que le Gabon pourra transformer ses immenses richesses en prospérité partagée et offrir aux générations futures le pays qu’elles sont en droit d’espérer.

La lutte contre la surfacturation et la gabegie n’est pas seulement une exigence de bonne gouvernance. Elle est une exigence de justice, de patriotisme et de responsabilité envers les générations présentes et futures. Car un pays qui protège ses ressources protège son avenir, et une nation qui fait triompher l’intérêt général se donne les moyens de réaliser pleinement ses ambitions.

Par Joachim Mbatchi Pambou, Président du Forum Pour la Défense de la République (FDR), Candidat à l’élection présidentielle d’août 2023

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