Face à un paradoxe persistant entre le poids démographique de l’Afrique et sa faible représentation dans le marché mondial de l’assurance, les acteurs du secteur entendent accélérer leur mobilisation. Du 6 au 8 juillet 2026, la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) réunira à Cotonou les États Généraux de l’Assurance pour Tous, une rencontre continentale consacrée à l’élargissement de l’accès à l’assurance sur le continent.
Prévu au Sofitel de Cotonou, l’événement devrait réunir près de 400 participants, parmi lesquels des représentants des gouvernements africains, des autorités de régulation, des compagnies d’assurance et de réassurance, des banques de développement, des institutions financières ainsi que des partenaires techniques et professionnels.
L’objectif affiché est de construire une vision commune et de définir des mesures concrètes pour améliorer l’accès aux produits d’assurance, encore largement sous-développé dans plusieurs pays africains.
Un continent fortement peuplé mais sous-assuré
L’Afrique représente environ 19 % de la population mondiale, mais génère moins de 1 % des primes d’assurance émises dans le monde, selon les données avancées par les organisateurs.
Dans l’espace CIMA (Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances), qui regroupe plusieurs pays d’Afrique francophone, le taux de pénétration de l’assurance demeure inférieur à 1 % du PIB, loin derrière la moyenne mondiale qui dépasse 6 %.
Cette situation traduit un accès limité aux mécanismes de protection financière pour une grande partie des populations africaines.
Des millions de ménages, d’agriculteurs, de petites entreprises et d’acteurs du secteur informel restent ainsi exposés à des risques majeurs liés notamment :
- aux crises sanitaires ;
- aux catastrophes climatiques ;
- aux difficultés économiques ;
- aux aléas sociaux et professionnels.
Selon les spécialistes du secteur, cette faible couverture représente un frein à la résilience économique et à la stabilité financière.
Une ambition : doubler le taux de pénétration de l’assurance
Les travaux des États Généraux doivent aboutir à l’adoption d’un Pacte panafricain pour l’inclusion assurantielle, accompagné d’un plan stratégique 2026-2030.
Ce document doit servir de feuille de route collective pour atteindre un objectif majeur : doubler le taux de pénétration de l’assurance dans l’espace FANAF d’ici 2040.
Pour la fédération, l’enjeu dépasse largement le seul cadre du secteur assurantiel.
« L’Afrique ne pourra bâtir une croissance durable sans renforcer les mécanismes de protection de ses populations, de ses entreprises et de ses investissements. Les États Généraux de Cotonou doivent marquer le point de départ d’une nouvelle ambition continentale pour l’assurance africaine et son rôle dans la transformation économique du continent », a déclaré Mamadou Koné, président de la FANAF.
L’assurance comme levier de développement
Longtemps considérée principalement comme un outil de couverture des risques, l’assurance tend aujourd’hui à être présentée comme un instrument plus large de développement économique.
Selon la FANAF, elle peut jouer plusieurs rôles stratégiques :
- renforcer la résilience économique des ménages et des entreprises ;
- favoriser la mobilisation de l’épargne ;
- sécuriser les investissements ;
- soutenir le financement des PME ;
- accompagner les politiques d’adaptation climatique ;
- renforcer l’inclusion financière.
Dans des économies où les secteurs informels occupent une place importante, la démocratisation des produits d’assurance constitue également un défi d’adaptation et d’innovation.
Créer une dynamique continentale
Au-delà des décisions attendues, Cotonou 2026 ambitionne de devenir une plateforme de dialogue entre États, régulateurs, investisseurs et acteurs privés afin d’identifier les leviers nécessaires à une meilleure inclusion assurantielle.
Le choix du Bénin comme pays hôte s’inscrit dans une dynamique de modernisation économique et financière engagée ces dernières années.
Pour les organisateurs, cette rencontre pourrait marquer une étape importante dans la structuration du secteur sur le continent, avec l’ambition de transformer des engagements institutionnels en résultats mesurables pour les populations africaines.
À travers ces États Généraux, l’assurance africaine cherche ainsi à changer de dimension : passer d’un marché encore marginal à un véritable moteur de développement économique et social.

