À travers une déclaration commune rendue publique à Libreville le 2 juillet 2026, les organisations professionnelles des médias privés du Gabon ont lancé un appel solennel aux pouvoirs publics, aux partenaires économiques et aux acteurs du développement afin de mettre en place des mesures structurelles destinées à assurer la survie économique de la presse nationale.
Réunies au sein d’un collectif regroupant plusieurs structures représentatives, notamment l’Organisation patronale des médias (OPAM), le Réseau national des journalistes indépendants (Rénaji), le Cercle des patrons de la presse privée en ligne (CPPPL), l’Union des patrons de presse indépendants du Gabon (UPPIG) et l’Association des médias pour la paix (AMP), ces organisations estiment que l’écosystème médiatique gabonais traverse une crise profonde susceptible de menacer son existence même.
Dans leur déclaration, les signataires rappellent le rôle central des médias dans une société démocratique, soulignant qu’ils ne sont pas seulement des canaux d’information mais également des instruments de contrôle, de redevabilité publique et de cohésion sociale.
« Un média asphyxié financièrement est un média fragilisé dans son indépendance », avertissent-ils.
Une situation économique jugée alarmante
Les professionnels du secteur pointent plusieurs facteurs à l’origine des difficultés actuelles : la raréfaction des ressources publicitaires, l’étroitesse du marché local, l’impact croissant des plateformes numériques ainsi que l’insuffisance des mécanismes de soutien public.
Les organisations dénoncent également une situation qu’elles jugent déséquilibrée : les opérateurs numériques tireraient profit des contenus médiatiques diffusés gratuitement sur les réseaux sociaux sans qu’un mécanisme de compensation économique ne bénéficie aux producteurs d’information. Elles appellent les autorités à des réformes urgentes pour sauver un secteur qu’elles considèrent comme essentiel à la démocratie et au développement du pays.
Six mesures proposées pour relancer le secteur
Face à cette situation, le collectif formule plusieurs recommandations visant à assurer la viabilité économique des entreprises de presse et à renforcer leur autonomie.
Parmi les principales propositions figurent :
- La revalorisation de l’aide publique aux médias privés initialement à 500 millions de francs CFA depuis 2003 ;
- La mise en place d’une compensation numérique via un prélèvement sur les opérateurs mobiles seuls bénéficiaires de la lecture gratuite des médias sur les réseaux sociaux ;
- Une meilleure orientation de la publicité institutionnelle vers la presse nationale ;
- L’instauration d’un régime fiscal spécifique aux médias ;
- Une réforme du système d’accréditation des journalistes auprès des institutions ;
- La revalorisation de la carte professionnelle et des droits qui y sont associés.
Pour les signataires, ces mesures ne constituent pas des privilèges mais un investissement stratégique pour préserver un secteur essentiel à la stabilité institutionnelle, à la transparence publique et à l’exercice du droit à l’information.
Des enjeux démocratiques majeurs
Au-delà des revendications économiques, les organisations professionnelles alertent sur les conséquences plus larges d’un affaiblissement du secteur médiatique. Elles estiment qu’une presse fragilisée risque d’avoir un impact direct sur la qualité de l’information accessible aux citoyens.
Dans un contexte où le Gabon poursuit plusieurs réformes institutionnelles et économiques, la question de la pérennité des médias apparaît comme un enjeu dépassant largement le seul cadre corporatiste.
Le plaidoyer intervient également alors que les débats sur le financement des médias, leur indépendance et leur adaptation à l’ère numérique occupent une place croissante sur le continent africain.
Reste désormais à savoir si cet appel des professionnels trouvera un écho auprès des autorités publiques et des différents partenaires sollicités. Pour les acteurs du secteur, l’urgence n’est plus au constat mais à l’action.

