Qu’est-ce qui se passe à la formation professionnelle ?

Une institution confrontée à une crise multidimensionnelle

La formation professionnelle est censée préparer une main-d’œuvre qualifiée, capable de répondre aux besoins des entreprises et de contribuer au développement économique du pays. Pourtant, depuis plusieurs mois, les centres de formation professionnelle traversent une période particulièrement difficile, marquée par une accumulation de dysfonctionnements qui suscitent de nombreuses interrogations.

Des examens retardés qui fragilisent le parcours des apprenants

Les examens de fin de formation accusent des retards importants. Cette situation pénalise directement les apprenants, dont la délivrance des diplômes, l’accès à l’emploi ou la poursuite d’études sont retardés. Elle perturbe également toute la planification pédagogique des établissements.

Des budgets de fonctionnement insuffisants

Les responsables des centres font état d’une baisse significative des budgets de fonctionnement. Cette réduction limite la capacité des établissements à assurer leurs missions quotidiennes : entretien des infrastructures, organisation des travaux pratiques, achat de consommables et préparation des évaluations.

Des agents confrontés à des arriérés de primes

L’une des préoccupations majeures concerne le paiement des primes. Dans plusieurs Centres de Formation et d’Enseignement Professionnels (CFEP), des agents attendent leurs primes depuis environ six mois. Dans certains établissements, notamment au grand CIMFEP de Nkok, les retards évoqués atteindraient sept, neuf, voire vingt-et-un mois. Une telle situation affecte le moral des personnels et alimente un climat social tendu.

Une pénurie de matière d’œuvre

La matière d’œuvre constitue le cœur de la formation professionnelle. Sans matériaux, composants ou équipements consommables, les travaux pratiques deviennent difficiles, voire impossibles. Cette insuffisance prive les apprenants des mises en situation indispensables à l’acquisition des compétences professionnelles.

Des tensions dans certains centres

Dans plusieurs établissements, le climat social s’est fortement dégradé. Des mouvements de contestation ont conduit à la fermeture temporaire de certains centres, avec des revendications portant notamment sur le départ de responsables jugés incompétents par une partie du personnel. Ces situations traduisent une perte de confiance qui nécessite un dialogue constructif entre les différentes parties concernées.

Des ateliers et laboratoires vieillissants

Les ateliers et laboratoires constituent l’outil principal de la formation technique. Or, dans de nombreux centres, les équipements sont anciens, parfois hors service, et ne correspondent plus aux technologies actuellement utilisées dans les entreprises. Cette situation risque de creuser l’écart entre les compétences acquises en formation et les attentes du marché de l’emploi.

Un manque de renforcement des capacités des formateurs

Les évolutions technologiques imposent une actualisation régulière des connaissances des formateurs. Pourtant, les programmes de perfectionnement deviennent rares. Sans formation continue, il devient difficile pour les enseignants d’intégrer les nouvelles technologies, les nouvelles méthodes pédagogiques et les évolutions des métiers.

Une accumulation de difficultés

Pris individuellement, chacun de ces problèmes est préoccupant. Ensemble, ils traduisent une crise plus profonde qui touche les dimensions pédagogique, administrative, financière et sociale de la formation professionnelle.

Les principales conséquences sont :

– une baisse de la qualité des formations ;

– une démotivation des personnels ;

– un affaiblissement des compétences pratiques des apprenants ;

– une perte progressive de confiance des partenaires économiques ;

– un risque de dévalorisation des diplômes délivrés.

Quelles perspectives ?

La relance de la formation professionnelle nécessite une réponse globale fondée sur plusieurs priorités :

– le rétablissement d’un calendrier académique normal ;

– un financement adapté aux besoins réels des centres ;

– la régularisation des primes des agents ;

– la disponibilité permanente de la matière d’œuvre ;

– la modernisation des ateliers et laboratoires ;

– le renforcement continu des capacités des formateurs ;

– une gouvernance fondée sur le dialogue, la compétence et la transparence.

Conclusion

La formation professionnelle constitue un levier stratégique pour le développement économique et l’insertion des jeunes. Les difficultés actuellement observées ne concernent pas uniquement les établissements ou les agents ; elles touchent directement l’avenir des apprenants, la compétitivité des entreprises et le développement du pays.

Face à ces défis, une mobilisation de l’ensemble des acteurs apparaît indispensable afin de redonner à la formation professionnelle les moyens d’accomplir pleinement sa mission : former une jeunesse compétente, qualifiée et prête à répondre aux besoins du monde du travail.

Une analyse de Moïse GOULOUBA COLSON, formateur engagé pour la formation des jeunes Gabonais

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