Les déguerpis du carrefour SNI-Owendo : Le cri silencieux de compatriotes en détresse que la République ne doit pas oublier

Une Nation qui avance est une Nation qui se transforme. La modernisation des villes, l’aménagement du territoire et la réalisation de nouveaux projets répondent à une nécessité légitime : préparer les conditions d’un développement durable et améliorer progressivement le cadre de vie des populations.

Toute transformation porte cependant une responsabilité essentielle : celle de veiller à ce que les mutations qu’elle entraîne prennent pleinement en compte la dimension humaine. Car derrière chaque espace réaménagé, derrière chaque quartier appelé à évoluer, il existe des histoires, des familles, des parcours de vie et des citoyens qui aspirent à être accompagnés dans ces changements.

Le développement ne peut être uniquement une affaire d’infrastructures. Il doit demeurer une œuvre humaine.

C’est dans cet esprit qu’il convient de porter un regard attentif sur la situation des familles déguerpies du carrefour SNI-Owendo.

Le propos de cette tribune n’est pas de contester la nécessité pour l’État d’organiser l’espace urbain, de planifier le développement des villes ou de préparer l’avenir. Il s’agit simplement de rappeler une exigence fondamentale : toute transformation réussie doit savoir concilier l’intérêt général avec la protection de la dignité des citoyens concernés.

Car derrière cette situation se trouvent des histoires humaines.

Rien ne saurait réduire ces compatriotes de la SNI-Owendo à une simple question d’occupation des lieux. Beaucoup d’entre eux ont vécu dans ces quartiers pendant plusieurs décennies, parfois sur plusieurs générations. Des enfants y sont nés, des familles y ont grandi, des liens sociaux et communautaires s’y sont construits.

Pour beaucoup, ces espaces n’étaient pas seulement des lieux d’habitation. Ils représentaient un foyer, une mémoire familiale, un environnement de vie et le résultat de longues années d’efforts et de sacrifices.

Nombreux sont ceux qui y ont investi leurs économies, construit leurs habitations, développé leurs activités et consacré l’essentiel de leur existence à ces lieux qu’ils considéraient comme leur cadre de vie.

C’est pourquoi leur situation actuelle mérite une attention particulière.

Aujourd’hui, plusieurs de ces compatriotes vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Certains auraient trouvé refuge dans la zone dite « Baracuda », tandis que d’autres ont trouvé refuge au complexe Léon-Augé, dans des conditions qui soulèvent de fortes préoccupations sur le plan humain et social.

Derrière ces réalités se trouvent des femmes, des hommes, des enfants et des personnes vulnérables confrontés à l’incertitude du lendemain.
Perdre un logement ne signifie pas seulement perdre un toit.

C’est parfois perdre des repères, une stabilité familiale, une proximité avec les écoles, les services essentiels et un environnement social construit au fil des années.

C’est pourquoi cette situation ne peut être regardée comme un simple dossier administratif.

Elle appelle une réponse humaine.

Le Gabon est engagé dans une dynamique de transformation et de refondation. Cette ambition est légitime. Mais une transformation durable est celle qui associe modernisation et solidarité, développement et dignité humaine.

Une ville moderne ne se définit pas seulement par ses routes, ses bâtiments ou ses équipements.

Elle se définit aussi par la manière dont elle protège et accompagne ceux qui y vivent.

La modernisation urbaine ne doit jamais conduire à l’effacement des histoires humaines qui ont contribué à façonner nos quartiers.

Derrière chaque maison, chaque famille déplacée, il existe parfois une histoire, des souvenirs, des sacrifices et une vie entière construite avec patience.

C’est pourquoi nous appelons respectueusement à l’attention bienveillante des plus hautes autorités de notre pays sur la situation des déguerpis du carrefour SNI-Owendo.

Il ne s’agit pas d’opposer les citoyens à l’État. Il ne s’agit pas de remettre en cause les impératifs de développement.

Il s’agit de rappeler que l’autorité publique trouve toute sa grandeur lorsqu’elle sait aussi protéger ceux qui traversent des périodes de vulnérabilité.

Une attention particulière pourrait être portée à ces familles à travers un accompagnement social renforcé, une évaluation précise de chaque situation individuelle, des mesures d’urgence permettant de garantir des conditions de vie dignes et une réflexion durable sur les solutions adaptées de relogement ou d’accompagnement.

Les enfants doivent notamment être au cœur de cette attention. Leur scolarité, leur santé et leur équilibre psychologique doivent être préservés.

Le Gabon que nous voulons construire est un Gabon qui avance, mais qui n’oublie personne.

Car le progrès véritable n’est pas celui qui laisse certains citoyens au bord du chemin.

Le cri silencieux des déguerpis du carrefour SNI-Owendo n’est pas un appel à la polémique.

Il est un appel à la solidarité nationale.

Il est l’expression d’une attente légitime : celle de compatriotes qui espèrent que la République, dans sa grandeur et sa bienveillance, saura entendre leur détresse et leur redonner espoir.

Une Nation forte n’est pas seulement celle qui bâtit des infrastructures.

C’est aussi celle qui prend soin de ses citoyens.

C’est celle qui sait conjuguer ambition collective et humanité.

C’est celle qui comprend que le développement n’a de véritable sens que lorsqu’il profite à tous.

Par Joachim Mbatchi Pambou, Président du Forum pour la Défense de la République (FDR), Candidat à l’élection Présidentielle d’août 2023.

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