Une simple formule de salutation peut-elle renfermer une vision complète de l’existence ? C’est le message porté dans une intervention récemment relayée sur les réseaux sociaux, qui invite à redécouvrir la profondeur des langues et des traditions gabonaises. Au cœur de cette réflexion figure le mot « Oyémwin », présenté comme une salutation traditionnelle bakota dont le sens dépasserait largement le simple « bonjour ».
Selon Paul Mba Abessolo, « Oyémwin » ne signifie pas uniquement « es-tu réveillé ? » au sens physique du terme. La formule interroge également l’état de conscience de son interlocuteur : « Ton intelligence a-t-elle compris ? Es-tu sorti de ton ignorance ? »
Cette interprétation s’appuie sur une croyance traditionnelle selon laquelle le sommeil constitue un moment privilégié durant lequel les ancêtres transmettent enseignements et conseils aux vivants. Le réveil matinal devient ainsi le symbole d’une renaissance intellectuelle et spirituelle, bien au-delà de l’éveil du corps.
Une conception de la connaissance
L’intervenant souligne que cette manière de saluer traduit une conception particulière du savoir. Dès la première rencontre de la journée, l’individu est invité à réfléchir, à apprendre et à tirer profit des enseignements hérités de ses ancêtres. Dans cette vision, la connaissance occupe une place centrale dans la vie communautaire.
À titre de comparaison, il oppose cette approche au mot français « bonjour », qu’il présente comme une salutation dépourvue de dimension spirituelle explicite. L’objectif n’est pas de hiérarchiser les langues, mais de montrer que certaines expressions traditionnelles africaines portent une forte charge philosophique et symbolique.
Un patrimoine culturel à transmettre
Au-delà de la dimension linguistique, cette prise de parole met en lumière un enjeu majeur : la préservation des langues nationales et des savoirs traditionnels. Pour Paul Mba Abessolo, de nombreuses expressions ancestrales perdent progressivement leur sens profond faute d’être expliquées aux nouvelles générations. Il estime que la transmission de ces significations est essentielle à la diffusion de la culture gabonaise.
Les enjeux
La réflexion soulève plusieurs défis pour le Gabon :Préserver les langues nationales, alors que leur usage recule dans certains milieux urbains.
Valoriser le patrimoine immatériel, notamment les croyances, les récits et les expressions hérités des différentes communautés.
Renforcer la transmission intergénérationnelle, afin que les jeunes comprennent le sens culturel des traditions et ne se limitent pas à leur usage quotidien.
Développer la recherche linguistique et anthropologique, pour documenter et conserver les richesses des langues gabonaises.
Si les propos rapportés relèvent d’une interprétation culturelle et spirituelle propre à une tradition évoquée par l’intervenant, ils illustrent néanmoins la richesse du patrimoine immatériel gabonais et rappellent que les mots, au-delà de leur fonction de communication, peuvent aussi être les vecteurs d’une mémoire collective, d’une identité et d’une vision du monde.

