Chaque année, l’Afrique célèbre des sommets pour la paix, signe des accords, déploie des casques bleus. Et chaque année, des fusils parlent à l’Est de la RDC, au Sahel, au Soudan. Alors, la paix en Afrique est-elle une utopie vendue par les discours, ou une réalité en construction, brique après brique ?
Le mythe: une Afrique en feu permanent
Les chiffres donnent raison aux pessimistes.
En 2025, plus de 20 conflits armés actifs ont été recensés sur le continent selon l’ACLED. Le Sahel est devenu l’épicentre mondial du terrorisme. Au Soudan, la guerre a déplacé plus de 10 millions de personnes. En RDC, plus de 120 groupes armés sèment la terreur.
À cela s’ajoutent les coups d’État, la mauvaise gouvernance, la pauvreté. Pour beaucoup, l’image qui colle est celle d’un continent ingouvernable, où la paix ne serait qu’une pause entre deux guerres. Un mythe entretenu par les médias et par ceux qui profitent du chaos.
La réalité: des poches de résilience qui tiennent debout
Pourtant, réduire l’Afrique à ses crises, c’est oublier 54 pays et 1,4 milliard d’habitants.
Au Ghana, au Bénin, au Botswana, les alternances se font dans les urnes depuis 30 ans.
Au Rwanda, pays génocidé en 1994, la réconciliation et la croissance sont une réalité tangible.
En Sierra Leone et au Liberia, d’anciens champs de bataille sont devenus des exemples de reconstruction.
Et que dire des initiatives locales ? Au Mali, au Burkina, ce sont des chefs traditionnels et des femmes qui négocient des trêves villageoises quand l’État est absent. En Somalie, des jeunes entrepreneurs bâtissent des start-up entre deux alertes.
La paix n’est pas partout, mais elle existe. Fragmentée, fragile, mais réelle.
Pourquoi la paix tarde à s’installer
Trois chaînes retiennent l’Afrique:
– La chaîne économique: Tant que la jeunesse n’aura pas d’emploi, les groupes armés recruteront.
– La chaîne de la gouvernance: La traîtrise, la corruption et l’exclusion fabriquent des révoltés.
– La chaîne extérieure: Ingérences, trafics d’armes, pillage des ressources. La paix africaine ne se décide pas qu’à Addis-Abeba.
La paix n’est ni un mythe, ni une évidence. C’est un chantier
La paix en Afrique n’est pas un communiqué final. C’est un verbe d’action.
Elle ne viendra pas des seuls casques bleus. Elle viendra des enseignants qui refusent la haine, des journalistes qui dénoncent sans diviser, des chefs d’État qui acceptent l’alternance, des jeunes qui choisissent l’entrepreneuriat au lieu des armes.
Togolais d’ici et d’ailleurs, Africains d’ici et d’ailleurs, soyez des constructeurs de paix.
Car si nous attendons que le monde nous offre la paix, nous attendrons longtemps. Si nous la construisons, elle deviendra réalité.
Au nom des mânes de nos ancêtres, brisons les chaînes de la traîtrise. Et clamons fort la flamme de l’union.
Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

