
Les Panama Papers (Documents du Panama en français, Panama-Papiere en allemand) désignent la fuite de plus de 11,5 millions de documents confidentiels issus du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca, détaillant des informations sur plus de 214 000 sociétés offshore ainsi que les noms des actionnaires de ces sociétés. Parmi eux se trouvent des politiciens, des milliardaires, des sportifs de haut niveau ou des célébrités. Les chefs d’États de cinq pays – l’Arabie Saoudite, l’Argentine, l’Islande, l’Ukraine et les Émirats Arabes Unis – sont directement incriminés par ces révélations, tout comme des membres de leurs gouvernements, et des proches et des associés de chefs de gouvernements de plus de 40 autres pays, tels que l’Afrique du Sud, la Chine, la Corée du Sud, le Brésil, la France, l’Inde, la Malaisie, le Mexique, le Pakistan, la Russie, le Royaume-Uni et la Syrie1.
Les documents fournis par un lanceur d’alerte anonyme remontent aux années 1970 jusqu’à fin 2015, représentant un total de 2,6 teraoctets de données. Initialement envoyées au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung2 en 2015, les données ont rapidement été partagées avec les rédactions de media dans plus de 80 pays par l’intermédiaire du Consortium international pour le journalisme d’investigation3 (International Consortium of Investigative Journalists, ICIJ) basé à Washington4. Les premiers articles sont publiés le 3 avril 20165, accompagnés de 149 documents6. D’autres révélations suivront les publications initiales, l’intégralité des sociétés mentionnées par les documents devant être dévoilée d’ici mai 20167.
Ces documents concernent des sociétés extraterritoriales (dites offshore), que la firme Mossack Fonseca a aidé à créer, ou avec qui ses clients ont été en contact. Si en théorie les sociétés offshore peuvent avoir un but légitime, dans la pratique elles servent de sociétés écran qui permettent l’évasion fiscale ou le blanchiment d’argent illégalement perçu.
Contexte :
Mossack Fonseca est un cabinet d’avocats panaméen créé en 1986. Il résulte de la fusion du cabinet fondé en 1977 par Jürgen Mossack et de celui de Ramón Fonseca8. Les services offerts par la firme incluent la création de sociétés dans des juridictions extraterritoriales (offshore), la gestion de ces sociétés et une multitudes de services liées à la gestion des grandes fortunes9. La firme compte plus de 500 employés répartis dans plus de 40 bureaux autour du monde8. Elle a eu pour clients plus de 300 000 entreprises, la plupart étant déclarées au Royaume-Uni ou dans les paradis fiscaux britanniques9.
Le cabinet travaille avec les institutions bancaires les plus importantes du monde, comme la Deutsche Bank, HSBC, la Société Générale, le Credit Suisse, UBS et Commerzbank8. Avant la fuite des Panama Papers, Mossack Fonseca était décrite par The Economist comme une société « extrêmement discrète [sur ses activités]10 », « leader de la finance offshore au Panama11 » et « 4e plus grosse firme de droit offshore du monde12 ». Un article de Australian Broadcasting Corporation explique :
« Utilisant un système complexe de sociétés écran et de trusts fiduciaires, les services de Mossack Fonseca permettent à ses clients d’opérer derrière un mur de secret presque impénétrable. Son succès repose sur un gigantesque réseau de comptables et de banques prestigieuses qui embauchent la firme pour gérer les finances de leurs clients les plus fortunés. Les banques sont les principaux moteurs derrière la création de sociétés difficiles à tracer basées dans les paradis fiscaux.
L’essentiel du travail du cabinet est légal et anodin. Mais pour la première fois, la fuite nous emmène au cœur de son fonctionnement intrinsèque et nous offre un aperçu rare sur des opérations offrant à ses clients véreux une grande liberté de manœuvre13,14. »
Contenu :
Infographie publiée par Le Monde en avril 2016, montrant une partie des personnalités concernées par les révélations des « Panama Papers ».
Volume et types de fichiers :
La fuite consiste en 11,5 millions de documents édités entre 1977 et 2015 par la firme panaméenne Mossack Fonseca ayant été transmis en 2015 par un lanceur d’alerte anonyme au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung5,15,12. Les 2,6 téraoctets de données incluent des informations sur plus de 214 000 sociétés offshore, majoritairement liées d’une façon ou d’une autre à des personnalités publiques16.
Cette fuite constitue la plus grande révélation de documents exploités par les médias (2,3 To) dépasse de loin le total des données des câbles de Wikileaks de 2010 (1,7 Go), des Offshore Leaks de 2013 (260 Go), des Luxleaks de 2014 (4 Go) et des Swissleaks de 2015 (3,3 Go)17,18.
Les documents consistent en plus de 4,8 millions d’emails, 3 millions de bases de données, 2 millions de fichiers PDF, 1,1 millions d’images (notamment les photocopies des passeports des actionnaires et des scans de contrats signés), 320 000 fichiers texte et environ 2 000 fichiers d’autres formats5.
Analyse et exploitation :
Les journalistes ayant analysé ces données ont créé 214 488 dossiers informatiques (un pour chaque société écran mentionnée) auxquels ont été rattachés les documents les concernant. Ils ont utilisé des ordinateurs de reconnaissance optique de caractères permettant à l’ensemble des documents d’être recherchables comme dans une base de données. Les données ont ainsi été systématiquement indexées, notamment par l’utilisation du logiciel Nuix (en). Les documents ont ensuite été croisés avec des listes compilées de personnes-clé (politiciens importants et chefs d’État, criminels internationaux, athlètes professionnels, etc.) pour dresser une carte virtuelle du réseau de Mossack Fonseca5.
La dernière étape a consisté en :
• connecter ces personnes aux rôles qu’elles ont pu avoir dans la création et l’utilisation de ces sociétés offshore, pour leur propre compte ou pour le compte de personnalités de premier plan (qui étaient les bénéficiaires réels de ces procédés ? qui sont les intermédiaires par rapport à ces personnalités publiques ?) ;
• suivre l’itinéraire des flux financier transitant par les paradis fiscaux (d’où vient l’argent et où est-il envoyé ?) ;
• déterminer la légalité des structures mises en place par les banques et Mossack Fonseca, et notamment leur éventuelle implication dans les activités illégales d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent5.
L’ICIJ a créé un moteur de recherche permettant au réseau de journalistes participant au projet de faire leurs recherches. Ils ont établi ensemble la date du 3 avril 2016 pour la parution des premiers articles et une chronologie de publication, mais chaque rédaction a aussi eu le loisir d’adapter leurs recherches au paysage national. Ainsi, Le Monde a croisé la base de données avec la liste complète des « parlementaires français et européens, la liste Challenges des 500 Français les plus riches (et son corollaire à l’international, la liste Forbes), les organigrammes des principaux partis politiques français, la liste des ministres français depuis les années 1980, les administrateurs du CAC 40, les personnalités préférées des Français, les personnes citées dans des affaires politico-judiciaires depuis 2000, les chefs d’État et de gouvernement du monde entier ou encore les joueurs de l’équipe de France de football. Sans oublier les noms des actionnaires du Monde19. »
Une multitude de personnalités de premier plan sont concernées par ces révélations. Selon les tout premiers éléments dévoilés le 3 avril, voici la liste :
Chefs d’États et de gouvernements :
Actuels (2016) :
• Mauricio Macri, président d’Argentine1
• Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, Premier ministre d’Islande1
• Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, roi d’Arabie saoudite1
• Khalifa bin Zayed Al Nahyan, président des Émirats arabes unis et émir d’Abou Dabi1
• Petro Poroshenko, président d’Ukraine1
Anciens :
• Bidzina Ivanishvili, Premier ministre de Géorgie1
• Ayad Allawi, Premier ministre d’Irak1
• Ali Abu al-Ragheb, Premier ministre de Jordanie1
• Hamad bin Khalifa Al Thani, émir du Qatar1
• Hamad ben Jassem Al Thani, Premier ministre du Qatar1
• Ahmed al-Mirghani, président du Soudan1
• Pavlo Lazarenko, Premier ministre d’Ukraine1
Autres personnalités politiques :
Algérie
• Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie et des Mines1
Angola
• José Maria Botelho de Vasconcelos, ministre du Pétrole1
Argentine
• Néstor Grindetti, maire de Lanús1
Botswana
• Ian Kirby, président de la Cour d’appel du Botswana et ancien procureur général1
Brésil
• João Lyra, membre de la Chambre des députés1
Cambodge
• Ang Vong Vathana, ministre de la Justice2
Chili
• Alfredo Ovalle Rodríguez, membre des services de renseignement1
République démocratique du Congo
• Jaynet Kabila, membre de l’Assemblée nationale3
République du Congo
• Bruno Itoua, ministre de la Recherche scientifique et des Innovations techniques et ancien président de la SNPC1
Équateur
• Galo Chiriboga (en), procureur général
• Pedro Delgado (banquier) (es), ancien gouverneur de la Banque centrale1
France
• Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget1
• Patrick Balkany, député Les Républicains de la 5ème circonscription des Hauts-de-Seine, maire Les Républicains de Levallois-Perret1
• Patrick Drahi président d’Altice (Numericable-SFR, Virgin Mobile, Hot, Portugal Telecom, Orange Dominicana, et Suddenlink) et actionnaire de BFMTV, L’Express, Libération1
Grèce
• Stavros Papastavrou, conseiller des anciens Premiers ministres Kostas Karamanlis et Antonis Samaras1
Hongrie
• Zsolt Jorváth (en), ancien de l’Assemblée nationale4
Islande
• Bjarni Benediktsson, ministre des Finances1
• Ólöf Nordal, ministre de l’Intérieur5
Inde
• Anurag Kejriwal, ancien président du Lok Satta Party (Delhi)1
Kenya
• Kalpana Rawal, député juge en chef de la Cour suprême1
Malte
• Konrad Mizzi, ministre de l’Énergie et de la Santé1
Nigéria
• James Ibori, ancien gouverneur de l’État du Delta1
Palestine
• Muhammad Mustafa, ancien ministre de l’Économie nationale1
Panama
• Riccardo Francolini, ancien président de la Savings Bank, appartenant à l’État1
Pérou
• César Almeyda, directeur du National Intelligence Council1
Pologne
• Paweł Piskorski, ancien président de Varsovie1
Rwanda
• Emmanuel Ndahiro, brigadier général et ancien chef de l’agence de renseignement6
Arabie saoudite
• Muhammad bin Nayef, prince héritier et ministre de l’Intérieur7
Royaume Uni
• Michael Ashcroft, membre de la Chambre des Lords8
• Michael Mates, ancien membre de la Chambre des communes9
• Pamela Sharples, membre de la Chambre des Lords10
Venezuela
• Victor Cruz Weffer, ancien commandant en chef de l’armée11
• Jesús Villanueva, ancien directeur de PDVSA12
Zambie
• Attan Shansonga, ancien ambassadeur des États-Unis13
Parents et associés de membres de gouvernement :
Argentine
• Daniel Muñoz, assistant des anciens présidents Cristina Fernández de Kirchner et Néstor Kirchner1
Azerbaijan
• Mehriban Aliyeva, Leyla Aliyeva, Arzu Aliyeva, Heydar Aliyev et Sevil Aliyeva, famille du président Ilham Aliyev1
Brésil
• Idalécio de Oliveira, corrupteur potentiel du président de llaChambre des députés Eduardo Cunha1
Chine
• Patrick Henri Devillers, associé d’affaires français de Gu Kailai, l’épouse de l’ancien ministre du Commerce et secrétaire du parti de Chongqing Bo Xilai également convaincu pour meutre1
• Deng Jiagui (邓家贵), beau-frère du présdent Xi Jinping1
• Jasmine Li (李紫丹), petite fille de l’ancien président de la Conférence consultative politique du peuple chinois Jia Qinglin1
• Li Xiaolin, fille de l’ancien Premier ministre de la République populaire de Chine Li Peng1
Équateur
• Javier Molina Bonilla, ancien conseiller du directeur du National Intelligence Secretariat (en) Rommy Vallej1
Égypte
• Alaa Mubarak, fils de l’ancien président Hosni Mubarak1
France
• Arnaud Claude, avocat associé de l’ancien président Nicolas Sarkozy14
Ghana
• John Addo Kufuor, fils de l’ancien président John Kufuor1
Guinée
• Mamadie Touré, veuve de l’ancien président Lansana Conté1
Honduras
• César Rosenthal, fils de l’ancien vice-président Jaime Rosenthal1
Italie
• Giuseppe Donaldo Nicosia, convaincu pour corruption aux côtés de l’ancien sénateur Marcello Dell’Utri1
Côte d’Ivoire
• Jean-Claude N’Da Ametchi, associé de l’ancien président Laurent Gbagbo1
Kazakhstan
• Nurali Aliyev, petit-fils du président Nursultan Nazarbayev1
Malaisie
• Mohd Nazifuddin Najib, fils du premier ministre Najib Razak1
Mexique
• Juan Armando Hinojosa, « contractant préféré » du président Enrique Peña Nieto1
Maroc
• Mounir Majidi, secrétaire personnel du roi Mohammed VI1
Pakistan
• Maryam Nawaz, Hasan Nawaz Sharif et Hussain Nawaz Sharif, fils du premier ministre Nawaz Sharif1
Russie
• Sergei Roldugin, Arkady Rotenberg et Boris Rotenberg, amis du président Vladimir Putin1
Sénégal
• Mamadou Pouye, amis de Karim Wade, lui-même le fils de l’ancien président Abdoulaye Wade15
Afrique du Sud
• Clive Khulubuse Zuma, neveu du président Jacob Zuma16
Corée du Sud
• Ro Jae-Hun, fils de l’ancien président Roh Tae-woo17
Espagne
• Pilar de Borbón, soeur de l’ancien roi Juan Carlos I18
• Micaela Domecq Solís-Beaumont, épouse de Miguel Arias Cañete, commissaire européen à l’action climat et l’énergie et ancien ministre de l’agriculture, l’alimentation et l’environnement19
Syrie
• Rami et Hafez Makhlouf, cousins du président Bashar el-Assad1
Royaume Uni
• Ian Cameron, père du premier ministre David Cameron20
Nations unies
• Kojo Annan, fils de l’ancien secrétaire général Kofi Annan1>
Artistes :
Cinéma
• Amitabh Bachchan, acteur indien21
• Aishwarya Rai Bachchan, actrice indienne et mannequin21
• Jackie Chan, acteur22
• Pedro Almodóvar, directeur de film espagnol, scénariste, producteur et ancien acteur23
Spectacle
• Franco Dragone, directeur de théâtre1
FIFA :
Des individus en lien avec la Fédération Internationale de Football Association sont cités :
• Eugenio Figueredo, ancien président du CONMEBOL et vice-président et membre du comité d’éthique de la FIFA24 ;
• Hugo et Mariano Jinkis, hommes d’affaires argentin, également impliqué dans l’affaire de corruption à la FIFA25 ;
• Lionel Messi, footballeur du FC Barcelone et de l’équipe d’Argentine de football24 ;
• Juan Pedro Damiani (es), membre du comité d’éthique de la FIFA25 ;
• Michel Platini, ancien président de l’UEFA25 ;
• Jérôme Valcke, ancien secrétaire général de la FIFA25.

