« Les matinées sombres », un roman gabonais qui fait date.

« Les matinées sombres » de Narcisse Eyi Menye, sorti le 1er janvier 2004 et publié chez La Maison gabonaise du livre, est un roman saisissant et touchant à la fois. Ce livre est même inscrit pour l’année 2020-2021 au programme des œuvres dans les établissements scolaires du Gabon.

« Les matinées sombres » est un roman touchant qui nous plonge dans la vie d’une adolescente Atsame, qui se débat avec les vicissitudes de la vie qui l’ont fait naitre dans une famille pauvre vivant dans un taudis et tirant le diable par la queue. Ce livre parle de la dérive d’une jeune fille aux prises avec la coutume fang, que l’auteur nomme par « la chose ».

En effet, Atsame est dès sa naissance prédestinée, par sa mère, à se prostituer pour enrichir la famille. On lui a transmis à la naissance une « chose » sensée apporter la richesse à la famille. Cette « chose » la contraint à un comportement déshonorant pour son être. Elle s’avilit en donnant son corps pour le bien de sa famille… pour des boites de sardine, à manger, ou autre sans vraiment avoir le choix quant à sa destinée. Elle le fait pour nourrir la progéniture de sa mère, veuve au chômage, dont l’unique fortune est entre les cuisses de sa fille.

Cette vie emprisonne Atsame qui ne peut rêver de mieux ; même pas de vivre l’amour fou dans les bras de cet étudiant qui souhaite faire d’elle sa femme. Une vie tragique qui donne l’impression que le personnage principal n’a aucune emprise sur son destin. Elle ne peut décider de rien pour elle et subit le diktat d’une mère qui attend d’elle soumission à la vie communautaire.

En s’offrant à un homme plein aux as, celui que l’on désigne ordinairement par  » le chèque », la jeune fille belle, offre aux membres de sa famille, tous les délices dont ils ont toujours rêvé et n’ont pas toujours eu. Transformant ainsi leurs cauchemars en véritables contes de fée, les parents des filles qui réussissent à plumer un argenté, deviennent les enfants de cette poule au vagin d’or. Les rôles s’inversent et il n’est pas rare de voir des pères et des mères attendre leur fille de seize ans, avant de prendre une décision très importante.

A telle enseigne que des réflexions du type « les enfants d’à présent sont devenus irrespectueux, impolis » ne touchent même plus celles à qui l’on s’adresse. Tant, elles ne se considèrent plus comme des enfants, mais plutôt comme les maîtresses attitrées de tel directeur, de tel proviseur, de tel ministre, de tel inspecteur de police ou de la douane, de tel général d’armée, etc. Lorsqu’elles ne sont pas les poules d’un soir ou d’un jour en passant du zozotier, du maloche, du tailleur, du coiffeur, du cordonnier, de Moussa le taximan ou d’okwekwuku le pêcheur qui écoule son produit au marché de Lalala, d’owendo, de Louis, de potos, de la Balise, du grand village ou du port-pôle. En fait, qu’elles ne se trompent pas. Ce n’est pas que de la rumeur. Tout le monde le sait.

Parfois, forte de leur position de chef de famille puisque c’est elle qui ramène de l’argent et des denrées alimentaires à la famille, la petite fille aux fesses d’or, devient orgueilleuse, impolie, insolente. Son discours à la limite permanent de l’injure la conduit inexorablement vers l’insulte contre ceux qui se nourrissent à la sueur de ses cuisses.

Dur, dur, de s’échapper de cette vie. Le seul moyen de s’enfuir est la mort. Il faut le lire pour le croire. L’imagination parfois nous fait défaut quand il s’agit d’imaginer la misère morale, la cupidité et la détresse.

L’histoire de cette héroïne, nous montre que parfois l’esprit communautariste peut complètement annihiler l’être humain et sa possibilité de penser pour lui et par lui-même. Le roman « Les matinées sombres » n’épargne pas le lecteur. Il nous donne meme envie de crier, de rire, de pleurer. La vie des familles des quartiers populaires  y est bien dépeinte: vis miséreuse dans les « mapanes », manque d’éducation, manque de scrupules… Et lorsque l’amour se pointe dans la vie d’Atsame, l’héroïne, on s’atteint à une lumière de bonheur, mais « on n’en dit pas plus ».

Ce roman met en exergue beaucoup de sensibilité féminine, car l’auteur Narcisse Eyi Menye a bien écrit son histoire à tel point que l’on fait preuve d’une empathie certaine. C’est une œuvre très riche, qui comporte un beau style, l’auteur est très fort dans la description.

7 réflexions sur “« Les matinées sombres », un roman gabonais qui fait date.

  1. Ce roman m’a plut. J’ai apprécié la lecture et elle fut captivante. On voit bien ici les réalités auxquelles font face nos jeunes sœurs dans nos famille!

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  2. svp j’ai un exposé sur la pauvreté dans les matinées sombres si quelqu’un peut m’aider à trouver un plan svp qu’il ou elle me contacte sur WhatsApp j’en ai vraiment besoin+241076272600

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