Le Gabon notre pays, traverse un moment charnière de son histoire récente. Les attentes du peuple sont immenses, ses espoirs, bien réels. Mais les difficultés quotidiennes le sont tout autant. Une nation ne se fragilise pas seulement à cause de ses crises ; elle se fragilise davantage encore par le silence qu’elle oppose à son peuple.
Aujourd’hui la vie chère pèse lourdement sur les ménages. Les revenus des gabonais stagnent tandis que les prix flambent. Dans de nombreux foyers, la fin du mois n’ est plus une simple échéance administrative : elle est devenue une épreuve. Cette pression constante érode la dignité et nourrit un sentiment d’abandon.
Le chômage, particulièrement chez les jeunes diplômés aggrave cette inquiétude. Lorsqu’une jeunesse formée ne trouve ni emploi ni perspective, c’est l’horizon qui se brouille.
À ces tensions économiques s’ajoutent les coupures répétées d’eau et d’électricité. Ces interruptions ne sont pas de simples désagréments techniques. Elles perturbent la vie des familles, fragilisent les petits commerçants, ralentissent l’activité entrepreneuriale et installent une forme d’instabilité quotidienne. Les services essentiels ne peuvent pas demeurer intermittents dans un pays qui aspire à la modernité et au développement.
Le secteur éducatif, pilier de toute République, traverse lui aussi une zone de turbulence préoccupante. Les engagements pris envers les enseignants doivent être honorés avec clarté et responsabilité. L’école n’est pas un espace secondaire de la vie nationale : elle en est le cœur battant. Lorsque l’enseignant doute, c’est l’élève qui s’inquiète ; et avec lui sa famille, puis la nation tout entière.
La suppression des réseaux sociaux, mesure exceptionnelle dont les motivations ont pu relever d’un souci d’ordre public, a également suscité interrogations et frustrations légitimes. Dans une société contemporaine, l’espace numérique n’ est plus accessoire : il constitue un lieu d’expression, de dialogue et de participation citoyenne. La stabilité durable ne peut se construire sur la restriction prolongée des espaces d’échange.
Ces défis ne doivent pas être envisagés isolement. Ils participent d’un même enjeu fondamental : la Reconstruction de la Confiance Entre L’ État et Les Citoyens.
Or la confiance ne se décrète pas ; elle se construit par la cohérence des actes, la constance des engagements et la transparence des décisions. Reconstruire cette confiance suppose d’engager une stratégie nationale claire et évaluée de lutte contre la vie chère, afin que les mécanismes de régulation soient compréhensibles et efficaces.
Cela implique également de déployer un plan ambitieux pour l’emploi des jeunes, fondé sur la formation qualifiante, l’engagement à l’entrepreneuriat et l’investissement productif.
Cela exige enfin un programme prioritaire, audité et rigoureusement suivi, pour garantir l’accès stable à l’eau et à l’électricité, car aucun projet de développement ne peut prospérer sur des fondations fragiles.
Dans le domaine éducatif, le respect effectif des engagements pris envers les enseignants constitue une condition indispensable pour restaurer la sérénité du système scolaire et réaffirmer la dignité de ceux qui forment le Gabon de demain.
Sur le plan démocratique, la gestion de l’espace numérique doit s’inscrire dans un cadre clair, proportionné et respectueux des libertés publiques, afin de préserver l’équilibre entre ordre et liberté.
Le peuple gabonais aspire à stabilité et au progrès, mais aussi à la considération. Il souhaite être entendu, respecté et associé aux orientations majeurs de la vie nationale. Il convient tout de même de saluer ici, les efforts déjà entrepris par les plus hautes autorités du pays, dans leur quête d’amélioration des conditions de vie des populations, notamment à travers les mesures récentes d’exonération des produits de première nécessité. Ces initiatives témoignent d’une volonté de soulager les ménages et méritent d’être reconnues.
Toutefois, pour que leur impact soit durable et perceptible dans le quotidien de chaque citoyen, ces actions doivent être approfondies, consolidées et inscrites dans une vision d’ensemble cohérente.
Une nation ne tient pas seulement par ses institutions. Elle tient par le lien invisible qui unit l’État et son peuple : la confiance. Lorsque cette confiance vacille, tout vacille. Lorsqu’elle est restaurée, tout devient possible.
Reconstruire la confiance, c’est Reconstruire le Gabon. Et Reconstruire le Gabon, c’est refuser le renoncement.
Joachim Mbatchi Pambou, Président du Forum pour la Défense de la République (FDR),
Candidat à l’élection présidentielle d’août 2023

