Face à la montée des plaintes liées aux coûts du transport aérien, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) a réuni plusieurs institutions clés pour une concertation d’envergure sur les pratiques tarifaires dans le secteur aéroportuaire et les agences de voyage.
Autour de la table figuraient notamment Agence Nationale de l’Aviation Civile (ANAC), la Direction Générale du Tourisme, la Direction Générale des Impôts, la Mairie Centrale de Libreville ainsi que la Caisse de Stabilisation et de Péréquation (CAISTAB). Objectif : analyser les dérives constatées et proposer des mesures correctives.
Des tarifs parmi les plus élevés de la sous-régionLe transport aérien au Gabon est régulièrement pointé du doigt pour ses coûts jugés élevés. Sur certaines liaisons domestiques, comme Libreville–Port-Gentil, les prix des billets peuvent osciller entre 80 000 et 150 000 FCFA pour un aller simple, soit l’équivalent de plusieurs jours de salaire pour une grande partie de la population.
À cela s’ajoutent diverses taxes et redevances aéroportuaires, représentant parfois 30 à 40 % du prix total du billet. Dans certains cas, les frais annexes (bagages, modifications, services) peuvent augmenter la facture finale de 15 à 25 % supplémentaires, alimentant le sentiment d’opacité dénoncé par les usagers.
Selon des estimations sectorielles, le trafic aérien au Gabon reste limité, avec moins d’un million de passagers par an, un chiffre modeste comparé à d’autres pays africains de taille similaire. Les professionnels du tourisme estiment que le coût élevé du transport constitue un frein majeur à l’attractivité du pays.
Une mobilisation institutionnelle face aux abusLors de cette réunion, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes a évoqué une recrudescence des signalements liés à des pratiques tarifaires jugées abusives, notamment au niveau des agences de voyage.
Les échanges ont permis de dégager plusieurs pistes :
-Renforcement des contrôles sur les structures de vente de billets;
-Encadrement plus strict des frais annexes;
-Obligation d’affichage clair et détaillé des prix;
-Mise en place de mécanismes de plainte accessibles aux consommateurs.
L’objectif affiché est de restaurer la transparence dans la formation des prix et de protéger les usagers contre les dérives commerciales.
Des enjeux économiques et sociaux majeurs
Au-delà de la question des prix, cette problématique soulève des enjeux stratégiques pour le Gabon. Le transport aérien constitue un levier essentiel pour le développement du tourisme, un secteur encore sous-exploité mais à fort potentiel.
Selon la Direction Générale du Tourisme, le pays accueille chaque année environ 250 000 à 300 000 visiteurs, un chiffre que les autorités souhaitent doubler à moyen terme. Toutefois, sans une baisse significative des coûts d’accès, cet objectif pourrait rester hors de portée.
Par ailleurs, la cherté des billets impacte également la mobilité des citoyens, les échanges économiques et l’intégration territoriale, en particulier entre Libreville et les autres provinces.
Vers un assainissement du secteur ?
La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes a réaffirmé sa volonté d’intensifier les contrôles et de sanctionner les pratiques non conformes. Une collaboration renforcée avec les autres administrations présentes devrait permettre d’aboutir à des mesures concrètes dans les prochaines semaines.
Cette concertation marque ainsi une première étape vers une régulation plus efficace d’un secteur stratégique, où l’équilibre entre rentabilité des opérateurs et accessibilité pour les usagers reste un défi majeur.

