Le gouvernement gabonais poursuit le renforcement de sa Stratégie nationale de gestion du Conflit Homme-Faune (CHF), un enjeu devenu central dans plusieurs zones rurales du pays, où les incursions d’animaux sauvages, notamment les éléphants, affectent régulièrement les activités agricoles et la sécurité des populations.
Dans ce cadre, le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement et du Climat, Maurice Ntossui Allogo, a effectué une mission de 48 heures dans la province du Woleu-Ntem, marquée par des visites de terrain, l’inauguration d’infrastructures et des échanges directs avec les communautés locales.
Une base technique pour structurer la réponse sur le terrain
Au cœur de cette mission, l’inauguration de la Base Provinciale d’Atténuation du CHF à Oyem constitue une étape clé du dispositif. Cette structure a pour rôle d’assurer la coordination des équipes techniques, l’installation et le suivi des clôtures électriques mobiles, ainsi que la gestion des interventions en cas de dégâts dans les villages.
Selon les autorités, cette base doit permettre une réponse plus rapide et plus organisée face aux conflits récurrents entre populations rurales et faune sauvage, en particulier dans les zones agricoles situées en périphérie des forêts.
Des villages directement concernés par les incursions d’éléphants
La mission ministérielle s’est également rendue dans plusieurs localités, notamment Adam Andock, Abenelang et Essong-Medzome. Dans ces villages, les clôtures électriques mobiles ont été installées ou renforcées afin de limiter les intrusions d’éléphants dans les champs cultivés.
Sur le terrain, les populations évoquent régulièrement des pertes agricoles importantes, notamment de manioc, de banane et de maïs, cultures essentielles à l’alimentation et aux revenus des ménages ruraux. Dans certains cas, les dégâts surviennent en une seule nuit, compromettant plusieurs mois de travail agricole.
Un habitant de la zone a également bénéficié d’une visite des autorités après avoir été victime d’une agression par un éléphant à proximité de son domicile, illustrant les risques persistants dans certaines zones d’habitation proches des corridors de faune.
Un programme financé à hauteur de 10 millions de dollars
Le dispositif de gestion du conflit homme-faune est soutenu par plusieurs partenaires techniques et financiers, dont l’Initiative pour la Forêt d’Afrique Centrale (CAFI), représentée au Gabon par Zita Kassa Wilks.
Le programme bénéficie d’un financement d’environ 10 millions de dollars (5.558.763.759 milliards de francs CFA) et a permis l’installation de plus de 1 200 clôtures électriques mobiles à travers le pays, selon les données communiquées par les partenaires.
Ces installations visent à réduire les pertes agricoles, sécuriser les communautés rurales et favoriser une coexistence plus stable entre les populations et la faune sauvage.
Des enjeux multiples : sécurité, agriculture et biodiversité
La question du conflit homme-faune au Gabon soulève plusieurs enjeux majeurs. Sur le plan social, elle concerne directement la sécurité des populations rurales exposées aux incursions d’animaux sauvages. Sur le plan économique, elle impacte la production agricole, notamment vivrière, essentielle à la sécurité alimentaire locale.
Sur le plan environnemental, le défi consiste à préserver une biodiversité exceptionnelle, tout en limitant les tensions entre humains et éléphants, espèce protégée et emblématique des forêts gabonaises.
Les autorités insistent sur la nécessité d’une approche équilibrée, combinant infrastructures de protection, sensibilisation des communautés et surveillance technique des zones à risque.
Vers un élargissement du dispositif national
Le gouvernement prévoit l’extension du dispositif à d’autres provinces, notamment le Moyen-Ogooué et l’Ogooué-Lolo, où des bases similaires devraient être déployées prochainement. Ces structures auront pour mission de centraliser les plaintes, coordonner les interventions et assurer le suivi des installations sur le long terme.
Pour les autorités et les partenaires, l’enjeu est désormais de transformer ces actions ponctuelles en un système durable de gestion du conflit homme-faune, capable de réduire les pertes agricoles tout en préservant l’équilibre écologique du pays.
Dans un contexte de pression croissante entre activités humaines et espaces naturels, le Gabon cherche ainsi à construire un modèle de coexistence où protection des populations et conservation de la biodiversité doivent coexister de manière durable.

