Considéré dans un passé récent comme le bras séculier de l’État en matière de distribution de l’énergie et l’eau au Gabon, la SEEG est en passe de devenir, le catalyseur du mécontentement des populations, de par la qualité du traitement infligé à tout un peuple impuissant.
Apparemment affaiblie par la médication à elle infligée par ses gouvernances successives, dame SEEG a toujours régulièrement garantie des dividendes à ses actionnaires, pendant que la population s’interroge sur la sincérité des bilans d’une société qui cristallise la colère de ses clients.
Actionnaires satisfaits, clients frustrés, la SEEG présente deux facettes diamétralement opposées d’une piécette dont la rotondité n’a d’égal que la différence de traitement infligé à d’une part à ses actionnaires, et d’autre part à ses clients.
La SEEG qui publie un planning de coupure, ce n’est plus un concessionnaire qui gère une crise, c’est une institution qui signe que le délestage devient la norme. On ne répare plus le réseau, on organise son absence.
En normalisant le délestage, la SEEG fait trois aveux en un.
L’aveu technique la production ne suit pas, le transport fuit, la distribution lâche. On n’a plus les moyens de garantir le service continu, alors on planifie le discontinu.
Aveu budgétaire, si on coupe selon un planning, c’est qu’on n’a pas les ressources pour investir dans des groupes, des lignes, des transformateurs. Le budget est en l’air, donc le courant aussi.
Aveu moral, on demande au citoyen de s’adapter à la panne, plutôt que d’adapter le réseau au citoyen. On inverse la charge, ce n’est plus à la SEEG de fournir, c’est à l’usager de prévoir.
Le planning de coupure c’est l’expression d’une vérité sur l’impuissance.
On publie les plannings pour effacer les échecs, on ne parle plus de pourquoi ça, on parle de, à quelle heure ça ne marchera pas. On normalise l’anormal pour ne pas faire le bilan.
Désormais on facture l’abonnement mais on programme le noir. Dans la même logique, on encaisse la promesse, mais on livre l’attente.
Aujourd’hui on coupe le courant parce qu’hier on n’a épargné pour entretenir, 20 milliards par an pendant 20 ans engloutis dans le cadre de la concession avec Veolia, sans résultats probants. On fait payer aux adultes de demain la consommation à crédit d’hier. Le délestage, c’est la facture de l’amnésie.
Conséquence, le citoyen apprend à vivre sans l’État, ci et là on s’équipe, en groupe électrogène, panneaux solaires, lampe à pétrole. Chacun devient sa propre SEEG, la confiance meurt, voici le service public qui s’excuse de ne pas servir.
Le planning n’est pas une solution, c’est un constat d’échec mis en page, la norme ce n’est pas de bien organiser la coupure, la norme c’est le courant. Tant qu’on applaudit la prévisibilité du délestage, on valide que la panne est permanente.
Afin de redonner espoir, après le feuilleton des bateaux turcs, l’interconnexion avec un pays voisin, l’achat des groupes électrogènes, la SEEG devra désormais publier non pas seulement le planning de coupure, mais le planning d’investissement, la production disponible par rapport à la commande chaque jour en ligne que chacun essaie à son niveau de consulter ce thermomètre qui indique la fièvre mais qui ne mérite pas d’être cassé.
Tant que l’on gérera la pénurie au lieu de la combattre, la SEEG restera une agence de réparation du noir. Et le développement restera ce qu’il est, un appareil branché sur une prise qui n’a pas de courant.
Il est grand temps, que l’on arrête de planifier la panne et qu’on recommence à la lumière, la livraison des travaux de renforcement de puissance en cours au niveau des barrages est vivement attendue.

