Les tensions persistantes au Moyen-Orient pourraient freiner la dynamique de reprise économique du continent africain. C’est l’alerte lancée dans un rapport conjoint présenté à Washington par la Commission de l’Union africaine, le Groupe de la Banque africaine de développement, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique et le Programme des Nations unies pour le développement.
Intitulé « Impacts du conflit au Moyen-Orient sur les économies africaines », le document estime que les pays africains pourraient perdre jusqu’à 0,2 point de croissance, dans un contexte déjà marqué par les séquelles de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine et des tensions commerciales mondiales.
Des économies exposées à des chocs externes
Le rapport met en évidence la forte vulnérabilité du continent aux crises internationales, notamment en raison de sa dépendance aux importations énergétiques. Environ 80 % du pétrole importé en Afrique provient du Moyen-Orient, ainsi que près de la moitié des produits raffinés. Toute perturbation dans cette région stratégique, notamment autour du détroit d’Ormuz, se répercute directement sur les coûts de transport, les prix de l’énergie et l’ensemble de l’activité économique.
Les effets se font déjà sentir : 31 pays africains enregistrent une dépréciation de leur monnaie, signe d’une pression accrue sur les balances commerciales et les réserves de change.
Inflation et tensions sociales en ligne de mire
L’augmentation des prix des hydrocarbures, des denrées alimentaires et des engrais constitue l’un des principaux canaux de transmission de la crise. Cette hausse alimente les tensions inflationnistes, avec des répercussions directes sur le pouvoir d’achat des ménages et la stabilité sociale.
Dans plusieurs pays, la question du coût de la vie pourrait devenir un facteur de fragilité politique, notamment dans les économies les plus dépendantes des importations.
Des marges de manœuvre limitées
Face à ces chocs, les capacités de réaction des États africains restent contraintes. Le rapport appelle les gouvernements à éviter les décisions précipitées, notamment les subventions généralisées, susceptibles d’aggraver les déficits budgétaires.
Il préconise une approche équilibrée : maintenir une discipline budgétaire stricte, contrôler l’endettement et recourir, si nécessaire, à des mesures sociales ciblées pour soutenir les populations les plus vulnérables.
L’urgence de transformations structurelles
Au-delà des réponses immédiates, les institutions partenaires insistent sur la nécessité de réformes structurelles. La diversification des sources d’approvisionnement, le développement des énergies renouvelables et le renforcement des capacités de production locale apparaissent comme des priorités stratégiques.
Le rapport souligne également l’importance d’accélérer la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), considérée comme un levier clé pour renforcer le commerce intra-africain et réduire la dépendance aux marchés extérieurs.
Un appel à la coordination internationale
Les auteurs du rapport appellent à une mobilisation accrue des partenaires au développement. Banques multilatérales et institutions financières sont invitées à soutenir les économies africaines à travers des mécanismes d’urgence et une assistance technique renforcée.
Dans un environnement mondial incertain, la coordination des politiques économiques et la solidarité internationale apparaissent comme des conditions essentielles pour atténuer l’impact de la crise.
Un test pour la résilience africaine
Si le rapport souligne la capacité de résilience du continent face aux crises récentes, il met également en garde contre la répétition de chocs exogènes qui fragilisent les trajectoires de croissance.
La crise actuelle pourrait ainsi constituer un tournant, en accélérant les réflexions sur la souveraineté économique, l’indépendance énergétique et la transformation des modèles de développement en Afrique.

