« Centrale d’Achat : Entre promesse sociale et lancement mal ciblé » par Wilfried MAGANGA

La Centrale d’Achat du Gabon a officiellement lancé son premier « méga marché » à Akanda, avec l’ambition affichée de lutter contre la vie chère en proposant des produits de première nécessité à des prix nettement réduits. Les premiers visiteurs ont effectivement constaté des tarifs attractifs : sucre, sardines, riz, huile et autres denrées étaient vendus à des prix accessibles à la majorité des ménages.

Cette réalité est confirmée par plusieurs sources qui soulignent que le sac de riz de 44 kg, par exemple, était proposé à 20 000 FCFA, contre environ 25 000 FCFA sur le marché classique. Cependant, si le côté positif est indéniable, le lancement soulève aussi des interrogations légitimes.

Pourquoi avoir choisi Akanda, la commune la plus récente et l’une des moins peuplées du Grand Libreville, comme point de départ ? Libreville, Owendo et même Ntoum regroupent les quartiers où la pauvreté est la plus concentrée.
Or, pour un habitant de Kinguélé, de Nzeng-Ayong ou de la SNI Owendo, se rendre à Akanda pour acheter un kilo de sucre à 500 FCFA revient, entre transport aller-retour, à dépenser près de 3 500 FCFA. Le bénéfice disparaît aussitôt.

Autre limite, le manque d’information. Beaucoup de Gabonais n’étaient pas au courant du lancement. Aucune campagne audiovisuelle d’envergure, aucune communication de proximité. Résultat : seuls les habitants d’Akanda et quelques curieux informés ont pu en profiter.

Pourtant, les autorités annoncent que la Centrale d’Achat doit fonctionner comme un marché itinérant, appelé à se déplacer dans les différents quartiers du Grand Libreville. Mais ce principe n’a pas été clairement expliqué aux populations.

Le lancement aurait gagné en impact s’il avait eu lieu au centre du Grand Libreville, là où se concentrent les ménages les plus vulnérables. Libreville, par sa position et sa densité, aurait permis un accès plus équitable et une meilleure visibilité.

La Centrale d’Achat est une bonne initiative, mais son lancement pose une question simple : Est-ce une centrale d’achat pour toutes les populations, ou seulement pour celles qui peuvent se déplacer jusqu’à Akanda ?

Pour réellement combattre la vie chère, l’accès doit être pensé pour la majorité, pas pour une minorité géographiquement favorisée.

Wilfried MAGANGA, Observateur lucide des mutations du Gabon contemporain

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