« Je soutiens les actions du Président de la République », la phrase tourne en boucle dans les médias, les conseils des ministres, les conférences de presse, les réseaux sociaux. Elle est devenue un ticket d’entrée, un certificat de loyauté, un vaccin contre le soupçon. Mais à force d’être répétée sans contenu, elle ne prouve rien, elle révèle tout, c’est une flatterie de plus et la République en crève.
Le soutien sans objet
Soutenir les actions, lesquelles ? toutes ? mêmes celles qui échouent ? même celles qui contredisent la loi ? la formule est pratique. Elle ne cite rien, elle caresse dans le sens du poil, sans dire quel poil.Le vrai soutien est précis. Il dit « je soutiens la réforme du foncier parce qu’elle sécurise les titres » par exemple. Il dit « j’appuie le plan école parce que 300 salles de classe ont été livrées ». Le soutien flou, lui, est un chèque à blanc. Il valide l’erreur autant que la réussite. Il bénit l’immobilisme autant que l’audace, c’est la courtisanerie, pas de la responsabilité.
La flatterie comme mode de gouvernance
Quand chaque ministre commence par :soutenir », quand chaque DG enchaîne avec « accompagner » la vision, quand chaque élu termine par « sous la haute impulsion », le Président n’est plus informé, il est isolé, il n’entend plus la vérité, il entend son écho. La flatterie crée une bulle, tout marche, les routes sont faites, les hôpitaux tournent, l’école performe. Dehors, la réalité boîte, mais la réalité filtre. Le collaborateur qui soutient tout ne remonte rien, celui qui applaudit tout ne corrige rien et le pays paie la note de ce silence doré.
Le soutien qui déresponsabilise
« J’applique les hautes instructions », « j’exécute les actions du Président », traduction, si ça casse, ce n’est pas moi, la formule la faute vers le haut. Elle tue l’initiative, fabrique des exécutants, pas des responsables.
Un ministre qui soutient vraiment, c’est un ministre qui prend des risques pour que l’action réussisse, qui dit non quand la directive est mauvaise. Qui propose mieux quand le plan est bancal. Le soutien muet n’est pas une preuve de loyauté, c’est une preuve de peur et la peur n’a jamais construit une administration efficace.
Le peuple n’est pas dupe
À force d’entendre « soutien » à chaque inauguration, le citoyen a compris le code. Il sait que la phrase précède souvent l’échec. Il sait qu’elle couvre l’incompétence, achète la paix. Résultat : le mot est dévalué, quand tout le monde soutient, plus personne ne croit. Le peuple ne demande pas aux cadres de soutenir, il leur demande de travailler, de livrer et de rendre compte. Le meilleur soutien aux actions du Président c’est un pont qui tient, une école qui ouvre, un malade qui guérit, le reste c’est du théâtre.
La Vè République n’a pas besoin de griot, elle a besoin de bâtisseurs. Le Président n’a pas besoin de supporters, il a besoin de collaborateurs qui lui disent la vérité, même quand elle dérange, surtout quand elle dérange.Soutenir ce n’est pas répéter, c’est réussir, et quand on réussit, on a pas besoin de le dire, ça se voit.
Hermann Ditsoga, partisan de la norme

