On nous l’avait présenté comme une avancée. Le permis de conduire numérisé devait simplifier la vie des Gabonais et moderniser notre administration. Deux mois après le lancement de l’opération, le bilan est en demi-teinte et la confiance s’érode.
Le premier constat concerne le paiement. Des milliers de compatriotes ont déboursé 10.000 à 20.000 FCFA via Airtel Money, sur instruction des agents enrôleurs. Or, les captures d’écran que nous avons pu consulter montrent que ces fonds n’atterrissent pas au Trésor Public, mais sur des numéros de téléphone privés. La Loi de Finances est pourtant formelle : les recettes de l’État ont un circuit unique. Cette entorse, même si elle partait d’une bonne intention logistique, crée un précédent dangereux.
Le second constat tient aux délais. L’Administration s’était engagée sur une délivrance sous quinze jours. À Mouila comme à Libreville, de nombreux usagers attendent encore, plus de trente jours après leur enrôlement. Cette situation rappelle malheureusement les retards chroniques de la Carte Nationale d’Identité. Quand le service promis n’est pas rendu, le doute s’installe.
Le troisième point, plus sensible, est la menace de sanction brandie pour dans six mois. Comment demander à l’usager de respecter une obligation quand l’État peine lui-même à honorer sa part du contrat ? Le droit nous enseigne un principe simple : l’Administration ne peut se prévaloir de sa propre défaillance pour punir.
Faut-il pour autant jeter le bébé avec l’eau du bain ? Non. La numérisation est une nécessité. Mais elle ne réussira que si elle s’accompagne d’exemplarité. Trois mesures de bon sens permettraient de remettre cette réforme sur de bons rails :
1. Clarifier par voie d’arrêté le coût exact du permis et imposer le paiement au Trésor Public. La transparence est la première condition de la confiance.
2. Instaurer un moratoire sur toute sanction tant que le délai de 15 jours ne sera pas respecté pour 95% des demandes. On ne sanctionne pas une défaillance qu’on a soi-même créée.
3. Mettre en place un guichet de réclamation* avec engagement de remboursement sous 72h pour tout dossier non traité à 30 jours. L’État doit être le premier à respecter ses engagements.
Le Président de la République appelle à « réconcilier les Gabonais avec leur administration ». Le dossier du permis numérisé est un test grandeur nature. Réussir ici, c’est prouver que le service public peut être efficace, transparent et respectueux du citoyen. Échouer, c’est confirmer le sentiment que, décidément, la parole publique n’engage que ceux qui l’écoutent.
Les usagers ont fait leur part en payant. Aux pouvoirs publics, maintenant, de faire la leur en livrant. Dans les délais.
DKM

