La République ne peut devenir un champ de règlements de comptes émotionnels. Le Gabon mieux que la haine

La haine politique n’a jamais construit une nation.

Dans les périodes de transition politique, les passions débordent souvent la raison. Les frustrations accumulées pendant des décennies remontent à la surface, les rancœurs se libèrent et les débats deviennent parfois des tribunaux émotionnels où chacun cherche moins à comprendre qu’à condamner. Le Gabon traverse aujourd’hui l’un de ces moments délicats de son histoire.

Le texte récemment publié par un activiste politique illustre parfaitement cette dérive dangereuse : celle où la critique politique cesse d’être un exercice démocratique pour devenir une entreprise de haine, de règlement de comptes et de suspicion permanente.

Qu’on apprécie ou non l’action du président Brice Clotaire Oligui Nguema, une chose doit rester sacrée dans une République : la lucidité. Car lorsqu’une société commence à voir le mal partout, à soupçonner chaque geste, chaque hommage, chaque symbole, elle finit par s’enfermer dans une spirale destructrice où plus rien de positif ne peut être reconnu.

Il est parfaitement légitime de questionner la gouvernance actuelle. Il est normal d’exiger des résultats, de la cohérence et des réformes profondes. La démocratie vit du débat contradictoire. Mais il existe une frontière entre la vigilance citoyenne et l’obsession haineuse.

Transformer systématiquement chaque acte du pouvoir en preuve de manipulation, chaque hommage historique en trahison, chaque appel à l’unité en mascarade, finit par produire une intoxication collective où l’émotion remplace la réflexion.

L’histoire politique du Gabon est complexe. Oui, le régime d’Omar Bongo Ondimba a marqué profondément le pays pendant plusieurs décennies. Oui, beaucoup de Gabonais estiment que ce système a contribué aux difficultés actuelles. Mais faut-il pour autant réduire toute l’histoire nationale à une haine sans fin ? Faut-il effacer toute nuance, toute mémoire, toute reconnaissance historique au nom des frustrations politiques ?

Une nation mature ne se construit pas sur l’effacement systématique de son passé, mais sur sa compréhension.

Le danger du discours excessivement radical est qu’il finit par nourrir exactement ce qu’il prétend combattre : la division, l’intolérance et la confusion. À force de présenter tous les acteurs politiques comme des conspirateurs permanents, on détruit progressivement la confiance collective indispensable à toute reconstruction nationale.

Le plus préoccupant reste cette tendance grandissante à vouloir imposer une lecture unique des événements : si vous reconnaissez une avancée, vous devenez complice ; si vous appelez à la patience, vous êtes accusé de propagande ; si vous refusez la haine, vous êtes suspect. Ce climat devient toxique pour la République.

Le Gabon a besoin d’opposants responsables, pas de procureurs permanents. Il a besoin de critiques sérieuses, argumentées et constructives, pas d’une colère qui consume tout sur son passage.

Car au fond, la haine politique est aveugle : elle finit toujours par déformer la réalité. Elle empêche de reconnaître les erreurs comme les progrès. Elle transforme les adversaires en ennemis absolus. Et lorsqu’un peuple commence à ne plus voir ses dirigeants qu’à travers la colère ou la vengeance, il devient incapable de bâtir sereinement l’avenir.

Les Gabonais doivent donc se méfier de cette politique de l’amertume permanente. Aucun pays ne progresse dans un climat de haine continue. Les grandes nations se construisent dans la critique, certes, mais aussi dans le discernement, la stabilité et le sens de l’intérêt supérieur.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema sera jugé par l’histoire sur ses actes, ses résultats et sa capacité à transformer réellement le pays. Mais ce jugement doit appartenir aux faits, non aux passions.

La République ne peut devenir un champ de règlements de comptes émotionnels. Elle doit rester un espace de débat, de responsabilité et de dignité.

Le Gabon mérite mieux que la haine.

Par Petit-Lambert Ovono

Laisser un commentaire