Le 30 août 2023, au lendemain du coup d’État qualifié par certains de « coup de libération », le Gabon entre dans une période de transition politique inédite.
Un gouvernement de transition est alors mis en place, et une large partie de la population observe, parfois avec surprise, l’engagement visible de plusieurs ministres.
Les secteurs de la santé, des travaux publics, de l’éducation nationale, des transports, du tourisme, des eaux et forêts ou encore de l’agriculture et celui du porte parole de la transition donnent l’image d’une administration mobilisée, active, présente sur le terrain.
Durant cette période, les ministres multiplient les descentes, les inspections, les communications publiques.
Pour beaucoup de citoyens, c’est la première fois depuis longtemps qu’ils voient des membres du gouvernement occuper autant l’espace public, donnant le sentiment d’un État en mouvement.
Le basculement vers la 5ᵉ République, un changement de rythme
Mais depuis l’entrée du Gabon dans la 5ᵉ République, un constat revient régulièrement dans l’opinion : le rythme gouvernemental semble s’être ralenti.
Selon plusieurs observateurs, aucun ministre ne semble aujourd’hui afficher un « baromètre d’action » comparable à celui observé durant la transition. Comme si, soudainement, le pays avait cessé de fonctionner au même niveau d’intensité.
Dans l’espace médiatique, une réalité s’impose, le Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, occupe presque seul la scène publique.
Ses déplacements diplomatiques, ses rencontres internationales et ses initiatives extérieures dominent l’actualité. Le rayonnement du Gabon à l’étranger est mis en avant, mais la présence des ministres, elle, semble s’être effacée.
Un gouvernement silencieux ?
Plusieurs questions émergent dans l’opinion publique :
- Où sont les ministres de la 5ᵉ République ?
- Pourquoi observe‑t‑on si peu d’initiatives visibles dans les secteurs clés ?
- Le gouvernement travaille‑t‑il dans l’ombre, ou traverse‑t‑il une phase d’attentisme ?
- Comment expliquer ce contraste avec la période de transition ?
Pour certains analystes, cette situation s’explique par la recentralisation du pouvoir exécutif autour du Président, désormais Chef du Gouvernement.
Pour d’autres, il s’agit d’un temps d’ajustement institutionnel, le passage à la 5ᵉ République ayant modifié les équilibres internes.
Un contraste qui interroge
Le contraste entre :
- la transition, marquée par une forte visibilité ministérielle,
- et la 5ᵉ République, où seul le Président occupe l’espace,
alimente un débat national sur l’efficacité gouvernementale et la place réelle des ministres dans la nouvelle architecture institutionnelle.
Certains y voient un risque, un exécutif hyper‑présidentialisé, où les ministres deviennent des figurants.
D’autres estiment que le Président prépare une phase de réformes profondes, et que le gouvernement retrouvera sa pleine visibilité au moment opportun.
Le Gabon traverse une période charnière.
Entre l’énergie de la transition et le recentrage institutionnel de la 5ᵉ République, le pays cherche son rythme. Pour l’instant, une chose est claire,
le Président occupe la scène, tandis que le gouvernement reste en retrait.
Reste à savoir si cette dynamique est temporaire ou structurelle, et comment elle influencera la gouvernance du pays dans les jours, les semaines et les mois à venir.
Wilfried MAGANGA, Observateur des mutations du Gabon contemporain

