Le Gabon veut accélérer sa mutation économique et mise désormais sur le secteur privé pour soutenir sa croissance. En marge de l’Africa CEO Forum, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu Makhtar Diop, patron de la Société Financière Internationale (SFI), dans une rencontre centrée sur les perspectives d’investissement et de diversification de l’économie gabonaise.
Cette audience intervient dans un contexte où Libreville cherche à réduire sa forte dépendance au pétrole, qui représente encore près de 40 % du produit intérieur brut et plus de 70 % des exportations du pays selon les estimations des institutions financières internationales.
Au cœur des échanges : industrialisation, énergie, agriculture, transformation locale des matières premières et développement du tourisme. Des secteurs considérés comme prioritaires par les autorités de transition pour bâtir un modèle économique plus résilient.
La SFI, bras du Groupe Banque mondiale dédié au financement du secteur privé, pourrait jouer un rôle stratégique dans cette dynamique. L’institution intervient généralement dans le financement de projets structurants, l’accompagnement des entreprises et la mobilisation de capitaux internationaux.
Selon les informations issues de la présidence gabonaise, une mission technique de la SFI est attendue prochainement à Libreville afin d’identifier les projets susceptibles d’être soutenus financièrement.
Parmi les filières mises en avant figure l’agro-industrie, notamment l’huile de palme avec Olam Palm Gabon. Le gouvernement souhaite renforcer la transformation locale afin d’augmenter la valeur ajoutée produite sur le territoire et réduire les exportations de matières premières brutes.
Le secteur du bois a également occupé une place importante dans les discussions. Depuis l’interdiction d’exporter les grumes en 2010, le Gabon tente de développer une véritable industrie de transformation du bois, notamment à travers la zone économique spéciale de Nkok. L’objectif affiché reste la création d’emplois industriels et l’augmentation des exportations à forte valeur ajoutée.
Mais l’un des principaux défis demeure l’énergie. Les autorités veulent accélérer le développement des barrages hydroélectriques afin de soutenir l’industrialisation et répondre aux besoins croissants en électricité. Le pays dispose d’un important potentiel hydroélectrique encore largement sous-exploité, alors que les difficultés d’approvisionnement énergétique continuent de freiner certains investissements.
Le tourisme figure également parmi les axes de développement évoqués durant la rencontre. Avec ses parcs nationaux, sa biodiversité et son littoral, le Gabon cherche à attirer davantage d’investissements dans les infrastructures hôtelières et l’écotourisme. Libreville envisage notamment de renforcer ses capacités d’accueil en vue de grands événements internationaux, dont un sommet de l’Union africaine envisagé en 2027.
Autre priorité : la souveraineté alimentaire. Le gouvernement souhaite relancer la production agricole nationale afin de limiter la dépendance aux importations alimentaires, qui pèsent lourdement sur la balance commerciale du pays.
Au-delà des annonces, cette rencontre traduit surtout la volonté des autorités gabonaises de rassurer les investisseurs et de repositionner le pays comme une destination économique attractive en Afrique centrale.
Reste désormais à transformer les intentions en projets concrets. Car malgré ses importantes ressources naturelles, le Gabon fait encore face à plusieurs défis structurels : déficit énergétique, coût élevé des infrastructures, accès limité au financement pour les PME et lenteurs administratives.
Pour Libreville, l’enjeu est donc double : attirer davantage de capitaux privés tout en créant les conditions d’une croissance durable, moins dépendante des hydrocarbures et davantage tournée vers la transformation locale des richesses nationales.

