Libreville a accueilli, le 19 mai 2026, la 2e édition de la Dizaine Gabonaise des Arts et de la Culture, placée sous le thème du « Rayonnement culturel ». À cette occasion, le journaliste-écrivain gabonais Serge Kevin Biyoghe a présenté dans les locaux de Gabon Télévision (Maison Georges Rawiri), une communication consacrée aux liens entre croissance durable, journalisme et rayonnement culturels, mettant en lumière les défis structurels mais aussi les opportunités économiques et diplomatiques du secteur culturel gabonais.
Dans un contexte mondial marqué par la concurrence des récits culturels et l’essor des industries créatives, cette rencontre a souligné le rôle stratégique de la culture dans le développement économique, social et diplomatique des États. Selon la présentation, les industries culturelles et créatives génèrent aujourd’hui plus de 2 250 milliards de dollars dans le monde et près de 30 millions d’emplois.
Un secteur culturel encore sous-exploité
Au Gabon, le potentiel culturel demeure considérable mais insuffisamment valorisé. Le pays dispose pourtant d’une forte diversité culturelle avec plus de 40 groupes ethniques, des patrimoines matériels et immatériels riches, des traditions artistiques reconnues ainsi qu’une jeunesse créative en pleine mutation numérique.
Selon les estimations présentées lors de la communication, le secteur culturel gabonais représenterait environ 3,5 % du PIB national, pour un marché évalué à plus de 100 millions de dollars américains par an, soit près de 56 milliards de FCFA. Les activités les plus dynamiques concernent la musique, l’événementiel, l’audiovisuel, le cinéma, les arts plastiques, la mode, l’artisanat et les médias culturels.
Cependant, plusieurs obstacles continuent de freiner l’expansion du secteur. Parmi les principales difficultés évoquées figurent l’informalité des filières, le manque de financements adaptés, l’insuffisance des infrastructures culturelles, la faiblesse des circuits de diffusion, le piratage des œuvres et le déficit de formation spécialisée.
Le journalisme culturel comme levier stratégique
La communication insiste particulièrement sur le rôle central du journalisme culturel dans la structuration de l’écosystème créatif gabonais. Le journaliste culturel y est présenté comme un « passeur » entre les artistes, les institutions et le public, mais aussi comme un acteur de cohésion sociale, de transmission patrimoniale et de diplomatie culturelle.
À travers la médiatisation des festivals, des créations artistiques et des initiatives patrimoniales, les médias culturels participent directement à la visibilité des artistes locaux, à l’attractivité touristique et à l’émergence de nouvelles opportunités économiques.
La Dizaine Gabonaise des Arts et de la Culture est d’ailleurs présentée comme un exemple concret de synergie entre culture, médias et développement. L’événement a permis une forte mobilisation médiatique, une meilleure visibilité des jeunes talents et une sensibilisation accrue autour des enjeux du rayonnement culturel national.
Le numérique, nouveau moteur du rayonnement culturel
L’essor des plateformes numériques et des réseaux sociaux transforme profondément les modes de diffusion culturelle. Facebook, TikTok, YouTube, Instagram ou encore Spotify offrent désormais aux artistes gabonais des outils de visibilité mondiale à moindre coût.
Cette révolution numérique favorise l’auto-production artistique, l’émergence des web médias, des podcasts et des créateurs de contenus indépendants. Elle ouvre également la voie à de nouveaux métiers liés au numérique culturel et à l’économie créative.
Mais cette transformation soulève aussi plusieurs défis majeurs : saturation des contenus, dépendance aux plateformes étrangères, piratage numérique et difficulté de monétisation des œuvres locales.
Une question de souveraineté culturelle
Au-delà des enjeux économiques, la communication met en avant la dimension stratégique de la culture dans un contexte de mondialisation dominé par les contenus étrangers. Selon l’analyse développée lors de la conférence, un pays incapable de produire et diffuser ses propres récits culturels s’expose à une forme d’effacement identitaire et de dépendance symbolique.
Le développement culturel est ainsi présenté comme un enjeu de souveraineté nationale. Pour le Gabon, il s’agit non seulement de préserver les patrimoines traditionnels — tels que le Bwiti, les rites initiatiques, les danses Fang ou l’artisanat local — mais aussi de renforcer la présence culturelle gabonaise sur les scènes africaine et internationale.
Des recommandations pour transformer le secteur
Face aux fragilités persistantes des industries culturelles gabonaises, plusieurs recommandations ont été formulées. Parmi elles figurent l’élaboration d’une véritable stratégie culturelle nationale, l’augmentation des investissements publics, le développement des infrastructures modernes, la création de fonds spécialisés pour les industries culturelles et la professionnalisation du journalisme culturel.
Les médias sont également appelés à accorder davantage d’espace aux contenus culturels, à soutenir les jeunes talents et à investir dans les formats numériques innovants comme les podcasts, les web TV et les contenus interactifs.
Enfin, la création d’un réseau de journalistes culturels a été proposée afin de renforcer les échanges professionnels, promouvoir les industries créatives gabonaises et accompagner les politiques publiques en faveur du rayonnement culturel.
À travers cette communication, la Dizaine Gabonaise des Arts et de la Culture confirme ainsi l’importance croissante accordée à la culture comme moteur de diversification économique, facteur de cohésion sociale et outil d’influence diplomatique pour le Gabon de demain.

