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Cameroun : Le 4e recensement général au cœur des interrogations sur la gouvernance statistique

Le lancement du 4e Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4) au Cameroun suscite de nombreuses réactions au sein des milieux économiques, universitaires et statistiques, où plusieurs experts s’interrogent sur les moyens financiers, la méthodologie employée et les enjeux stratégiques liés à cette opération nationale.

Vingt ans après le dernier recensement réalisé en 2005, cette nouvelle campagne est considérée comme décisive pour actualiser les données démographiques et sociales du pays, dans un contexte marqué par une forte croissance de la population, l’urbanisation accélérée et les mutations économiques.

Mais plusieurs observateurs jugent les ressources mobilisées insuffisantes pour garantir des résultats pleinement fiables.

Un budget de 13 milliards de FCFA jugé limité

Le coût global du recensement est estimé à environ 13 milliards de FCFA, dont près de 6 milliards financés directement par l’État camerounais, le reste provenant des partenaires techniques et financiers.

Pour certains analystes, ce niveau de financement apparaît faible au regard de l’importance stratégique de l’opération.

Plusieurs experts estiment qu’un recensement constitue un outil fondamental de souveraineté nationale et qu’il devrait bénéficier d’investissements beaucoup plus conséquents afin de garantir :

  • une couverture exhaustive du territoire ;
  • des outils technologiques adaptés ;
  • une collecte fiable des données ;
  • une réduction des marges d’erreur statistiques.

Certains économistes avancent même qu’une opération de cette ampleur nécessiterait un budget pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliards de FCFA, voire davantage, compte tenu des enjeux liés à la planification du développement.

Des critiques sur la méthodologie

Au-delà des questions budgétaires, la méthodologie du recensement fait également débat.

Des spécialistes de la statistique regrettent notamment que le processus repose essentiellement sur des enquêtes de terrain, sans exploitation plus large des nombreuses bases de données administratives déjà disponibles.

Selon eux, un recensement moderne devrait combiner :

  • les données collectées sur le terrain ;
  • les registres d’état civil ;
  • les fichiers scolaires ;
  • les bases de données sanitaires ;
  • les registres fiscaux et sociaux ;
  • les données des opérateurs télécoms ;
  • les fichiers de la sécurité sociale et de l’emploi.

Cette approche permettrait de limiter les erreurs, d’améliorer la précision des résultats et de réduire les risques de sous-déclaration dans certaines zones difficiles d’accès.

Pour plusieurs observateurs, le recours à une méthodologie mixte aurait renforcé la crédibilité scientifique de l’opération.

Un enjeu majeur pour la politique publique

Les données issues du recensement jouent un rôle central dans la définition des politiques publiques.

Elles servent notamment à :

  • planifier les infrastructures ;
  • répartir les ressources budgétaires ;
  • organiser les services de santé et d’éducation ;
  • préparer le redécoupage administratif et électoral ;
  • orienter les investissements publics.

Le recensement constitue également un outil important pour les partenaires internationaux, qui s’appuient sur les données démographiques afin d’évaluer les besoins du pays et financer certains projets de développement.

Dans le cas du Cameroun, cette opération doit permettre d’actualiser les indicateurs liés à la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30), principale feuille de route économique du pays.

Les collectivités territoriales évoquées comme alternative

Certains experts estiment par ailleurs que les collectivités territoriales décentralisées auraient pu être davantage impliquées dans le processus.

Grâce à leur proximité avec les populations, les communes disposent souvent :

  • d’une meilleure connaissance du terrain ;
  • de relais communautaires ;
  • d’informations locales plus actualisées.

Selon plusieurs analystes, une participation renforcée des collectivités locales aurait pu améliorer la sensibilisation des populations et faciliter le travail des agents recenseurs.

Des contraintes structurelles persistantes

Le Cameroun reste confronté à plusieurs difficultés susceptibles d’affecter la qualité du recensement :

  • l’enclavement de certaines zones rurales ;
  • les difficultés logistiques ;
  • les tensions sécuritaires dans certaines régions ;
  • l’insuffisance des infrastructures numériques.

Ces contraintes augmentent les risques d’erreurs statistiques et de couverture incomplète du territoire.

Un outil stratégique pour l’avenir du pays

Malgré les critiques, les autorités considèrent le RGPH-4 comme une étape essentielle pour améliorer la gouvernance publique et adapter les politiques nationales aux réalités démographiques actuelles.

Avec une population estimée à plus de 28 millions d’habitants, le Cameroun fait face à des défis importants liés :

  • à l’emploi ;
  • à l’éducation ;
  • à la santé ;
  • à l’urbanisation ;
  • aux infrastructures.

Dans ce contexte, la fiabilité des données issues du recensement sera déterminante pour orienter les politiques publiques et renforcer la crédibilité économique du pays auprès des investisseurs et des bailleurs internationaux.

ONGUENE ATEBA, PDG du Think Tank FOA

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