La deuxième journée de cette 5e édition du Festival International du Livre Gabonais et des Arts (FILIGA) a été marquée par la conférence inaugurale placée sous le thème : « L’Afrique et ses diasporas : regards croisés sur le monde ». Organisée dans la salle Pierre Claver Akendengué de l’Institut Français du Gabon, cette rencontre a réuni universitaires, écrivains, étudiants, acteurs culturels et passionnés de littérature autour d’une réflexion devenue centrale dans les débats contemporains sur le développement, l’identité et le rayonnement du continent africain.

L’événement, en accès libre, s’inscrit dans la volonté du FILIGA de faire du livre et de la culture des instruments de dialogue entre les peuples, de transmission des savoirs et de construction d’une vision commune de l’avenir africain.
Un débat académique de haut niveau
La conférence a été modérée par Dr Frankline Ntsame Okourou, enseignante-chercheuse en littérature gabonaise à l’Université Omar Bongo. Spécialiste de l’analyse du discours et des études féminines, elle a orienté les échanges autour des dynamiques culturelles, sociales et intellectuelles qui relient aujourd’hui l’Afrique à ses communautés établies à travers le monde.
Le principal intervenant et Gabonais, Pr Sylvère Mbondobari, professeur de littérature francophone à l’Université Bordeaux Montaigne et titulaire de la Chaire d’Excellence « Diasporas africaines et transculturalité », a apporté un éclairage universitaire sur les mutations des diasporas africaines et leur rôle croissant dans les transformations contemporaines du continent.
Selon plusieurs études internationales, la diaspora africaine représente aujourd’hui plus de 40 millions de personnes réparties sur plusieurs continents, constituant l’une des plus importantes communautés transnationales au monde. Cette réalité démographique, économique et culturelle place la question diasporique au cœur des enjeux de développement africain.
Les diasporas, un levier économique majeur
Au-delà de la dimension identitaire, les échanges ont mis en lumière l’importance économique des diasporas africaines. Les transferts financiers envoyés chaque année vers l’Afrique subsaharienne sont estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars, dépassant parfois l’aide publique au développement reçue par certains États.
Ces ressources participent au financement de l’éducation, de la santé, de l’entrepreneuriat et de nombreux projets communautaires. Elles constituent également un vecteur de circulation des compétences et des connaissances.
Pour les spécialistes, l’enjeu ne se limite plus à la seule question des transferts financiers. Il s’agit désormais de favoriser une véritable mobilisation des expertises africaines installées à l’étranger afin d’accompagner les politiques publiques, la recherche scientifique, l’innovation technologique et la création culturelle sur le continent.
La culture comme pont entre les peuples
L’un des axes majeurs de la conférence a porté sur le rôle de la culture dans le rapprochement entre l’Afrique et ses diasporas. Littérature, cinéma, musique, arts visuels et nouvelles technologies apparaissent aujourd’hui comme des espaces privilégiés de dialogue et de construction d’une mémoire collective.
Les intervenants ont souligné que les productions culturelles africaines connaissent depuis plusieurs années une visibilité croissante sur la scène internationale. Cette dynamique contribue à modifier les perceptions du continent et à renforcer son influence culturelle dans le monde.
Dans ce contexte, les festivals littéraires et artistiques tels que le FILIGA jouent un rôle stratégique en créant des espaces de rencontres entre auteurs, chercheurs, artistes et publics venus d’horizons divers.
Un enjeu stratégique pour le Gabon
Pour le Gabon, cette réflexion revêt une importance particulière. Le pays cherche à renforcer son rayonnement culturel à l’échelle régionale et internationale à travers la promotion de son patrimoine, de ses industries culturelles et de ses créateurs.
Le développement d’une diplomatie culturelle active pourrait permettre de mieux mobiliser les compétences de la diaspora gabonaise, estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes à travers le monde. Cette mobilisation constitue un potentiel important pour la valorisation de l’image du pays, l’attractivité économique et le développement du secteur culturel.L’organisation de cette conférence inaugurale illustre ainsi la volonté du FILIGA de dépasser le cadre strictement littéraire pour aborder des questions de société majeures touchant à l’identité, à la citoyenneté, à la mémoire et au développement.
Une édition placée sous le signe de l’ouverture
Depuis sa création, le Festival International du Livre Gabonais et des Arts s’est imposé comme l’un des principaux rendez-vous culturels du pays. Cette cinquième édition confirme son ambition de devenir une plateforme d’échanges intellectuels de référence en Afrique centrale.
À travers la thématique « L’Afrique et ses diasporas : regards croisés sur le monde », le FILIGA 2026 invite les participants à repenser les relations entre le continent et ses communautés dispersées à travers le globe, dans un contexte marqué par l’accélération des mobilités humaines, la mondialisation des échanges culturels et la recherche de nouveaux modèles de développement.
Au-delà de la réflexion académique, cette conférence inaugurale rappelle que les diasporas africaines constituent aujourd’hui un acteur incontournable du développement du continent, un relais d’influence culturelle et un partenaire stratégique pour l’Afrique du XXIᵉ siècle.

