Lutte contre la vie chère : Une fausse solution à un vrai problème

La vie chère n’est pas le problème, c’est plutôt le symptôme. Le problème c’est la pauvreté de la production, plus l’État prédateur.

Le vrai problème derrière la vie chère, c’est :

1. Coût de production élevé : énergie chère et instable, logistique routière dégradée, intrants importés. Produire local coûte plus cher qu’importer. Donc on préfère importer.

2. Monopoles et circuits longs : 3 importateurs contrôlent 70% de certains produits. Chaque intermédiaire prend sa marge. Le consommateur paie 5 marges avant d’acheter.

3. Pouvoir d’achat qui ne suit pas : salaire bloqué, emploi informel à 60%, filet social mal ciblé. Même avec prix stable, le ménage ne suit plus.

Bloquer le prix sans toucher à ces 3 causes, c’est comme mettre un sparadrap sur une fracture.

Parler de la lutte contre la vie chère, équivaut à gérer une douleur au lieu de l’opérer. Pourquoi lutter contre la vie chère est un message impropre ?

Ça cache le fait que l’on n’a pas de politique agricole, pas d’énergie ni route, on ne veut pas de paysans riches.

La fausse solution serait entre autres :

De baisser les taxes douanières, qui ne profitera qu’à l’importateur et au douanier.

De bloquer les prix, qui ne va profiter qu’au marché noir et au spéculateur.

De subventionner le riz, qui va plus profiter au nanti qui aura la possibilité de stocker des tonnes de kilos.

Multiplier les centrales d’achats, qui va plus profiter au réseau politique.

On ne lutte pas contre la vie chère, en multipliant les descentes de police dans les marchés, mais en mesurant les tonnes produits.

On n’évalue pas la lutte, au nombre d’arrêtés ministériels, mais plutôt en comptant le nombre de ménages sortis de la pauvreté. 

Cela ressemble plus à du théâtre.

Le vrai problème, ce que le Gabon est un pays à coûts élevés et à revenus faibles.

*Coûts élevés* parce que l’État taxe, bloque, rackette tout ce qui bouge. Exemple un litre d’huile coûte 1400 FCFA, dont 600 FCFA d’inefficacité publique, c’est-à-dire, port, route, taxe, corruption, crédit cher.

On peut subventionner 500 FCFA, il va rester 300 FCFA que le pauvre paie quand même.

*Revenus faibles* parce que l’on ne produit rien ou pas grand chose. 90% de ce que l’on consomme vient en bateau. 80% des jeunes n’ont pas de travail productif. Pour qui, a un salaire de 50.000 francs/mois, même l’huile à 900 francs CFA est chère.

Le problème n’est pas le prix du riz, le problème c’est qu’il n’y a pas de salaire pour l’acheter.

Lutter contre la vie chère sans augmenter la production, c’est comme demander à un tigre de se nourrir de la salade. On appauvrit plus l’État pour moins appauvrir le peuple, mais deux pauvres ne font pas un riche.

La vraie solution tient en une phrase : *Rendre la production moins chère que l’importation*, tout le reste n’est que littérature.

On maîtrise la parafiscalité, on réduit au maximum la durée de délivrance du titre foncier, on libéralise le secteur de l’énergie, on rend le port concurrentiel. Si in fine, produire au Gabon coûte -30%, le prix baisse de 30% sans subvention.

On tue la spéculation, en finançant la personne et non plus le produit. Le pauvre reçoit du cash, le nanti paie le prix réel.

On punit la rente, celui qui crée la rareté est condamné pour crime économique. C’est un délit de stockage spéculatif.

On impose la clause de résultat : si les importations alimentaires ne baissent pas de 40% en 2 ans, pas de colloque, l’autorité en paie le prix.

On baisse les taxes douanières puis on contrôle les prix, on jugule la parafiscalité, on subventionne la production agricole, on tue la pauvreté et on baisse les coûts.

On ne lutte pas contre la vie chère, on lutte contre l’État cher qui rend la vie chère.

On ne gagne pas contre l’État cher en étant complaisant, mais plutôt en faisant de bons arbitrages. La vie chère c’est le thermomètre, mais on ne le casse pas pour faire baisser la fièvre.

Donc la vraie question n’est pas comment lutter contre la vie chère, la vraie question est plutôt, est ce que la Vè République a-t-elle le courage de lutter contre elle ?

Nous pouvons répondre par l’affirmative, elle a l’argent, les lois et les hommes. Ce qui lui manque, c’est le courage de se tirer une balle dans le pied, parce que la vie chère c’est l’État qui la fabrique. Et la Vè République doit accepter des mesures audacieuses.

1. Baisser le coût de production, pas le prix à la caisse : énergie stable et moins cher via le solaire + le gaz. Routes de desserte pour que le marché du maraicher de Kango arrive à Libreville sans perdre 30% en route. Intrants agricoles produit localement. Quand le coût baisse, le prix suit sans arrêté.

2. Casser les rentes, ouvrir la concurrence : autorisations d’importation transparentes, quotas publiés. Tolérance zéro pour entente sur le dos de l’État. Un seul importateur dicte sa loi. 10 importateurs, le prix se négocie, la concurrence fait baisser plus vite que la cellule économique

3. Augmenter le pouvoir d’achat des plus vulnérables : arrêter les subventions générales sur l’essence. Transférer l’argent économisé vers un « chèque alimentaire ciblé » via un registre social unique. 20.000 FCFA/mois direct sur mobile pour 200.000 ménages, ciblés et traçables, sans pénurie, on aide la personne pas le produit. 

On ne vainc pas la vie chère avec des décrets, on la vainc quand le producteur peut vendre moins cher, parce que produire chez lui ne coûte plus une fortune.

Hermann Ditsoga, partisan de la norme

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