L’histoire politique nous donne parfois deux leçons en miroir. Celle de Guillaume Kigbafori Soro, Ivoirien, et celle d’Ousmane Sonko, Sénégalais.
Guillaume Soro : testé par la perte du pouvoir
Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, artisan de l’Accord de Ouagadougou, il a porté des hommes, nommé des ministres, contribué à bâtir des fortunes politiques.
En 2019, il démissionne. Raison invoquée : il ne supporte plus de voir ses compagnons de lutte limogés un à un. Un acte présenté comme un sursaut de loyauté envers les siens.
Mais quand le fauteuil se vide, l’entourage se disperse. Plusieurs collaborateurs quittent le navire pour “aller chercher des postes”. Ceux qu’il avait élevés se rapprochent du nouveau centre du pouvoir.
Leçon : Quand on distribue le pouvoir, on attire des alliés. L’épreuve révèle s’ils étaient des frères d’armes ou des gestionnaires d’intérêts.
Ousmane Sonko : testé par l’absence de pouvoir
Limogé de l’administration sénégalaise en 2016, poursuivi, emprisonné. Il n’a plus de bureau, plus de budget, plus de titres. Il n’a que sa conviction.
Face à cela, son entourage fait le choix inverse : El Malick Ndiaye démissionne de la Présidence de l’Assemblée Nationale pour lui céder la place. D’autres refusent des ministères. Des compagnons cotisent pour financer le combat quand les caisses sont vides.
Leçon : Quand on n’a rien à offrir, seuls restent ceux qui croient. Et le peuple sénégalais, qualifié de “digne”, a fini par reconnaître cette fidélité en portant Sonko à la tête de l’État en 2024.
La lecture profonde
Nos anciens disent : “On connaît la solidité du pagne quand il pleut.”
Soro a été éprouvé sous la pluie de la disgrâce, après avoir tenu le grand pagne de l’Assemblée. Certains ont couru s’abriter ailleurs.
Sonko a été éprouvé sous la pluie du dénuement, sans pagne officiel. Ses compagnons ont choisi de se mouiller avec lui jusqu’à tisser un nouveau pagne ensemble.
Deux leaders. Deux pays. Deux épreuves opposées.
Soro, l’Ivoirien, a connu la solitude du chef déchu.
Sonko, le Sénégalais, a connu la force du chef sans trône.
La question qui reste pour l’Afrique politique est la même : voulons-nous des entourages de circonstance, ou des compagnons de destin ?
Car au final, un leader se mesure à ceux qui restent quand il n’a plus rien à donner.
Dimitri AGBOZOH -GUIDIH

