Macky Sall à Genève : Sans confiance, le multilatéralisme n’est qu’illusion

À Genève, au cœur même du temple du multilatéralisme, l’ancien Président sénégalais Macky Sall a prononcé une sentence qui résonne comme un avertissement : « Sans confiance, le multilatéralisme ne peut pas produire de résultats ». 

Loin d’être une formule diplomatique, cette phrase expose la faille structurelle de l’ordre international actuel. Car les institutions, les traités et les sommets ne suffisent plus. Si la foi dans la parole de l’autre disparaît, tout l’édifice vacille.

Le multilatéralisme : Un édifice bâti sur la foi réciproque

Le multilatéralisme repose sur un pari audacieux : des États souverains, inégaux en puissance et en histoire, acceptent de limiter leur liberté d’action au nom d’un intérêt commun. L’ONU, l’OMC, l’OMS, l’UA, la CEDEAO… toutes supposent que la règle sera respectée, même quand elle va à l’encontre de l’intérêt immédiat.

Or ce contrat moral est en crise. Les engagements climatiques sont proclamés mais reportés. Les résolutions du Conseil de sécurité sont votées mais contournées. Les promesses d’aide au développement restent lettres mortes. Les États signent, mais ne croient plus. 

Un multilatéralisme sans confiance se transforme alors en théâtre. On prononce des discours, on adopte des textes, on prend des photos de famille. Mais sur le terrain, chaque nation retourne à la loi du plus fort, à la logique du chacun pour soi.

La leçon africaine : La confiance comme fondement de toute communauté

Macky Sall parle en homme qui a présidé l’Union Africaine au moment où la méfiance fissurait la CEDEAO. Il sait que nulle organisation régionale ne survit sans un minimum de crédibilité mutuelle.

En Afrique, la confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se scelle autour de la cola, du serment, de la parole donnée devant les anciens. Un village ne tient que si le voisin croit que l’autre viendra l’aider en cas d’incendie. 

Transposée à l’échelle mondiale, cette sagesse ancestrale prend tout son sens. Les blocs s’affrontent, les puissances se défient, les Suds réclament justice. Mais tant que chaque acteur soupçonnera l’autre de tricherie, aucun compromis global ne tiendra. La méfiance tue la coopération avant même qu’elle ne commence.

Genève : Le rappel à l’ordre d’un monde multipolaire

Choisir Genève n’est pas anodin. C’est rappeler aux architectes du système que la technique juridique ne remplace pas l’éthique politique. On peut multiplier les mécanismes de contrôle, de sanction, de vérification. Si la conviction que l’autre jouera franc-jeu fait défaut, tous ces garde-fous seront contournés.

Dans un monde qui s’oriente vers le multipolarisme, le danger est réel : voir naître des “multilatéralismes de blocs”, où l’Occident ne fait confiance qu’à l’Occident, où les BRICS ne coopèrent qu’entre eux, où l’Afrique négocie en ordre dispersé. Ce serait la fin de l’universel. Ce serait le retour à une guerre froide institutionnelle.

Reconstruire avant de réformer

Macky Sall ne propose pas de détruire le multilatéralisme. Il exhorte à le réparer à sa base. Et cette base, c’est la confiance.

La reconstruire suppose trois exigences :

1. La cohérence : Que les grandes puissances respectent les mêmes règles qu’elles imposent aux autres.

2. L’équité : Que les institutions cessent d’être perçues comme le gendarme des faibles et l’alibi des forts.

3. La tenue de la parole : Qu’un accord signé pèse plus lourd qu’un discours de circonstance.

Sans confiance, le multilatéralisme ne peut pas produire de résultats. Macky Sall nous rappelle une vérité simple, valable à Lomé comme à New York : Aucune maison ne tient debout si les briques ne se font plus confiance.

Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

Laisser un commentaire