Dizaine Gabonaise des Arts et de la Culture : Quand la culture devient un moteur de croissance, d’innovation et d’investissement

Pendant près de deux semaines, du 19 mai au 1er juin 2026, la 2ᵉ édition de la Dizaine Gabonaise des Arts et de la Culture s’est imposée comme bien plus qu’un simple rendez-vous artistique. Portée par l’ONG Terre d’Espoir, cette plateforme nationale dédiée aux industries culturelles et créatives a progressivement pris les contours d’un véritable espace de réflexion stratégique, de formation, de découverte des talents et de dialogue entre institutions publiques, secteur privé, société civile et acteurs culturels.

Avec une programmation déployée entre Libreville et Lambaréné, la manifestation a réuni expositions, congrès, cinéma, formations, mentorat, spectacles vivants, artisanat, mode et initiatives inclusives, dans une même ambition : positionner la culture comme levier économique et social durable pour le Gabon.

Une culture pensée comme secteur économique à fort potentiel

Longtemps perçue principalement sous l’angle patrimonial ou événementiel, la culture tend progressivement à être considérée comme une composante économique à part entière.

Selon l’UNESCO, les industries culturelles et créatives représentent près de 3 % du PIB mondial et génèrent environ 50 millions d’emplois dans le monde, dont une part importante occupée par les jeunes.

Au Gabon, malgré une richesse culturelle reconnue — musique, cinéma, arts plastiques, patrimoine, artisanat, mode, danse ou arts numériques — le secteur reste confronté à plusieurs défis :

  • structuration insuffisante des filières ;
  • faible accès aux financements ;
  • déficit de professionnalisation ;
  • manque de mécanismes de visibilité ;
  • difficultés de commercialisation.

C’est précisément sur ces problématiques que la Dizaine a cherché à agir.

Le Congrès des Arts et de la Culture : poser les bases d’un écosystème structuré

L’un des temps forts de cette deuxième édition a été la tenue de la première édition du Congrès des Arts et de la Culture, plateforme d’échanges ayant réuni représentants du secteur public, investisseurs privés, associations culturelles, entrepreneurs et artistes autour des enjeux de croissance durable du secteur.

Des institutions telles que l’ENAM, l’ANPI, BUGADA, FMCT La Baie des Rois ainsi que plusieurs acteurs économiques et culturels y ont pris part.

L’objectif : établir une vision commune sur :

  • les mécanismes de financement ;
  • la professionnalisation des métiers ;
  • les partenariats public-privé ;
  • l’attractivité territoriale ;
  • l’économie créative.

Parmi les résultats les plus marquants figure la proposition de création d’une plateforme numérique baptisée « Art Score », destinée à mesurer les performances et la compétitivité des artistes locaux à partir de standards internationaux.

Une initiative qui pourrait à terme constituer un outil stratégique pour investisseurs, producteurs et partenaires.

Plus de 200 jeunes formés : l’investissement dans le capital humain

L’une des dimensions majeures de cette édition demeure son volet pédagogique.

Plus de 200 jeunes issus d’établissements secondaires et supérieurs, notamment de l’Université Omar Bongo (UOB), de l’INPTIC, de l’Institut Léon Mba, de l’Institut Philippe Maury et de l’École de Mode de Nzeng-Ayong, ont bénéficié de programmes de renforcement des capacités adaptés à différentes filières.

Au-delà des enseignements techniques, l’approche adoptée a reposé sur une logique transgénérationnelle, associant experts confirmés et jeunes talents.

Le mentorat a occupé une place centrale afin d’assurer :

  • la transmission des savoirs ;
  • le transfert des compétences ;
  • le développement d’une culture entrepreneuriale ;
  • l’accompagnement des jeunes talents.

La diversité des thématiques abordées témoigne de cette volonté d’anticiper les mutations contemporaines :

  • cinéma ;
  • anthropologie ;
  • arts numériques ;
  • intelligence artificielle ;
  • souveraineté numérique ;
  • écotourisme culturel ;
  • marketing culturel ;
  • musique du terroir ;
  • attractivité territoriale.

Journalisme culturel : structurer une voix pour les industries créatives

Autre innovation majeure : l’organisation d’une master class consacrée au journalisme culturel, axée sur le thème « Croissance durable, rayonnement et journalisme culturel ».

Cette initiative a abouti à la création d’un réseau de journalistes culturels, chargé d’améliorer la couverture, l’analyse et la valorisation des enjeux culturels nationaux.

Les recommandations formulées portent notamment sur :

  • le renforcement des compétences ;
  • la structuration d’une stratégie culturelle nationale ;
  • la mobilisation de financements publics et privés ;
  • le plaidoyer institutionnel.

Dans un environnement où l’économie de l’attention devient un facteur déterminant, l’information culturelle apparaît désormais comme un outil stratégique de valorisation des territoires et des industries créatives.

Aussi, le réseau a pour objectif la mise en place d’une cellule de suivi qui aura à charge de développer une stratégie de relai et de mise en oeuvre des recommandations.

« Les Reflets de l’Ogooué » : le cinéma gabonais gagne en visibilité

Le Festival de cinéma « Les Reflets de l’Ogooué », organisé avec l’Institut Gabonais de l’Image et du Son (IGIS), s’est imposé comme l’un des piliers de cette édition.

Articulé autour du thème « Regards de femmes, récits de demain », l’événement a mis l’accent sur la valorisation des réalisatrices locales et de la diaspora.

Plusieurs productions ont été projetées pour la première fois au Gabon et sur le continent africain.

Au total, 9 distinctions ont été décernées à des femmes cinéastes dans différentes catégories : inclusion sociale, patrimoine, jeunesse, droits des femmes ou transmission culturelle.

Le festival s’est également démarqué par sa dimension inclusive intégrant jeunes, femmes et personnes vivant avec un handicap.

Libreville–Lambaréné : une culture qui sort des centres traditionnels

L’extension de la Dizaine à Lambaréné marque une évolution significative dans la stratégie de décentralisation culturelle.

Le spectacle « MONGO : le monde en Kotha », fusionnant théâtre, musique, danse et mode, a offert une scène d’expression à plusieurs jeunes talents locaux tels que :

  • Mémoire Triks ;
  • NOFIA DANCE ;
  • Dédé le Comique.

Des projections cinématographiques ainsi qu’une master class sur l’entrepreneuriat culturel autour du thème « Comment vivre de la danse » ont également été organisées.

Cette approche répond à une logique claire : rapprocher les opportunités culturelles des territoires et réduire les déséquilibres entre centres urbains et zones périphériques.

L’expertise locale comme socle de développement

L’un des enseignements majeurs de cette édition réside dans la valorisation des compétences nationales.

Selon le bilan officiel, l’ensemble des expertises mobilisées pour les master classes et activités provenaient essentiellement de ressources locales.

Ce choix illustre une volonté de démontrer que les solutions aux défis culturels peuvent être produites localement.

Un espace stratégique pour les investisseurs publics et privés

Au-delà de son caractère artistique, la Dizaine apparaît aujourd’hui comme une plateforme capable de générer :

  • des opportunités de partenariats ;
  • des projets entrepreneuriaux ;
  • des emplois ;
  • des mécanismes de financement ;
  • de nouveaux marchés culturels.

Pour les partenaires publics, il s’agit d’un instrument de cohésion sociale, d’éducation et de développement territorial.

Pour le secteur privé, la culture ouvre des perspectives dans :

  • l’événementiel ;
  • les médias ;
  • le numérique ;
  • la communication ;
  • l’industrie créative ;
  • les contenus audiovisuels ;
  • l’artisanat ;
  • le tourisme culturel.

Une ambition qui dépasse l’événementiel

À l’issue de cette deuxième édition, une réalité s’impose : la Dizaine Gabonaise des Arts et de la Culture n’apparaît plus comme une simple manifestation culturelle.

Elle tend progressivement à devenir une plateforme nationale d’innovation, de formation et de développement économique, où les industries culturelles se présentent comme une ressource stratégique encore largement sous-exploitée.

Pour les décideurs, investisseurs et partenaires, une question se dessine désormais : et si la prochaine croissance du Gabon se construisait aussi à travers sa culture ?

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