L’État béninois engage une nouvelle phase de rationalisation de son administration. Par décret pris en Conseil des ministres, le Gouvernement a décidé de supprimer plusieurs agences publiques, dont l’Agence de développement des arts et de la culture, Bénin Tourisme, et l’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme.
Une décision qui redessine la carte de la gouvernance culturelle et touristique au Bénin.
LES STRUCTURES CONCERNÉES : LA FIN D’UNE ARCHITECTURE
Jusqu’ici, le secteur était éclaté entre trois entités aux périmètres proches :
1. *L’Adac – Agence de développement des arts et de la culture* : Chargée de la structuration des filières artistiques, de l’appui aux créateurs et de la valorisation du patrimoine culturel immatériel.
2. *Bénin Tourisme* : Opérateur de promotion de la destination Bénin sur les marchés nationaux et internationaux.
3. *L’Anpt – Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme* : Axée sur la mise en valeur des sites, musées, et itinéraires touristiques liés à l’histoire et à la culture.
Ces agences, créées dans une logique de spécialisation et d’efficacité opérationnelle, assuraient l’exécution de la politique touristique et culturelle définie par le Ministère du Tourisme, de la Culture et des Arts.
Leur suppression marque donc la fin d’un modèle de « multi-agences » au profit d’une centralisation accrue.
LES RAISONS OFFICIELLES : RATIONALISER POUR MIEUX AGIR
Selon des sources gouvernementales, cette réforme s’inscrit dans trois logiques :
1. *La maîtrise des charges publiques* : Le cumul d’agences génère des doublons de fonctionnement : directions générales, budgets, véhicules, locaux. La fusion vise à réduire le train de vie de l’État.
2. *La cohérence de l’action publique* : La superposition des missions entre Adac, Anpt et Bénin Tourisme était régulièrement pointée du doigt. Un seul pilotage devrait permettre plus de lisibilité et moins de concurrence interne.
3. *L’accélération des projets structurants* : Le Bénin mise gros sur le tourisme culturel et mémoriel, avec des chantiers comme la Route de l’Esclave, les musées de Ouidah, Abomey et Porto-Novo. Le Gouvernement veut un « guichet unique » pour aller plus vite.
QUELLES CONSÉQUENCES? ENTRE INQUIÉTUDES ET ESPOIRS
Côté agents* : La question du redéploiement du personnel se pose avec acuité. Le Gouvernement assure qu’aucun licenciement sec n’est envisagé. Les compétences seraient reversées au ministère de tutelle ou dans la nouvelle entité qui reprendra les missions.
*Côté opérateurs culturels et touristiques* : Les acteurs du secteur redoutent un ralentissement. « Moins d’interlocuteurs spécialisés, c’est le risque d’une administration plus lourde », confie un promoteur culturel à Cotonou. D’autres y voient au contraire l’opportunité de « parler à une seule voix » et d’éviter les blocages entre agences.
*Côté finances* : Les économies attendues restent à chiffrer. Mais au-delà de l’argent, c’est la performance qui est visée : moins de structures, plus de résultats sur le terrain.
UNE TENDANCE RÉGIONALE
Le Bénin n’est pas isolé. Plusieurs États africains procèdent depuis 2020 à la suppression ou à la fusion d’agences jugées redondantes. C’est le pari de l’ »État stratège » : moins d’empilement, plus de pilotage direct par les ministères.
Reste la question de la mise en œuvre. Car supprimer une agence sur papier est une chose. Transférer ses marchés, ses partenariats, ses projets en cours, en est une autre.
EN PERSPECTIVE
Le « coup de balai » est lancé. Le pari du Gouvernement est clair : faire plus avec moins, et donner au Bénin les moyens d’une politique culturelle et touristique unifiée, lisible et offensive à l’international.
Le succès de cette réforme se mesurera dans les 12 prochains mois. Au nombre de touristes accueillis, d’artistes accompagnés, et de sites valorisés.
Car au fond, les agences ne sont que des outils. Ce qui compte, c’est l’œuvre.
Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

