Football/Justine Madugu, l’artisan du sacre nigérian : « Nous avons prouvé que les entraîneurs locaux ont leur place au plus haut niveau »

Champion d’Afrique avec les Super Falcons lors de la TotalEnergies Coupe d’Afrique des Nations féminine 2024, Justine Madugu savoure l’aboutissement de plusieurs décennies passées au service du football nigérian. Longtemps adjoint avant de prendre les rênes de la sélection, le technicien de 62 ans a conduit le Nigeria à un nouveau sacre continental, malgré une compétition marquée par des difficultés logistiques et extra-sportives. Dans un entretien, le sélectionneur revient sur les clés de ce succès, son parcours, les défis relevés et les ambitions des Super Falcons pour les prochaines échéances.

Un sacre qui récompense une vie consacrée aux Super Falcons

Pour Justine Madugu, le titre continental remporté lors de la CAN féminine 2024 représente bien davantage qu’un trophée supplémentaire dans l’histoire du Nigeria. Après avoir participé à quatre éditions de la compétition comme membre du staff technique – en Guinée équatoriale (2012), en Namibie (2014), au Ghana (2018) et au Maroc (2022) – il a enfin connu la consécration en tant que sélectionneur principal.

Le technicien, titulaire de la Licence A de la CAF et doctorant, considère cette victoire comme une reconnaissance du savoir-faire des entraîneurs africains, souvent relégués au second plan au profit de techniciens étrangers.

« Revenir avec le trophée, c’est le sentiment du devoir accompli. Cette victoire valide notre méthode de travail et démontre que les entraîneurs locaux peuvent réussir au plus haut niveau », affirme-t-il.

Une reconnaissance nationale et une responsabilité accrue

Depuis le retour triomphal des Super Falcons, la notoriété de Justine Madugu a considérablement évolué. Le sélectionneur reconnaît que cette exposition médiatique s’accompagne désormais d’une responsabilité permanente.

« Notre statut a changé. Chaque geste est observé. Nous devons être des modèles », explique-t-il, tout en assurant rester concentré sur ses objectifs malgré les sollicitations et les commentaires suscités par le succès de son équipe.

Cette saison exceptionnelle lui a également valu une nomination historique au Ballon d’Or 2025 dans la catégorie du meilleur entraîneur d’une équipe féminine.

Le collectif, clé du onzième sacre continental

Pour Madugu, le succès des Super Falcons repose avant tout sur la cohésion du groupe.

L’entraîneur refuse d’attribuer la victoire à une seule personne et insiste sur le rôle déterminant de l’ensemble du staff technique, médical et administratif.

« Personne ne gagne seul. C’est le travail collectif qui nous a permis d’aller jusqu’au bout », souligne-t-il.

Au-delà du travail tactique, il révèle que la gestion humaine a constitué un élément essentiel de la réussite nigériane. Le staff a accordé une attention particulière au bien-être psychologique des joueuses afin qu’elles puissent évoluer dans les meilleures conditions.

Une campagne semée d’embûches

Si le Nigeria est finalement monté sur le toit de l’Afrique, le parcours vers le titre n’a pas été exempt de difficultés.

Le sélectionneur évoque plusieurs problèmes logistiques, des tensions financières et diverses tentatives de déstabilisation auxquelles son groupe a dû faire face tout au long de la compétition.

« Même au Maroc, nous avons rencontré des difficultés d’hébergement. Mais le groupe est resté uni et concentré sur son objectif », confie-t-il.

Malgré ces obstacles, Madugu affirme n’avoir jamais perdu confiance dans les capacités de son équipe.

Selon lui, la finale remportée face au pays hôte constitue la meilleure illustration de la force mentale développée par les Super Falcons.

Un long apprentissage avant de devenir numéro un

Le sélectionneur rappelle avoir construit sa carrière dans l’ombre des différents entraîneurs qui se sont succédé à la tête de la sélection.

Il a notamment travaillé aux côtés de Kadiri Ikhana, Edwin Okon, Christopher Danjuma, Thomas Dennerby et Randy Waldrum avant d’obtenir les pleins pouvoirs à la tête de l’équipe nationale.

Cette expérience accumulée pendant plus d’une décennie lui a permis de développer sa propre philosophie de management.

« Être adjoint et être sélectionneur principal, c’est totalement différent. En tant que numéro un, toutes les décisions vous appartiennent et toute la responsabilité repose sur vos épaules », explique-t-il.

Cap sur la CAN 2026 et la Coupe du monde 2027

Déjà tourné vers l’avenir, Justine Madugu estime que le Nigeria doit poursuivre sa progression malgré son statut de champion d’Afrique.

La prochaine Coupe d’Afrique des Nations, qui servira de tournoi qualificatif pour la Coupe du monde féminine 2027, constitue désormais la priorité des Super Falcons.

L’objectif est double : obtenir la qualification mondiale et conserver la couronne continentale.

« Nous serons l’équipe à battre. Nous savons que toutes les sélections voudront nous détrôner, mais nous serons prêts », assure-t-il.

Le technicien salue également l’élargissement de la CAN féminine à 16 équipes, une évolution qu’il considère comme une opportunité majeure pour accélérer le développement du football féminin sur le continent.

Selon lui, cette réforme offrira davantage d’exposition aux joueuses africaines, favorisera leur professionnalisation et renforcera la compétitivité des sélections nationales.

Un héritage au-delà des trophées

Au moment d’évoquer l’héritage qu’il souhaite laisser, Justine Madugu met davantage l’accent sur le développement du football féminin que sur son propre palmarès.

Le sélectionneur espère que son parcours encouragera les fédérations africaines à faire davantage confiance aux techniciens locaux.

Il garde surtout en mémoire les scènes de liesse populaire qui ont accompagné le retour des Super Falcons au Nigeria.

« Pendant quelques instants, le football a uni tout le pays. Si l’on se souvient de moi comme de quelqu’un qui a contribué à faire grandir le football féminin africain, alors j’aurai atteint mon objectif », conclut le champion d’Afrique.

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