VIOLENCE ÉCONOMIQUE DANS LE COUPLE : Un fléau invisible mais dévastateur

Au Togo, le Code des Personnes et de la Famille, Loi n° 2012-005 du 13 février 2012, garantit l’égalité entre époux. L’article 63 dispose que « les époux ont les mêmes droits et devoirs. Ils assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille ». L’article 67 ajoute que « chaque époux a le droit d’exercer la profession de son choix ».

Pourtant, dans la réalité, certaines femmes sont encore privées de ces libertés fondamentales. Plongée au cœur d’un phénomène silencieux aux lourdes conséquences : la violence économique.

CE QUE DIT LA LOI TOGOLAISE

Empêcher sa femme de travailler, contrôler ses revenus, l’empêcher de gérer son salaire ou confisquer ses biens constitue une violence.

Et cette violence a un nom dans la loi.
Le Code Pénal togolais, révisé par la Loi n° 2015-010 du 24 novembre 2015 relative à la lutte contre la violence à l’égard des femmes, reconnaît et sanctionne les violences économiques.

L’article 42 de cette loi punit « quiconque, au sein du couple, prive l’autre de ressources économiques ou financières, l’empêche d’exercer une activité professionnelle ou confisque ses biens ».

La juriste togolaise Me Abla K. souligne cette avancée :
« Désormais, la violence économique n’est plus un simple conflit de couple. C’est une infraction. La loi togolaise offre un cadre de protection aux femmes et les encourage à briser le silence. »

UNE RÉALITÉ ENCORE TROP TUE

Malgré cet arsenal juridique, beaucoup de femmes continuent de subir en silence.

« J’accompagne des femmes qui savent qu’elles souffrent, mais qui ont peur », explique Mme Kossiwa A., assistante sociale à Lomé.
« Peur de briser le foyer, peur du regard de la belle-famille, peur de se retrouver sans soutien financier. Alors elles se taisent et acceptent. »

Cette peur est entretenue par des pesanteurs sociales : l’idée que « le mari est le chef » et que « l’argent de l’homme ne se discute pas ».

DES VOIX D’HOMMES POUR UN AUTRE MODÈLE

Face à cela, des hommes se lèvent pour rappeler l’esprit du Code togolais : l’égalité et la concertation.

M. Komi D., mécanicien et père de 3 enfants à Lomé, refuse la logique de domination :
« Un foyer, c’est comme une entreprise. Si un seul décide et l’autre subit, l’entreprise coule. Dieu même a dit que l’homme et la femme doivent s’entraider. Celui qui isole sa femme finit par être orgueilleux et aveugle. »

Pour lui, la transparence est la clé :
« Si on est honnête entre nous, on ne manque de rien. Mais si chacun cache son argent, la méfiance entre et la maison devient un enfer. La femme doit travailler si elle veut, et les deux doivent décider ensemble. C’est comme ça qu’on construit la paix. »

LE MESSAGE DES SPÉCIALISTES : PARTENARIAT ET AUTONOMIE

Les acteurs sociaux appellent à un changement de mentalité, en conformité avec la loi.

« Le Code togolais ne fait pas de la femme une mineure sous tutelle », rappelle Me Abla K.
« Les décisions importantes du ménage, surtout celles liées à l’argent, aux enfants et aux projets, doivent être prises à deux. Le mari doit voir son épouse comme une co-responsable, pas comme une dépendante. »

Elle conclut en s’adressant directement aux femmes :
« Informez-vous sur vos droits. Constituez progressivement votre autonomie. Mettez de côté. Ouvrez un compte. Et surtout, parlez. Aux associations, aux forces de sécurité, à la justice. Le silence protège l’agresseur, pas la victime. »


La stabilité d’un foyer ne se décrète pas. Elle se construit à deux.
Le Code togolais l’a dit : égalité de droits, égalité de devoirs, liberté de travailler.

La violence économique est l’arme de ceux qui ont peur d’une femme libre.
Mais une femme libre, informée et respectée, c’est un couple plus fort. Et c’est un Togo plus juste.

Ensemble, brisons le silence.


Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

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