Le sérieux d’une République ne se mesure pas toujours au nombre de discours, de déclarations de bonnes intentions, mais plutôt au nombre de mesures appliquées.
Hier sous le progressisme démocratique et concerté régnant, le pays était gouverné selon une géopolitique assumée. Avec pour corollaire, l’établissement des roitelets, des petites bougies érigées sur les monticules de terre dressées dans chaque province. C’était l’ère du guide éclairé qui sans fioritures, avait choisi des petites bougies placées sous le boisseau pour régenter chaque province. Ainsi chaque roitelet décidait des excroissances, des fidèles triés sur le volet à partir des critères éculées, qui ont fini par fragmenter les fondements de l’unité nationale. Cependant, cette stratégie ou cette vision paternaliste, se trouve des défenseurs qui estiment qu’au moins, une hiérarchie était établie, toute chose qui permettait des rapports quelque peu civilisés entre les générations.
L’administration était géopolitisée, et chaque province avait au moins un droit de veto, non officiel, mais très visible sur le terrain, sur au moins un pan de l’administration et des services.
Dès lors que l’on pouvait prouver sa loyauté au sommet du parti et du pays, votre longévité était garantie et peu importe les résultats de votre gouvernance.
À l’heure du bilan, il faut reconnaître que le pays s’y est plutôt segmenté entre plusieurs clans, toute chose qui a savonné la planche de l’unité nationale, qui n’était désormais que de façade. Même s’il faut reconnaître à la capitalisation une rigueur et la réalisation d’un certain nombre de projets, il n’en demeure pas moins qu’elle a laissé des failles qui aujourd’hui tirent le pays vers le bas.
Sous le régime déchu, cette inclinaison du pays vers la géopolitique,
Sous le régime déchu, cette inclinaison du pays vers la géopolitique, a connu ses premiers coups de boutoirs qui ont fini par faire place à la République des copains, coquins et consanguins, une pratique qui a pris, pendant au moins deux septennats mis le pays en coupe réglée. Il fallait avoir la bonne connexion avec le sommet, pour aspirer à une promotion dans l’administration du pays. Les amis du père, n’étant pas forcément ceux du fils, l’administration a commencé à opérer un virage serré avec le premier « TsunAli », en mémoire de ce terrible tremblement de terre de 9,1 de magnitude survenu au large des côtes japonaises en 2011, qui a marqué les esprits par l’ampleur de ses dégâts aussi bien sur la côte, sur les villes et sur les hommes. Ce vaste mouvement politique qui a pour la première fois dans l’histoire du pays, post-conférence nationale, vu la nomination à la primature, d’un fils non originaire de la province de l’estuaire comme ce fut sous l’ère du Grand Camarade, le Guide Eclairé. Un cycle venait de se fermer pour faire place à un autre. La République des copains, coquins et consanguins. Pendant près de 14 ans, le pays a vibré à l’ère de l’Emergence. Une épithète malencontreusement accolée au gouvernement qui venait de prendre les commandes du pays. Un changement de méthode et de vision a commencé à s’observer dans la gouvernance.
Malheureusement, la volonté s’est très rapidement émoussée, et a laissé place à la consanguinité, à l’amitié juvénile, qui a fini par enfanter la formule faire du neuf avec du vieux. Tel un bateau ivre, les différents gouvernements qui se sont succédé au commande du pays n’ont pas tardé à montrer des signes d’un essoufflement certains de la vision, désormais pilotée par des politiques en herbe à l’expérience professionnelle jamais prouvée.
C’est dans ces conditions, et cette ambiance délétère qu’est intervenu le mouvement du 30 août 2023.
Au titre de premières mesures gouvernementales annoncées pour prouver la rupture, furent inscrites, entre autres, la fin de la République des copains, coquins et consanguins, l’instauration de la méritocratie, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, la fin de la longévité aux postes de responsabilité, la fin de l’impunité etc.
Des mesures qui avaient vocation à réconcilier la République avec les citoyens, dont la restauration de la dignité venait d’être proclamée par le nouveau pouvoir.
Plus de deux ans après, quel bilan d’étape peut être fait afin d’évaluer les avances, pointer les lacunes, soulever des écueils et enfin apporter des corrections indispensables à l’atteinte des objectifs de départ ?
Désormais la méritocratie a commencé à livrer ses premières cuvées, à combien peut-on évaluer le taux d’implémentation ?
L’amitié et la consanguinité ont-elles cessé d’influencer les nominations ?
L’administration ne regorge plus des dirigeants ayant totalisé plus de 3 ou 4 ans aux mêmes postes ?
Combien d’administrateurs de crédit ont été confondus par des tribunaux pour mauvaise gestion ?
Nulle ou personne ne peut, même approximativement, répondre à ces interrogations dès lors qu’il n’existe aucune structure de contrôle des décisions gouvernementales. Elles sont annoncées, publiées, mais rarement elles ont été, ou sont appliquées. Aucune évaluation de leur portée sociale n’est faite. Ainsi il n’est pas rare de voir une personne nommée à deux postes différents au cours d’un même conseil des ministres, ou des personnalités cumulant plus de 5 ans à un même poste.
Si l’administration peut proposer à des nominations, elle peut également assurer l’effectivité de l’application des mesures prises. Hier il y avait les services du contrôle d’État qui même à minima, assurait un certain contrôle, bien qu’orientés plus vers le contrôle des textes. Aujourd’hui, c’est chacun qui continue de se contrôler et personne ne contrôle personne.
Il suffit d’observer la mesure sur le plafonnement des salaires. Elle est prise deux ou trois fois par mandat présidentiel, mais rarement elle produit des fruits, par faute de service et d’instruments de contrôle sur pièces. Deux frères peuvent trôner à la tête d’une administration sans que cela n’émeuve ou n’attire l’attention de personnes.
Soucieux de se faire une religion éclairée sur chaque chantier engagé avec l’argent du contribuable, le Président de la République, Chef de l’État également Chef du Gouvernement ne cesse de multiplier des descentes sur le terrain. Ce qui lui permet de constater avec, stupéfaction parfois, la persistance du phénomène des surfacturations, des chantiers entièrement payés mais non livrés, et des chantiers dont le niveau d’exécution est très en deçà du taux de décaissement ; on ne ment pas à l’œil qui a vu.
En l’absence d’une structure de suivi des mesures gouvernementales, du suivi des projets présidentiels, le Président de la République se voit contraint d’exporter ses bureaux en tout lieu de la République où des travaux d’intérêt sont engagés. Devra-t-il le faire jusqu’à la fin de son premier septennat ou dispose-t-il des relais fiables sur le terrain qui puissent remonter la bonne information. Oui il existe des relais institutionnels dont plusieurs certainement jouent le même rôle, mais cela n’a pas empêché à la IVÈ République de couler avec son chapelet de bonnes intentions, avec ses hommes qui, heureusement pour eux et malheureusement pour la République, se retrouvent aux premières loges sous la IVÈ République.
En dépit des efforts consentis depuis l’avènement de la VÈ République, peu de Gabonais sont convaincus de la restauration de leur dignité. Trop d’effets d’annonces, peu de réalisations concrètes, faute du suivi des mesures gouvernementales, pourtant à forte portée sociale, pour certaines.
Tant que la mentalité n’aura pas été suffisamment restaurée, un gendarme devra être mis derrière chaque projet, chaque mesure gouvernementale pour s’assurer de l’effectivité de son application.
Hermann Ditsoga, partisan de la norme

