Dakar à la barre de la CEDEAO : Le Sénégal peut-il recoudre l’Afrique de l’Ouest ?

Désigné pour diriger la Commission 2026-2030, le Sénégal hérite d’une CEDEAO fragilisée. Entre réconciliation, sécurité et souveraineté, le mandat de Bassirou Diomaye Faye s’annonce comme le plus difficile depuis 50 ans.

Le 14 décembre 2025 à Abuja, la 68e session de la Conférence des Chefs d’État a rendu son verdict : *le Sénégal dirigera la Commission de la CEDEAO de 2026 à 2030*. Pour la première fois de son histoire, Dakar prend la tête de l’organe exécutif de l’organisation sous-régionale. Il succède au Gambien Dr Omar Alieu Touray.

Au-delà du symbole, c’est une mission de sauvetage qui attend le président *Bassirou Diomaye Diakhar Faye*. Car la CEDEAO qu’il récupère est blessée, divisée, et remise en question par ses propres peuples. Une « première » qui pèse lourd : la consécration d’une diplomatie

Jusqu’ici, le Sénégal n’avait jamais occupé ce poste stratégique. La décision d’Abuja marque donc « une étape inédite » et « une reconnaissance » du rôle de Dakar. Le ministère sénégalais des Affaires étrangères parle d’un « succès diplomatique de premier plan », fruit « d’intenses consultations ». Il crédite directement le président Faye, dont « la vision et les orientations stratégiques ont pesé de manière décisive ».

Message clair envoyé aux 15 : Dakar n’est plus seulement le pays de la stabilité et du dialogue. Il veut être celui de l’action.*L’héritage empoisonné : une CEDEAO à deux vitesses*

Le nouveau président de la Commission ne part pas de zéro. Il part de moins que zéro.*La crise de légitimité* : Sanctions, sommets, communiqués. Ces dernières années, la CEDEAO a été perçue par une partie de la jeunesse comme lointaine, élitiste, et alignée. Résultat : 3 États du Sahel ont claqué la porte.

La crise sécuritaire : Le terrorisme gagne du terrain. Les populations demandent moins de discours et plus de soldats, de routes, d’écoles.

La crise économique : Entre inflation, chômage et projet de monnaie unique qui patine, l’intégration peine à se traduire dans le panier de la ménagère.

Le Sénégal est donc appelé à « renforcer la gouvernance régionale » et à « relancer la dynamique communautaire » dans un contexte où la confiance est au plus bas.

Les 3 chantiers de Dakar : Réconcilier, Sécuriser, Intégrer

Pour réussir, le mandat 2026-2030 devra s’articuler autour de 3 urgences :

Chantier 1 : Recoudre le tissu

Peut-on faire revenir le Mali, le Burkina et le Niger sans humiliation ? La carte du Sénégal, c’est le dialogue. Sa diplomatie « pragmatique » sera mise à l’épreuve. L’enjeu : éviter une CEDEAO à géométrie variable qui sonnerait le glas du projet.

Chantier 2 : Sécuriser autrement

Fini les interventions extérieures perçues comme imposées. Dakar plaide pour une approche « africaine » de la sécurité : renseignement partagé, développement des zones frontalières, et lutte contre les causes profondes. Un test grandeur nature pour la Force en attente.

Chantier 3 : Rendre l’intégration visible

Aux yeux des citoyens, la CEDEAO doit cesser d’être un acronyme. Libre circulation réelle, corridors agricoles, énergie, digital. Le Sénégal devra prouver que l’Union fait gagner en pouvoir d’achat.

Le facteur Diomaye Faye : atout ou pression ?

Élu sur une promesse de rupture et de souveraineté, le président sénégalais incarne une nouvelle génération de dirigeants. Ses partisans voient en lui l’homme capable de « parler vrai » aux partenaires et d’écouter les frustrations internes. Ses détracteurs craignent qu’il manque de réseau et d’expérience dans les arcanes d’Abuja.

Une chose est sûre : sa cote personnelle sera arrimée à celle de la CEDEAO. En cas de réussite, il entre dans l’histoire. En cas d’échec, c’est tout le projet ouest-africain qui vacille.

Le moment de vérité

Renforcer la CEDEAO au service de la paix, de la stabilité et de la prospérité ». La formule est dans tous les communiqués.

Mais en 2026, les peuples ne veulent plus de formules. Ils veulent des résultats. Le Sénégal a la barre pour 4 ans. Il a la confiance des États. Il a un président jeune. Reste à savoir s’il a les moyens de recoller les morceaux d’une Afrique de l’Ouest qui doute.

Le pari de Dakar commence maintenant.

Dimitri AGBOZOH-GUIDIH

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