Cette tribune s’appuie sur une idée centrale : faire de l’évaluation un véritable instrument de décision publique, en prenant comme illustration les échanges entre les agents de la SEEG et le Président de la République.
Avant tout, une précision importante : si les témoignages des agents de la SEEG ont effectivement mis en évidence des difficultés et formulé des propositions devant le Président, il convient d’éviter d’affirmer qu’ils démontrent à eux seuls une faiblesse générale de l’évaluation des politiques publiques au Gabon. Il est plus juste de présenter cet épisode comme une illustration d’un problème plus large.
D’où le titre: L’ÉVALUATION NE DOIT PLUS ÊTRE UN SIMPLE EXERCICE ADMINISTRATIF, MAIS UNE OBLIGATION D’ÉTAT
L’un des paradoxes les plus frappants de l’action publique est que l’on sait souvent ce qui ne fonctionne pas, sans pour autant corriger ce qui dysfonctionne.
Chaque mission d’évaluation produit pourtant les mêmes résultats : elle observe les défaillances, identifie les risques, analyse les causes profondes et formule des recommandations concrètes. Le travail technique est réalisé avec rigueur. Les solutions existent. Les experts les documentent. Les évaluateurs les proposent.
Mais, trop souvent, ces recommandations demeurent dans les rapports. Elles alimentent les archives plutôt que les décisions.
C’est là la principale faiblesse de l’évaluation des politiques publiques : non pas l’absence de diagnostics, mais l’absence d’une obligation politique d’en tirer toutes les conséquences.
Les échanges récents entre les agents de la SEEG et le Président de la République illustrent parfaitement cette réalité. Les agents de terrain n’ont pas seulement exprimé leurs difficultés ; ils ont également identifié les causes des dysfonctionnements et suggéré des pistes de solutions. Ils ont, en quelque sorte, réalisé une véritable évaluation de leur propre système de travail.
Ce constat rappelle une vérité essentielle : ceux qui exécutent les politiques publiques connaissent souvent mieux que quiconque les obstacles qui empêchent leur réussite.
Le véritable enjeu n’est donc plus de produire davantage de rapports. Le défi consiste désormais à rendre leurs conclusions opposables aux décideurs.
Une évaluation ne devrait jamais être considérée comme une simple formalité administrative. Elle devrait constituer un engagement de l’État envers lui-même. Chaque recommandation devrait faire l’objet d’une décision motivée : soit elle est appliquée, soit son rejet est justifié publiquement.
Cette évolution permettrait d’instaurer une véritable culture de la redevabilité.
Dans les pays où l’évaluation est devenue un levier de performance publique, les recommandations donnent lieu à un plan d’action, à un calendrier de mise en œuvre, à des responsables clairement identifiés et à un suivi régulier jusqu’à leur exécution complète.
Le Gabon gagnerait à franchir cette étape.
Il est désormais temps que toute politique publique, tout grand projet de l’État et toute réforme stratégique fassent l’objet d’une évaluation obligatoire, suivie d’un plan de mise en œuvre des recommandations également obligatoire.
Cette exigence renforcerait la transparence, améliorerait l’efficacité de l’action publique, réduirait les gaspillages et permettrait d’installer durablement une culture de résultats.
Le Président de la République a fait de la performance de l’État, de la bonne gouvernance et de l’efficacité administrative des priorités de son mandat.
Pour atteindre ces objectifs, l’évaluation doit cesser d’être un simple instrument d’analyse. Elle doit devenir un véritable outil de décision.Un rapport d’évaluation qui dort dans un tiroir est une occasion perdue. Une recommandation appliquée, en revanche, devient une réforme. Et une réforme réussie est toujours le signe d’un État qui apprend, qui s’améliore et qui progresse.
L’avenir de l’action publique gabonaise ne dépendra pas seulement de la qualité des évaluations réalisées. Il dépendra surtout du courage de transformer leurs recommandations en décisions, puis leurs décisions en résultats concrets au service des citoyens.
Par Petit-Lambert Ovono

