Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu samedi une délégation du groupe britannique British Petroleum (BP) conduite par Ariel Flores, vice-président du groupe.
Au cœur des échanges : l’état d’avancement des travaux d’exploration pétrolière et gazière en eaux profondes au large du Gabon, ainsi que les prochaines étapes d’un partenariat engagé depuis la signature d’un protocole d’accord en octobre 2025.
Cette rencontre intervient dans un contexte où le Gabon entend renforcer la valorisation de ses ressources naturelles et attirer davantage d’investissements dans le secteur énergétique. Pour le gouvernement, l’enjeu est désormais de transformer le potentiel identifié dans le sous-sol marin en projets industriels susceptibles de générer des recettes, des emplois et davantage de valeur ajoutée pour l’économie nationale.
Des données sismiques au potentiel géologique
Selon les éléments communiqués à l’issue de l’audience, les équipes de BP ont présenté les résultats des études menées à partir des données sismiques mises à disposition par les autorités gabonaises.
Ces données ont été utilisées pour élaborer des modèles géologiques destinés à identifier, cartographier et hiérarchiser les zones susceptibles de présenter un potentiel en hydrocarbures.
L’exploration concerne notamment le deep offshore, une zone techniquement complexe qui nécessite des investissements importants, des technologies avancées et une connaissance précise de la structure géologique du sous-sol.
À ce stade, il convient toutefois de distinguer potentiel géologique, ressources techniquement récupérables et réserves commercialement exploitables. La présentation de résultats d’études sismiques ne signifie donc pas encore qu’un gisement économiquement exploitable a été découvert.
Les prochaines phases d’exploration seront déterminantes pour confirmer la présence d’hydrocarbures, leur volume potentiel, leur qualité et surtout les conditions techniques et économiques de leur éventuelle mise en production.
Un partenariat engagé depuis octobre 2025
Les travaux présentés au Président de la République s’inscrivent dans la continuité du protocole d’accord signé le 29 octobre 2025 entre les autorités gabonaises et le groupe BP.
Ce MOU constitue le cadre initial d’une coopération portant sur l’exploration des ressources pétrolières et gazières offshore. La réunion du 25 juillet apparaît ainsi comme un point d’étape destiné à mesurer les avancées réalisées depuis la signature de l’accord et à préciser les prochaines séquences du projet.
La délégation de BP a notamment présenté une feuille de route actualisée, ainsi que les prochaines étapes prévues. Celles-ci doivent notamment porter sur la coordination technique entre l’entreprise et les administrations gabonaises compétentes.
Cette coordination sera essentielle dans un secteur où l’exploration nécessite plusieurs autorisations, des études techniques successives et des investissements considérables avant d’atteindre éventuellement la phase de développement et de production.
L’objectif présidentiel : accélérer la valorisationAu cours de la rencontre, le chef de l’État a réaffirmé sa volonté de voir les ressources du sous-sol national davantage valorisées.
L’objectif affiché est également d’aboutir à une mise en exploitation dans les meilleurs délais, sous réserve naturellement de la confirmation du potentiel commercial des zones étudiées et de la réalisation des différentes étapes techniques et réglementaires.
Cette ambition traduit une volonté plus large de faire du secteur extractif un moteur de transformation économique.
Pour le Gabon, l’enjeu ne se limite plus à produire du pétrole : il consiste également à maximiser les retombées nationales liées à l’exploitation des ressources.
Cela passe notamment par la mobilisation de capitaux, le développement des compétences nationales, la participation des entreprises gabonaises à la chaîne de valeur, ainsi que l’amélioration des recettes publiques.
Pourquoi le deep offshore constitue un enjeu stratégique
Le potentiel offshore représente un enjeu majeur pour l’avenir de la production pétrolière gabonaise.
Après plusieurs décennies d’exploitation des bassins terrestres et offshore conventionnels, l’exploration en eaux profondes ouvre la possibilité d’identifier de nouvelles ressources.
Mais le deep offshore est également un secteur à haut risque financier. Entre l’acquisition des données sismiques, l’interprétation géologique, le forage exploratoire, l’évaluation des découvertes et la construction des infrastructures de production, les investissements peuvent atteindre des montants considérables.
Le choix d’un acteur international disposant de capacités techniques et financières importantes peut donc permettre au Gabon de réduire une partie du risque porté par l’État, tout en conservant un enjeu central : garantir que les futures découvertes bénéficient suffisamment à l’économie nationale.
Au-delà du pétrole, le gaz en ligne de mire
Les travaux présentés par BP portent également sur le potentiel gazier des zones étudiées.
Cette dimension est particulièrement stratégique pour le Gabon. Le développement de ressources gazières pourrait contribuer à renforcer l’offre énergétique nationale et, à terme, soutenir l’industrialisation, notamment à travers la production d’électricité ou l’alimentation d’activités industrielles.
Le gaz pourrait ainsi constituer un levier de diversification du mix énergétique et réduire certaines contraintes liées à l’approvisionnement énergétique, à condition que les volumes identifiés soient suffisamment importants et que leur exploitation soit économiquement viable.
Le défi de la souveraineté et du partage de la valeur
Derrière le retour des grands investisseurs internationaux dans l’exploration pétrolière se pose une question fondamentale : quelle part de la richesse créée restera au Gabon ?
Le cadre contractuel, la fiscalité, les mécanismes de partage de production, les obligations de contenu local et la participation éventuelle des entreprises nationales seront donc déterminants.
L’État gabonais devra trouver un équilibre entre deux impératifs : proposer un environnement suffisamment attractif pour attirer les capitaux et les technologies nécessaires à l’exploration en eaux profondes, tout en garantissant une rémunération équitable des ressources nationales.
Le développement de la sous-traitance locale et la formation des compétences gabonaises constituent également des enjeux majeurs. Une nouvelle campagne d’exploration ne produira pleinement ses effets économiques que si elle s’accompagne d’un accroissement de la participation des acteurs nationaux.
Une opération encore au stade de l’exploration
La rencontre entre Oligui Nguema et BP marque donc une étape importante, mais aucune annonce de découverte commerciale n’a été faite à ce stade.
Les études sismiques permettent d’affiner la connaissance du sous-sol et de cibler les zones présentant les meilleures perspectives. La prochaine étape décisive sera celle des travaux exploratoires permettant de confirmer ou non les hypothèses géologiques.
Le succès du projet dépendra ainsi de plusieurs facteurs : existence effective d’hydrocarbures, volumes récupérables, profondeur et complexité des opérations, coûts de développement, prix internationaux du pétrole et du gaz, infrastructures disponibles et conditions contractuelles.
Un enjeu pour les finances publiques
Pour le Gabon, la réussite de nouveaux projets pétroliers pourrait avoir des conséquences importantes sur les finances publiques dans un contexte où les hydrocarbures demeurent une composante essentielle de l’économie nationale.
Une nouvelle découverte commerciale permettrait potentiellement d’accroître les recettes provenant des impôts, royalties, participations et autres mécanismes prévus par la législation et les contrats pétroliers.
Mais cette perspective doit être considérée sur le moyen et le long terme. Entre l’identification d’une anomalie géologique et la première production commerciale, plusieurs années peuvent être nécessaires.
Le gouvernement devra donc éviter de considérer les résultats préliminaires des études comme des recettes futures déjà acquises.
Le pari d’un nouveau cycle pétrolierLa réunion du 25 juillet 2026 illustre finalement le pari du pouvoir gabonais : relancer l’exploration pour préparer un nouveau cycle de production tout en maximisant les retombées nationales.
Avec BP, l’État cherche à conjuguer expertise internationale, investissements privés et valorisation du domaine pétrolier gabonais.L’enjeu sera désormais de passer de la cartographie du potentiel à la preuve par le forage, puis, en cas de découverte économiquement viable, de la découverte à la production.
Pour Libreville, la véritable réussite de ce partenariat ne se mesurera donc pas seulement au nombre de kilomètres carrés explorés ou aux données sismiques analysées. Elle se mesurera à la capacité à transformer le potentiel du sous-sol en revenus durables, en emplois, en compétences nationales et en infrastructures, tout en préservant les intérêts stratégiques du Gabon.
À ce stade, le calendrier présenté par BP constitue une nouvelle étape du partenariat engagé en octobre 2025. Les prochains travaux d’exploration seront déterminants pour savoir si les perspectives identifiées en eaux profondes peuvent se transformer en véritables découvertes pétrolières et gazières commercialement exploitables.

