Football/CAN Féminine Maroc 2026 : Dans l’ombre des matchs, les experts qui décryptent le jeu

Avant même que le ballon ne roule, ils observent. Pendant les rencontres, ils scrutent les systèmes de jeu, les déplacements et les choix des entraîneurs. Au coup de sifflet final, leurs observations sont transformées en analyses destinées à documenter la compétition.

À la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine Maroc 2026, le Groupe d’Étude Technique, ou Technical Study Group (TSG), constitue ainsi l’un des rouages les moins visibles mais les plus importants du tournoi.

Ces experts ne sont ni arbitres ni entraîneurs des équipes engagées. Leur mission est différente : observer, analyser et interpréter.

Une autre manière de regarder la compétition

À chaque rencontre, les membres du TSG passent au crible les principaux aspects du jeu.

Leurs observations portent notamment sur :

  • les systèmes tactiques ;
  • les choix des sélectionneurs ;
  • les changements opérés pendant les matchs ;
  • les performances individuelles ;
  • l’organisation collective ;
  • les phases offensives et défensives ;
  • les innovations tactiques ;
  • l’évolution générale du football féminin africain.

Leur travail permet ainsi de dépasser le simple résultat d’un match.

Une victoire 2-0, par exemple, ne raconte pas nécessairement toute l’histoire d’une rencontre. Derrière le score se cachent des choix tactiques, des ajustements, des mouvements collectifs et des performances individuelles que le TSG cherche à identifier et à documenter.

Un groupe d’experts aux profils complémentaires

Le Groupe d’Étude Technique réunit d’anciens sélectionneurs, des entraîneurs expérimentés, des instructeurs de la CAF et de la FIFA ainsi que des spécialistes de l’analyse de la performance.

Cette diversité constitue l’une des forces du dispositif.

Le TSG combine ainsi l’expérience du banc de touche, la connaissance du haut niveau, la formation technique et les méthodes modernes d’analyse.

Belhassen Malouche : le regard du coordinateur

À la tête du Groupe d’Étude Technique de la CAN Féminine 2026, le Tunisien Belhassen Malouche dispose de plus de deux décennies d’expérience dans le football international.

Consultant technique régional de la FIFA depuis 2018, il collabore avec les grandes instances du football mondial depuis 2004, notamment la CAF et l’AFC.

Ancien Directeur technique national de la Tunisie, il a notamment participé au parcours ayant conduit les Aigles de Carthage au sacre continental en 2004.

Son parcours l’a également conduit auprès des fédérations jordanienne et émiratie, ainsi qu’au club d’Al Jazira et dans différents programmes de développement de la FIFA.

Son rôle au sein du TSG consiste notamment à coordonner les différentes expertises réunies autour de la compétition.

Clémentine Touré : une pionnière du coaching féminin

La Côte d’Ivoire est représentée par Clémentine Touré, l’une des figures reconnues du football féminin africain.

Championne d’Afrique avec la Guinée équatoriale en 2008, elle est également présentée comme la première femme à avoir obtenu la Licence CAF Pro.

Ancienne sélectionneuse de la Côte d’Ivoire, elle a développé une solide expérience dans l’encadrement des sélections et des clubs.

Son parcours s’est également construit autour de la formation. Instructrice CAF et experte technique en football féminin, elle contribue aujourd’hui à la transmission des connaissances aux nouvelles générations d’entraîneurs.

Jacqueline Shipanga : l’expérience namibienne

Pionnière du football féminin en Namibie, Jacqueline Shipanga représente l’Afrique australe au sein du groupe.

Titulaire de la Licence CAF A, elle a dirigé la sélection féminine namibienne après avoir travaillé avec plusieurs équipes de jeunes.

Son parcours est particulièrement marqué par son engagement dans la structuration de la discipline et la formation des entraîneurs.

Son expérience permet au TSG d’intégrer dans son analyse les réalités et les évolutions propres au football féminin d’Afrique australe.

Shilene Booysen : de l’analyse de performance au banc

La Sud-Africaine Shilene Booysen apporte au groupe une expertise particulière dans le domaine de l’analyse de la performance.

Titulaire de la Licence CAF A, elle a dirigé la sélection féminine du Soudan du Sud entre 2021 et 2023, avant de rejoindre le Wadi Degla SC en Égypte.

Elle a également travaillé au sein de l’encadrement des Banyana Banyana, notamment comme analyste de performance et experte technique.

Son profil illustre l’importance croissante des données et de l’analyse vidéo dans le football moderne.

Lamia Boumehdi : une technicienne au palmarès récent

Le Maroc compte également une représentante de premier plan avec Lamia Boumehdi.

Titulaire de la Licence CAF A, elle s’est particulièrement illustrée avec le TP Mazembe, qu’elle a conduit au titre de Ligue des Champions Féminine de la CAF en 2024.

Son parcours comprend également des responsabilités auprès des sélections marocaines U17 et U20 ainsi qu’une expérience avec l’équipe nationale A.

Elle poursuit aujourd’hui son activité en Jordanie, où elle dirige la sélection féminine et supervise les différentes équipes nationales féminines.

Son expérience récente du très haut niveau africain constitue un atout supplémentaire pour le TSG.

Bernadette Anong A Zang : l’expérience camerounaise

Le Cameroun est représenté par Bernadette Anong A Zang, spécialiste de la formation et de l’analyse tactique.

Titulaire de la Licence CAF A, elle a été entraîneure adjointe de la sélection féminine camerounaise et a participé à plusieurs grandes compétitions internationales.

Son parcours comprend notamment deux Coupes du Monde Féminines de la FIFA, un tournoi de barrages mondial et quatre phases finales de la CAN Féminine.

Elle a également dirigé plusieurs clubs camerounais de première division.

Instructrice Élite de la CAF, elle participe parallèlement à la formation des entraîneurs et dirige aujourd’hui la DJA Sport Academy.

Leah Sweetness Masango : développer le football par la formation

Autre représentante de l’Afrique du Sud, Leah Sweetness Masango dispose d’une expérience à la fois sportive et institutionnelle.

Titulaire de la Licence CAF A, elle a travaillé dans plusieurs universités sud-africaines et occupé des responsabilités techniques dans le football de clubs.

Elle a notamment été Directrice technique du Coal City Wizards FC et Responsable technique de la SAFA dans la province du Mpumalanga.

Son parcours l’a ensuite conduite vers la formation des entraîneurs et le développement technique.

Elle occupe aujourd’hui la fonction de Responsable du développement technique de la COSAFA, où elle participe à la mise en œuvre des programmes de développement du football en Afrique australe.

Deux analystes vidéo pour compléter le dispositif

Le travail du TSG repose également sur l’analyse vidéo.

Ilyas En-najid et Salah Eddine Bellat, analystes vidéo, accompagnent le groupe tout au long de la compétition.

Leur mission consiste notamment à fournir des supports permettant d’approfondir les observations réalisées pendant les matchs.

Cette complémentarité entre expertise humaine et analyse vidéo permet de disposer d’une lecture plus précise des performances.

Des analyses qui dépassent le cadre du tournoi

Le travail du TSG ne s’arrête pas au classement ou aux statistiques individuelles.

Ses conclusions alimentent les rapports techniques de la CAF, contribuent à l’analyse globale du tournoi et peuvent également participer à la désignation de certaines récompenses individuelles.

Mais leur rôle est surtout prospectif.

En identifiant les nouvelles tendances tactiques, les profils émergents et les évolutions dans les méthodes d’entraînement, les experts contribuent à établir une photographie du football féminin africain à un moment donné.

Ces observations peuvent ensuite servir aux entraîneurs, aux fédérations et aux programmes de développement.

Le football féminin africain sous observation

La présence d’un tel groupe d’experts traduit aussi l’évolution du football féminin sur le continent.

Longtemps confrontée à un manque d’infrastructures, de ressources et de reconnaissance, la discipline bénéficie aujourd’hui d’une attention technique et institutionnelle croissante.

La CAN Féminine 2026 constitue ainsi non seulement une compétition pour désigner la meilleure sélection du continent, mais également un laboratoire permettant d’observer les transformations du jeu.

Les progrès tactiques, la professionnalisation des staffs, l’évolution de la préparation physique et l’utilisation croissante de l’analyse vidéo témoignent de cette mutation.

Les enjeux d’un tel dispositif

Technique

Identifier les évolutions tactiques et les nouvelles tendances du football féminin africain.

Formation

Produire des connaissances susceptibles d’être utilisées pour améliorer la formation des entraîneurs.

Développement

Contribuer à la professionnalisation et à la structuration du football féminin sur le continent.

Performance

Mieux comprendre les facteurs qui expliquent les performances collectives et individuelles.

Héritage

Constituer une mémoire technique de la compétition et fournir des enseignements aux futures générations.

Ces observateurs qui écrivent une autre histoire de la CAN

Ils restent généralement loin des projecteurs. Pourtant, leur travail accompagne chaque rencontre et contribue à raconter une autre histoire de la CAN Féminine.

Une histoire faite de systèmes de jeu, de choix tactiques, d’innovations, d’erreurs, d’adaptations et de progrès.

Sur le terrain, les joueuses écrivent l’histoire du tournoi avec leurs performances. Dans les tribunes et devant leurs écrans, les membres du Groupe d’Étude Technique en analysent les enseignements.

À la fin de la compétition, leurs conclusions contribueront à conserver la trace de ce que le football féminin africain aura montré au Maroc en 2026 — mais aussi de la direction qu’il semble désormais prendre.

Laisser un commentaire